Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, était présent à New York pour participer à l’Urban 20. L’occasion pour Paris de s’inspirer de New York mais aussi d’autres métropoles internationales « pour confronter leurs réponses aux crises du logement, du climat et des migrations ». Jean-Philippe Berteau, conseiller des Français de l’étranger, revient pour nous sur sa visite, ses échanges avec Zohran Mamdani mais aussi la rentrée de la Gauche Unie des Français de l’étranger à New York.


Comment s'est déroulée la réunion de rentrée de la Gauche Unie des Français de l’étranger à New York ?
L’union tissée entre socialistes et écologistes, durant la campagne consulaire, a pour beaucoup contribué à notre succès (2 conseillers des Français de l’étranger élus et 1 délégué) et comme nous souhaitons nous inscrire dans la durée, il est apparu naturel de capitaliser sur l’enthousiasme généré. Ainsi, la visite à New York du Maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a été l’occasion parfaite de nous retrouver. Malgré l’importance de son mandat, il reste une personne très accessible, et a accepté de rencontrer des militant.es et sympathisant.es de gauche de manière très simple, dans les locaux d’une association dont le rôle social est exemplaire, ATD Quart Monde ; son engagement politique résonne par ailleurs avec le nôtre car il a mené une liste de gauche unie à la victoire à Paris au printemps dernier.
La réunion a permis de rassembler grâce au bouche-à-oreille sur les réseaux sociaux et en quelques jours une large audience, près de soixante-dix personnes, et de rencontrer de nouveaux visages. La discussion ne s’est pas limitée à Paris ou à la politique nationale — même si nous avons parlé de la primaire de la gauche, qui est notre actualité partisane brûlante. Nous avons abordé les sujets du logement, de la pauvreté et des inégalités, et de fait l’intervention et les témoignages des bénéficiaires et bénévoles d’ATD Quart Monde ont permis d’ancrer la présence d’Emmanuel Grégoire dans la réalité de notre vie locale. En effet, certain.es ressortissant.es français.es vivent - ou ont vécu - dans des situations de grande précarité, loin de l’image que l’on peut avoir des expatrié.es. En plus des sujets propres aux français.es de l’étranger comme le retour en France, Emmanuel a répondu aux questions de l’audience sur le climat, l’intelligence artificielle et la légalisation du cannabis.
Comment s'est passée la rencontre d’Emmanuel Grégoire avec le maire de New York, Zohran Mamdani ?
Emmanuel Grégoire est avant tout venu à New York pour participer à l’Urban 20, sorte de G20 des villes, qui a rassemblé à New York jusqu’au 20 septembre, avant la semaine de haut niveau de l’ONU, 30 maires représentant certaines des plus grandes villes du monde pour confronter leurs réponses aux crises du logement, du climat et des migrations. Les villes sont en train de constituer un réseau mondial d’apprentissage mutuel, avec une idée simple : face à des problèmes qui dépassent les frontières — logement cher, canicules, congestion, transition écologique — l’innovation peut circuler beaucoup plus vite entre métropoles qu'entre États.
Selon le retour de l'équipe de la mairie de Paris, la rencontre entre Emmanuel Grégoire et Zohran Mamdani a été chaleureuse, parce qu’ils ont beaucoup en commun : ils sont engagés, habités par la recherche du bien commun pour les habitants de leur ville, ce qui exige parfois d’aller à l’encontre de certains intérêts particuliers, et ont placé le quotidien des habitant.es au cœur de leur action. Bien que Paris et New York soient deux villes très différentes, elles sont confrontées à des questions comparables : comment continuer à loger les classes moyennes et populaires, comment adapter les transports, comment transformer la ville face au changement climatique sans accroître les inégalités.
Lors de notre réunion, nous avons aussi parlé de partenariats qui pourraient émerger entre Paris et les associations de Français de l’étranger à New York
Est-ce que les liens entre New York et Paris peuvent déboucher sur de nouveaux partenariats ?
Emmanuel Grégoire a insisté sur le fait que le réseau de villes U20 avait deux buts : échanger les bonnes pratiques entre villes et porter la voix des villes dans les institutions internationales comme l’ONU et les forums de négociation comme les COP climat. Ils ont partagé leurs expériences face à la crise du logement dans les deux métropoles, les défis urbains, avec des stratégies communes contre le sans-abrisme, l’adaptation au changement climatique et l'accueil des migrants, ou encore sur la démocratie locale.
Lors de notre réunion, nous avons aussi parlé de partenariats qui pourraient émerger entre Paris et les associations de Français de l’étranger à New York, et en particulier pour remédier aux difficultés que certains rencontrent lorsqu’ils souhaitent revenir vivre en France. Nous avons eu l’assurance de pouvoir engager un dialogue directement avec la Mairie de Paris et les associations d’accueil locales pour faciliter le retour administratif et professionnel de New York à Paris, comme nous l’avions évoqué dans notre programme lors de la campagne des élections consulaires. C’est l’un des objectifs prioritaires de notre mandat : favoriser le retour en France. Nous rencontrons des concitoyens qui, après dix ou vingt ans aux États-Unis, découvrent que revenir peut être compliqué. Si le rapprochement entre Paris et New York permet aussi de mieux penser ces parcours transatlantiques, alors il aura une utilité très concrète.
« Les Français de New York ont aussi une vraie histoire à raconter à la France »
Est-ce que Paris peut-être inspirée par New York ? et par les Français de New York ?
New York a cette capacité assez particulière à expérimenter à très grande échelle et à faire coexister initiatives publiques, associatives, communautaires et privées. C’est quelque chose que Paris peut regarder. La place laissée aux espaces verts dans les rues est aussi bien plus importante qu'à New York, ce qui est lié à la moindre densité de la ville mais s’avère crucial à une époque où les températures s’envolent. Emmanuel Grégoire a aussi rappelé qu’il fallait développer les outils juridiques dévolus aux maires, notamment pour qu’ils puissent davantage contrôler les prix des logements par exemple. La France demeurant un pays très centralisé, Paris a dû mener une longue bataille politique pour juguler l’essor des plateformes de location comme Airbnb, ce que New York n’a eu aucun mal à faire de manière bien plus drastique.
« Chaque élève mérite de se sentir en sécurité », quand Paris inspire New-York
Les Français de New York ont aussi une vraie histoire à raconter à la France, et en particulier à Paris. Vivre dans la région de New York, c’est être confronté chaque jour à une culture politique très différente, dans laquelle l’initiative individuelle, le pragmatisme, le rôle du secteur privé, de la philanthropie et des acteurs locaux occupent une place considérable. En vivant ici, on voit mieux certaines forces de la France, comme ses services publics et son système de protection sociale universels.
L’enjeu ici sera celui de la mobilisation
Est-ce que le lectorat français de New York est déterminant pour les prochaines élections présidentielles ?
Les Français de New York ne feront pas, à eux seuls, l’élection présidentielle, mais ils constituent une communauté très politisée avec près de 30 000 inscrits sur les listes électorales, le poids d'une ville comme Angoulême (Charente) ou Arras (Pas-de-Calais), ce qui n’est pas négligeable. Ils portent une expérience particulière de la France vue depuis l’étranger : leurs attentes sur les services publics, le pouvoir d’achat, le retour en France ou encore la place de la France dans le monde méritent d’être entendues. En effet, dans un contexte politique incertain, 30 000 inscrits peuvent parfois être une force décisive. Quand on se souvient de l'écart (29 718 voix) qui a séparé Jacques Chirac d'Édouard Balladur au premier tour de la présidentielle de 1995, cela montre que peu de voix peuvent propulser un candidat vers le second tour. L’enjeu ici sera celui de la mobilisation car le vote électronique n'est, pour le moment, pas autorisé pour la présidentielle.
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