Resh ou la performance oratoire entre héritage et transmission

Par Clotilde Richalet | Publié le 30/05/2021 à 00:00 | Mis à jour le 30/05/2021 à 00:08
Photo : Johnny Bigoudy
Portraits de l'artiste Kanak de Nouvelle-Calédonie:  Rémi Hnaije dit RESH

S’ils ont quitté la Nouvelle Calédonie, la Nouvelle Calédonie ne les a jamais quitté. Éloignés pour quelques semaines ou plusieurs années, ils sont la preuve que l’on peut avoir des racines et des ailes. Partons ensemble à la rencontre de ces Calédoniens explorateurs, voyageurs, créateurs…

 

Aujourd’hui j’ai RDV avec Rémi Hnaije dit RESH : performeur oratoire.

A la fois chanteur, danseur, conteur, slameur : Resh est un artiste né qui s’applique à mettre en valeur à la fois la gestuelle et la parole. Il véhicule un message universel d’amour, de respect, de partage et d’humilité. En tant qu’êtres humains tous ces sentiments existent en chacun d'entre nous, Resh se chargera de vous le rappeler. 

 

De la découverte du hip hop en tribu à l’âge adulte à Nouméa

Resh vient de la tribu de Siloam à Lifou. Dès son enfance le jeune garçon est attiré par la musique et la danse. Lorsque les siens dansent pour des cérémonies, pour la coutume, ou pour des mariages : il est derrière le groupe et danse lui aussi. « Je me souviens vers 5 ou 6 ans, je voyais les grands frères danser et nous on se mettait derrière et on les imitait. »

Encore enfant il cherche à combler le manque d’un parent absent et la musique est son exutoire. Il découvre le hip hop par le biais de son oncle qui revient de l’armée et lui fait découvrir Mc Solar : une révélation !

C’était un vrai paradoxe d’écouter cette musique là en tribu ! J'ai commencé à aller danser seul en forêt, pour m’exprimer, bouger mon corps. Je dansais tout seul, et en même temps j’ai toujours eu ce rêve de chanter et de danser devant du monde.

Quelques années plus tard son arrivée à Nouméa est libératrice, sa personnalité se développe sans entrave. Il continue à danser encore et toujours, c’est son moyen de s’exprimer. Alors qu'à Lifou il dansait toujours seul, à Nouméa il rencontre des danseurs et des chanteurs. "Enfin je ne me sentais plus seul : il y avait des gens comme moi" me confie l'artiste. 

En 1998, il commence à écrire et chanter ses textes ; être à Nouméa lui a permis de s'ouvrir et de connaître une communauté qui était dans la même mouvance que lui. Il y est resté 14 ans.

 

2014 le retour à Lifou et le besoin de création

C’est l’année du retour aux sources :

En rapport à l’indépendance du pays, j’ai ressenti un besoin d'indépendance de moi-même. C'était une quête personnelle.

Resh a besoin de ré-apprendre les codes de la tribu pour se ressourcer, replonger dans ses racines tribales : « comprendre qui je suis, qui j'étais et où je vais. »

Ses premières créations sont arrivées en 2015, notamment avec des résidences au Centre Culturel Tjibaou et son travail avec le Poemart qui l’a beaucoup aidé. "Au Poemart ils ont vu qu'il y avait quelque chose en moi, ils ont vu un potentiel. Merci à Alexandra qui m'a invité à une formation de musique avec des paroliers qui a tout changé" témoigne Resh. 

Pendant cette période il travaille d'arrache pied pour être « crédible » comme il le dit. Et il enchaine les résidences et performances notamment au Festival des Arts de Mélanésie aux Îles Salomon où il représente la Nouvelle-Calédonie, ou encore au Francofolies à Nouméa en 2016 (image ci-dessous). 

 

Portraits de l'artiste Kanak de Nouvelle-Calédonie:  Rémi Hnaije dit RESH
Francofolies à Nouméa - 2016

 

Son identité artistique : la performance oratoire

En 2019 c’est le grand départ pour Paris où Resh a été invité à faire une performance au Musée du Quai Branly pour l'exposition Océanie. Il y exécute une de ses performances oratoires qui le caractérise tant.

Je vais là où personne ne m'attend.

Ses créations sont vouées à parler à toutes les communautés, pas seulement à sa communauté océanienne. C’est dans cette lignée qu'il participe au projet : Wada Y’a pas toi Y’a pas moi: 

 

 

Resh travaille beaucoup sur l'intelligence du corps et la recherche corporelle. Il travaille notamment sur un personnage principal : TROTROYMERESH

Trotro c’est hier. Ymer c’est Aujourd'hui. Resh c’est demain. 

TR c’est le lutin et O c’est le guerrier. Ce lutin guerrier kanak représente le passé, les anciens, le savoir ancestral, la culture, les esprits, le spirituel, l'invisible…

YMER : c'est hier et aujourd'hui, celui qui met en relation le visible et l'invisible.

RESH : c'est toi - c'est l'autre - c'est lui là-bas. C'est tout le monde ; c'est aujourd'hui et demain ; c'est contemporain, original et nouveau ; c'est l'universalité.  

 

J’ai demandé à Resh de me parler de l’École Internationale de Mime Corporel Dramatique à Montreuil où il étudie aujourd’hui :

Ici je travaille beaucoup l'intelligence du corps dramatique. J'aime cette école qui est internationale avec des artistes qui viennent de partout dans le monde. L’école est synonyme d’ouverture avec des gens qui viennent de courant de pensées différents.

Je suis venu ici notamment pour rencontrer de nouvelles personnes et de nouveaux esprits. Je n'ai que 3 ans ici dans cette école et je veux en profiter. Je veux en faire un maximum pour en sortir encore plus riche ; pour pouvoir donner plus. Puisque mon but au final c'est la transmission et pouvoir donner à ceux qui en ont besoin. J'ai envie de soigner psychologiquement les miens.

Au sujet de l'identité :  personnellement je veux une identité commune, je veux que nous ne soyons qu’1. Il n'y a pas de 1 ou de 2. Il n'y a pas de oui ou de non, sinon personne ne pourra être guéri.

La vie est tellement belle et les valeurs tellement importantes : le respect, l'amour, l'humilité, l'échange, le partage… Pour moi tout cela est très important et fait parti de la vie. Tout est une question de transmission, il faut savoir donner sans espoir de retour ; et je pense que beaucoup de choses peuvent passer par la transmission artistique, et ce dès le plus jeune âge.

 

Digne ambassadeur de la culture Kanak: Resh est un artiste habité. Via ses performances il perpétue la tradition de transmission orale de ses ancêtres. Artiste sensible et touchant, ses créations sont fortes et prenantes à la fois; une dualité qui lui ressemble. Suivez le sur son compte facebook pour ne rien rater de ses prochaines apparitions! 

 

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Clotilde Richalet

Photographe et voyageuse passionnée, expat à travers les Amériques et en Asie du Sud-Est, l'exploration journalistique et culturelle se poursuit aujourd'hui dans le Pacifique.
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