Vice-rectrice associée à la relance du Quartier latin à l’UQAM, Priscilla Ananian est aujourd’hui au cœur d’un chantier urbain, culturel et académique inédit à Montréal. Un an après avoir lancé l’idée d’un « quartier apprenant », elle raconte comment une intuition devient réalité — et pourquoi le Grand Rendez-vous du 6 mai pourrait marquer un véritable point de bascule.


« Ce n’est pas un label » : une vision qui s’incarne
La voix est posée, mais le rythme est soutenu. À mesure que l’entretien avance, une impression se dégage : celle d’un projet qui n’est plus au stade de l’intention. « Ce n’est pas un label, ce n’est pas une étiquette. C’est une démarche, une posture », insiste Priscilla Ananian.
L’an dernier, le Grand Rendez-vous servait à exposer une vision : celle d’un « quartier apprenant ». Une idée encore fragile, à convaincre. Aujourd’hui, le ton a changé. On ne parle plus d’intention — mais de réalisations. À quelques jours du Grand Rendez-vous, Priscilla lève le voile.

Une année pour passer de l’idée au réel
« On voulait semer des graines », résume-t-elle. Douze mois plus tard, ces graines ont commencé à prendre. Le projet Arborescences, déployé dans l’espace public, en collaboration avec BAnQ et SDC Quartier latin, pendant plusieurs mois, a servi de point d’ancrage. Mais au-delà des installations, c’est ce qu’elles ont permis qui compte : une collaboration inédite entre institutions qui, jusque-là, se côtoyaient sans réellement travailler ensemble.
« C’était une façon de montrer que ce n’était pas qu’un concept. Qu’on pouvait faire autrement. »
Dans le même temps, d’autres dynamiques se sont enclenchées, sur des terrains plus sensibles, parfois plus complexes. La question de la cohabitation sociale, d’abord — un enjeu central dans un quartier où se croisent étudiants, populations vulnérables et acteurs communautaires. Plutôt que de l’aborder de manière théorique, l’équipe a choisi d’agir.
Un dispositif concret, la halte chaleur dans les locaux de l'Université, a été mis en place avec la Société de développement social (SDS), partenaire clé pour tout ce qui touche à l’intervention de terrain. L’idée : créer des ponts directs entre les étudiants de l’UQAM et les organismes communautaires du quartier, en structurant un engagement bénévole reconnu.
Un appel est alors lancé au sein de l’université. La réponse dépasse immédiatement les attentes. En moins de 24 heures, une centaine d’étudiants manifestent leur intérêt. Un chiffre qui surprend autant qu’il interpelle. « On ne s’y attendait pas », confie la vice rectrice-associée.
Mais derrière cet élan, une réalité plus fine apparaît. Il ne suffit pas de vouloir s’engager : encore faut-il pouvoir le faire. Les contraintes d’horaires, la coordination avec les besoins des organismes, la structuration des missions… tout reste à ajuster.
« Ça montre qu’il y a une envie. Mais encore faut-il créer les conditions pour qu’elle s’exprime. »
Autrement dit, transformer une mobilisation spontanée en engagement durable. Un travail patient, presque invisible, mais essentiel — à l’image de ce qui est en train de se construire, plus largement, dans le Quartier latin.
Penser le quartier dans le temps long
Très vite, la discussion glisse vers un autre chantier. Plus structurant. Plus ambitieux. Un plan directeur de campus arrimant un plan immobilier, un plan d'aménagement urbain et un plan d'adaptation climatique, une première. Derrière cet énoncé, une idée simple : arrêter de penser le Quartier latin à l’échelle de l’événementiel ou du court terme. Le projeter sur vingt ans.
« C’est imaginer toutes les opportunités qu’on aura pour retravailler les espaces, reconnecter les lieux, repenser les usages des pavillons du campus », explique Priscilla. À cet instant, le regard change. Le discours se resserre, gagne en précision. On parle de rez-de-chaussée à reconfigurer, de circulations à repenser, de connexions à recréer entre les pavillons. Une autre grille de lecture s’impose — plus spatiale, plus structurée.
Avec Priscilla, l’architecte urbaniste de formation n’est jamais loin. Elle affleure dans la manière de penser les espaces, les circulations, les usages. Le Quartier latin n’est plus seulement un lieu que l’on anime — c’est un espace que l’on structure, que l’on transforme, que l’on projette.
On comprend alors que ce qui se joue ici dépasse largement la programmation. C’est déjà un projet urbain.
Retrouver ce que le quartier a déjà été
Puis, presque naturellement, la conversation remonte le temps. Car l’un des fils conducteurs de cette année tient dans un travail historique en profondeur. Un travail qui sera présenté pour la première fois lors du Grand Rendez-vous du 6 mai. Ce que les recherches montrent, c’est un Quartier latin qui n’a pas attendu 2026 pour être « apprenant ».
« Dans le passé, tout était beaucoup plus imbriqué. Il y avait à la fois la culture, l’éducation, la diffusion… C’était beaucoup plus fluide », souligne Priscilla Ananian.
On retrouve cette logique dans des lieux très concrets. L’ancien magasin Archambault, emblématique du Quartier latin, en est une illustration frappante. On y achetait des instruments, bien sûr — mais pas seulement. Le lieu proposait aussi des cours, accueillait des démonstrations, parfois même de petites performances. Un même espace mêlait commerce, apprentissage et diffusion culturelle. Le quartier fonctionnait comme un écosystème intégré.
Aujourd’hui, ces fonctions se sont fragmentées. La question devient presque politique : peut-on recréer cette continuité ?
Une reconnaissance qui ouvre des portes
Au fil de l’entretien, un autre élément apparaît en filigrane : le regard extérieur. Le projet du Quartier latin n’est plus seulement local. Des appuis se sont construits, notamment en lien avec l’UNESCO. Des relais se sont activés. Des discussions se sont ouvertes.
Et puis, récemment, un signal plus institutionnel… qui sera révélé mercredi, lors du Grand Rendez-vous.
Le 6 mai : engager, plutôt que promettre
Alors, que va-t-il se passer le 6 mai ? La réponse tient en un mot : engager.
Engager des partenaires, poser des jalons, donner à voir ce qui est en train de se construire — et surtout ce qui va suivre. Le 6 mai ne sera pas une vitrine, mais un moment où les réalisations des douze derniers mois viennent confirmer et affirmer la trajectoire du Quartier latin.
Grand Rendez-vous du 6 mai - Entrée gratuite - Inscription obligatoire
Le moment d’entrer dans l’histoire du quartier
Il y a, dans cet entretien, une tension intéressante. D’un côté, la prudence. Rien n’est surjoué. Rien n’est présenté comme acquis. De l’autre, une certitude plus discrète : le mouvement est lancé.
Le Grand Rendez-vous du 6 mai ne sera pas une rencontre de plus. Ce sera un point d’entrée.
Le Quartier latin est en train de changer. Reste à savoir qui choisira d’en faire partie — et de s’y engager durablement.
Programme complet de la journée, participants et inscription
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