De la France à New York, en passant par Amsterdam, Nicolas Touron développe son art dans la Big Apple. Exposé avec Jeanne Verdoux et Fanny Allié dans « Vessels : Bodies, Tales & Machines » à la Westbeth Gallery, l’artiste française nous parle de son processus créatif et de sa vie à New York : « En arrivant à New York, j’ai découvert un environnement dans lequel l’expérimentation, la curiosité et la liberté de faire étaient souvent plus importantes que le respect des conventions. »


Comment votre parcours artistique vous a emmené à New York ?
Alors que je terminais mon premier cycle d'études en beaux-arts à Amsterdam, je préparais l'envoi de mes candidatures pour un master en fine art dans diverses institutions internationales. C'est à cette période que j'ai fait la connaissance de ma future épouse, qui se trouvait de passage à Amsterdam. Résidant déjà à New York, elle m'a incité à postuler auprès de plusieurs établissements, notamment SVA. Grâce à l'obtention d'une bourse Fulbright, j'ai pu m'installer et débuter ma vie à New York.

Comment êtes-vous venus à travailler ensemble sur l'exposition Vessels : Bodies, Tales & Machines ?
Nous nous sommes rencontrées lors d’une exposition de groupe avec d’autres artistes, il y a quelques années. Nous avions alors rapidement commencé à échanger autour de nos pratiques, de nos recherches et de nos façons de travailler. De cette rencontre est née l’idée d’organiser, un jour, une exposition plus intime, entièrement consacrée à nos travaux. Au départ, il ne s’agissait pas vraiment d’un projet d’exposition au sens traditionnel du terme. C’était plutôt une envie de faire quelque chose entre amis, de prendre le temps d’expérimenter, de confronter nos idées et de voir ce qui pouvait émerger.
Au fil du temps, ce projet s’est construit de manière assez naturelle, à travers les échanges, les essais, les découvertes et les différentes étapes de notre travail. L’exposition est ainsi devenue une façon de donner une forme concrète à cette relation artistique et amicale, tout en montrant un travail qui s’est développé progressivement, dans un esprit de curiosité, de liberté et de partage.

Quelle a été votre interprétation de la thématique du vaisseau ?
L'espace négatif, tant entre les volumes qu'au sein de ceux-ci, constitue un élément fondamental du processus de création dans le cadre de l'utilisation des imprimantes 3D et des techniques de moulage que je sollicite fréquemment. Le vide intérieur des formes digitales représente un enjeu structurel majeur, tout en favorisant la production originale de formes, souvent issues du hasard de production des imprimante 3d. Au sein du secteur de la céramique, les échanges entre potiers, designers et artistes sont très denses afin de partager les connaissances ; ainsi, les contacts établis avec les potiers et la découverte de leurs travaux m'ont vivement inspirée à rendre hommage à ces créateurs de Vase.
New York m’a apporté une ouverture d’esprit très différente
En quoi la France et New York inspirent votre art ?
La France m’a apporté une manière particulière de raconter des histoires, nourrie à la fois par la logique et la rigueur de Descartes, l’absurdité et l’humour de Pierre Desproges, et la poésie expérimentale du groupe Oulipo. Cette culture m’a appris à jouer avec les idées, les mots et les contradictions, à construire une pensée qui peut être à la fois rationnelle et poétique, sérieuse et absurde. J’y ai développé un goût pour les systèmes, les règles et les structures, mais aussi pour la possibilité de les détourner et de créer de nouvelles façons de raconter. New York m’a apporté une ouverture d’esprit très différente : l’idée que tout est possible, que les frontières entre les disciplines peuvent être repoussées et qu’il n’est pas nécessaire de rester prisonnier d’une définition académique de l’art.
En arrivant à New York, j’ai découvert un environnement dans lequel l’expérimentation, la curiosité et la liberté de faire étaient souvent plus importantes que le respect des conventions. Cela m’a permis de considérer la pratique artistique comme un espace de recherche, où l’on peut apprendre en faisant, se tromper, recommencer et mélanger des influences qui, sur le papier, pourraient sembler incompatibles. Au début des années 2000, j’ai également été particulièrement intéressé par l’influence des artistes dits « illustratifs ». Leur manière de construire des images, de développer des univers personnels et de raconter des histoires en dehors des cadres traditionnels de l’art contemporain m’a beaucoup marqué. Je trouvais intéressant qu’une image puisse être à la fois narrative, populaire, sophistiquée et immédiatement accessible, sans nécessairement chercher à se conformer aux codes de l’art académique.
Il faut aller à la rencontre des autres, saisir les opportunités, participer, expérimenter et surtout créer soi-même les occasions de faire connaître son travail
Quel serait votre conseil pour un jeune artiste qui veut se lancer à New York ?
New York est une ville où, lorsque l’on investit pleinement dans son travail artistique et dans le développement de son oeuvre, il est possible de trouver son public et de construire progressivement sa place dans le milieu artistique. Les nombreuses institutions qui proposent des studios, des ateliers et des espaces de production constituent également d’excellentes opportunités pour commencer à développer un réseau professionnel.
À New York, l’initiative est sans doute l’un des maîtres mots : il faut aller à la rencontre des autres, saisir les opportunités, participer, expérimenter et surtout créer soi-même les occasions de faire connaître son travail. C’est cette démarche active et volontaire qui permet peu à peu de trouver sa place et de construire une communauté autour de sa pratique.
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