Rose Barbantan est danseuse professionnelle à New York depuis près de cinq ans. Formée au Portugal puis à l’Alvin Ailey School, elle partage aujourd’hui son temps entre les scènes américaines, les créations en France et l’enseignement de la danse. La lauréate du Prix du Public aux Trophées des Français de l'est américain se confie : « C’est quand même une sacrée aventure ».


La danse est mon premier amour
À 25 ans, Rose Barbantan a déjà passé une grande partie de sa vie loin de la France. Elle quitte son pays natal à 14 ans pour rejoindre le Portugal, où elle suit une formation particulièrement exigeante. L’enseignement y est très axé sur la technique, la précision et la maîtrise du corps. Quelques années plus tard, elle poursuit son parcours à New York. Elle intègre le Certificate Program de l’Alvin Ailey School, une formation professionnelle de trois ans dont elle est diplômée en 2022. Le ballet et la danse moderne y occupent une place centrale. Mais son expérience américaine lui apporte bien plus qu’une nouvelle méthode de travail. Elle lui apprend aussi à aborder la danse autrement. « Au Portugal, j’ai eu une scolarité très intense, très technique, très basée sur réussir à danser techniquement très proprement », raconte-t-elle. À New York, elle découvre davantage de liberté dans l’interprétation. « J’ai réussi à plus m’épanouir sur comment interpréter, comment ressentir ma danse. »
Aux Etats-Unis, la jeune artiste apprend également à se mettre en avant. « J’ai surtout aussi appris à me vendre », explique-t-elle. Dans un milieu où les auditions et les collaborations rythment les carrières, savoir défendre son travail devient presque aussi important que la technique. Une compétence qui l'a d'ailleurs aidée à mobiliser sa communauté en ligne pour remporter le Prix du Public des Trophées des Français de l'Est américain, remis par la Banque Transatlantique.

Rose Barbantan, une vie de danseuse freelance
Depuis sa sortie de l’Alvin Ailey School, Rose travaille comme danseuse professionnelle freelance. Elle collabore avec plusieurs compagnies et chorégraphes, parmi lesquels Jamel Gaines Creative Outlet, SHIFT Dance Company, Accent Dance NYC et CRance Company de Caterina Rago. Son quotidien dépend des répétitions, des spectacles et des saisons de chaque compagnie. « Mon planning se gère en fonction de leurs besoins et leurs répétitions et leurs spectacles », résume-t-elle. Ce fonctionnement demande de la souplesse, mais aussi une capacité à passer rapidement d’un projet à l’autre.
À New York, Rose a notamment dansé au New York City Center et au BAM Fisher Theater. Elle a également participé à plusieurs tournées aux États-Unis, avec des passages à Baltimore, Saint-Louis et West Palm Beach. Pour autant, la scène qui l’a le plus marquée récemment n’est pas forcément celle qu’elle aurait citée quelques mois auparavant.
Danser devant la Statue de la Liberté, le rêve de Battery Park
Pendant longtemps, Rose pensait au New York City Center lorsqu’on lui demandait quelle avait été sa scène la plus prestigieuse. Elle y avait dansé dans le cadre de la saison d’hiver de l’Alvin Ailey School, après avoir été sélectionnée durant sa formation.
Puis, quelques semaines avant l’entretien, elle participe au Battery Dance Festival, à Battery Park, dans le sud de Manhattan. Elle y danse avec l’une de ses compagnies, avant de terminer le spectacle par un solo, face à la Statue de la Liberté. Cette représentation avait une signification particulière. À son arrivée aux États-Unis, huit ans plus tôt, elle avait assisté à ce festival et s’était fait une promesse. « Je me suis dit qu’un jour ou l’autre, il faudrait forcement que je fasse ce spectacle », se souvient-elle. Cette fois, ses amis étaient dans le public. Pour Rose, le moment avait presque valeur de symbole. « C’est un peu la boucle qui se referme », raconte-t-elle. De cette soirée, elle retient surtout l’image de la scène dressée au bord de l’eau, avec la Statue de la Liberté en toile de fond et ses proches venus partager ce qu’elle décrit comme « l’événement »
Retrouver la France sur scène
Même si New York est devenue son principal point d’ancrage professionnel, Rose continue de revenir en France pour participer à des créations. Depuis deux ans, elle travaille notamment avec le chorégraphe Richard Bonnosaltek. Elle s’est produite au Théâtre antique d’Arles en 2024, puis à nouveau en juillet 2026 dans la création Amours. Pour chaque projet, elle rentre plusieurs semaines afin de répéter avant la représentation. Ces retours ont une portée particulière pour la danseuse. « Je rentre à la maison, ma famille peut me voir danser », explique-t-elle. Après plusieurs années passées à développer sa carrière aux États-Unis, retrouver ses proches dans le public transforme la représentation. Le lieu compte également beaucoup. Danser au Théâtre antique d’Arles, avec son histoire et son cadre singulier, reste pour elle une expérience à part. « C’est quand même une sacrée aventure», lance-t-elle, amusée. Ces projets français prolongent ainsi son parcours américain sans l’interrompre. Ils lui permettent de travailler avec d’autres artistes, de retrouver sa famille et de maintenir un lien concret avec son pays d’origine.
Enseigner pour transmettre à une autre génération
La danse occupe aussi une autre place dans la vie de Rose, celle de la transmission. En parallèle de ses activités sur scène, elle enseigne le ballet et la danse moderne dans des écoles publiques de New York, dans le cadre d’un partenariat avec une compagnie. Elle donne également des cours dans une école privée à New Rochelle. Ses élèves vont des enfants aux adultes, avec des niveaux et des attentes différents.
Pour elle, enseigner ne consiste pas seulement à corriger une position ou à faire répéter un mouvement. Elle souhaite transmettre une énergie et une confiance qu’elle aurait aimé retrouver dans ses propres années de formation. « J’espère leur transmettre un peu de cette envie en tant que jeune artiste », explique-t-elle. Elle veut aussi que ses élèves puissent s’identifier à une professeure qui continue elle-même à se produire sur scène. « Je n’ai pas eu cette chance pendant ma scolarité, d’avoir ce modèle jeune pour pouvoir m’y identifier plus rapidement », confie-t-elle. Rose insiste également sur l’évolution du métier. Les danseurs doivent aujourd’hui être capables de travailler avec plusieurs compagnies, de changer de registre et de développer différentes compétences. « On doit toucher à tout », estime-t-elle.
Le Prix du Public, qui compte aussi pour l’avenir
Lorsqu’elle apprend qu’elle a remporté le prix du public des Trophées des Français de l’Est américain, Rose est surprise. La semaine des votes a été intense, elle mobilise sa communauté, publie sur les réseaux sociaux et voit ses parents organiser les votes depuis la France. « Je trouve que cela est une chance d’avoir remporté ce trophée », raconte-t-elle. La distinction lui apporte une visibilité nouvelle, notamment auprès du public français de New York. Elle y voit également un intérêt très concret pour la suite de sa carrière. En tant qu’artiste française installée aux États-Unis, les démarches liées aux visas font partie des réalités de son parcours. « En tant que Française artiste, les visas, c’est toujours très compliqué », rappelle-t-elle. Le trophée pourra ainsi enrichir son prochain dossier, en apportant une distinction supplémentaire à son expérience américaine.
Continuer à danser, peu importe où
Pour Rose, il est encore difficile de se projeter à cinq ans. La vie de danseuse freelance laisse une large place à l’imprévu. Une audition, une nouvelle création ou une tournée peuvent modifier rapidement le calendrier. Son prochain rendez-vous est déjà fixé, une tournée en France avec l’une de ses compagnies, du 1er au 8 novembre, avec une étape à Paris. Pour le reste, elle préfère ne pas trop anticiper. « J’espère pouvoir toujours autant danser, toujours pouvoir autant m’amuser à New York », confie-t-elle. Elle ignore encore si elle vivra toujours dans la ville dans trois ans. Mais elle sait ce qui continue de guider ses choix. « C’est mon premier amour et ça le restera », dit-elle à propos de la danse.
Entre les scènes new-yorkaises, les retours en France et les cours donnés aux jeunes générations, Rose Barbantan poursuit ainsi une carrière qui se construit d’un projet à l’autre, avec la même envie de danser et de continuer à apprendre.
Sur le même sujet

































