Ils s’accrochent aux façades de briques et font tellement partie du décor qu’on ne les remarque presque plus. Pourtant, les célèbres "fire escapes" new-yorkais n’ont pas toujours été là. Pourquoi la ville en compte-t-elle autant ? Et peut-on vraiment y prendre son café comme dans les films ?


Avant même d’avoir mis les pieds à New York, vous les aviez probablement déjà vus. Dans West Side Story, sur une photo du Lower East Side ou au détour d’une série américaine : ces enchevêtrements d’échelles, d’escaliers et de plateformes métalliques accrochés aux façades sont devenues indissociables de l’image de la ville.
Mais contrairement aux corniches et autres ornements des immeubles anciens, elles n’ont pas été installées pour faire joli. Leur fonction première était beaucoup moins glamour : éviter de mourir dans un incendie.
Quand New York cherchait la sortie
Pour comprendre leur apparition, direction le New York du 19e siècle. La ville grandit alors à une vitesse vertigineuse : d’environ 60 000 habitants en 1800, elle passe à plus de 800 000 en 1860. Pour loger tout ce monde, les maisons sont divisées, surélevées, agrandies jusque dans les arrière-cours. En 1865, New York compte déjà plus de 15 000 tenements, ces immeubles collectifs souvent surpeuplés où vivent notamment les nouveaux arrivants.
En matière de sécurité, on est encore loin des normes actuelles. En 1860, un incendie tue dix femmes et enfants. Le drame pousse l’État de New York à autoriser la ville à imposer de nouvelles mesures de protection. En 1862, 556 bâtiments reçoivent l’ordre d’installer une sortie de secours ; quelques années plus tard, le Tenement House Act de 1867 renforce encore les obligations.
Mais ne vous représentez pas tout de suite notre bon vieil escalier métallique : avant de trouver la bonne formule, New York a testé des solutions autrement plus originales.
Parmi elles : des tubes dans lesquels les habitants pouvaient se laisser glisser jusqu’au sol, un peu comme dans un toboggan d’évacuation d’avion. D’autres immeubles disposaient de trappes permettant de gagner le toit. Avec un léger défaut : une fois en haut… encore fallait-il trouver comment redescendre !
Une solution beaucoup plus simple finit par s’imposer : installer les voies d’évacuation directement sur les façades. Le fire escape new-yorkais était né.
Sortie de secours le jour, balcon la nuit
Sauf qu’à New York, le fire escape va rapidement faire beaucoup plus que sauver des vies.
Imaginez les étés dans les tenements du Lower East Side avant la climatisation : appartements exigus, mauvaise ventilation, chaleur emprisonnée entre la brique et le bitume… Quand l’intérieur devenait insupportable, les habitants cherchaient l’air là où ils pouvaient en trouver : dans la rue, sur les toits… et sur les escaliers de secours.
On y prenait l’air, les enfants s’y installaient et certains New-Yorkais y dormaient même pendant les nuits les plus chaudes. Un ancien habitant du 97 Orchard Street, aujourd’hui devenu le Tenement Museum, se souvenait de son appartement au dernier étage, chauffé toute la journée par le soleil : il ressemblait, disait-il, à « un four ». Et lui n’avait même pas de fire escape sur lequel dormir.
L’issue de secours devient ainsi, faute de mieux, quelques mètres carrés supplémentaires dans des logements qui en manquent cruellement.
Pas étonnant qu’Hollywood s’en empare à son tour. Dans West Side Story, Tony rejoint Maria sur ce qui ressemble soudain beaucoup moins à une sortie de secours qu’au balcon de Roméo et Juliette. À force de films, de séries et de photographies, l’escalier métallique entre définitivement dans l’imaginaire new-yorkais.
À SoHo, la Landmarks Preservation Commission considère même aujourd’hui ces structures comme des éléments caractéristiques du paysage historique du quartier.
Alors, peut-on y installer son transat ?
Une chaise, quelques plantes, un café : et voilà votre appartement new-yorkais doté d’un balcon avec vue.
Sauf que la ville est nettement moins enthousiaste.
Aussi photogénique soit-il, un fire escape reste une sortie de secours et doit rester dégagé. Les anciens règlements allaient même jusqu’à préciser ce qui ne devait pas s’y trouver : pots et jardinières, chaises, seaux… soit à peu près tout ce dont vous auriez besoin pour le transformer en terrasse.
Un propriétaire ne peut pas non plus simplement le décrocher parce qu’il gâche la vue : lorsqu’il constitue une voie d’évacuation obligatoire, son retrait est encadré par le Department of Buildings.
Les immeubles modernes ayant adopté d’autres systèmes de protection et d’évacuation, les grands escaliers métalliques appartiennent désormais aussi à un New York plus ancien.
Alors, la prochaine fois que vous passerez sous l’un d’eux, levez les yeux !
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