À quelques semaines du scrutin consulaire, Thomas Fouqueray, tête de liste du mouvement Agir Pour Nous — L'Union Citoyenne, répond à nos questions. Économiste, enseignant à l'Université de Montréal, ayant travaillé à la Commission européenne et aux Nations Unies, il a fondé ce mouvement citoyen indépendant pour transformer concrètement le quotidien des Français établis au Canada.


Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?
Je suis Thomas Fouqueray, économiste de formation, diplômé d'un master à l'Université de Montréal, où j'ai également enseigné. Avant de m'établir définitivement au Québec, j'ai travaillé à la Commission européenne et aux Nations Unies, deux expériences qui m'ont appris très tôt comment fonctionnent les grandes institutions, leurs forces, mais aussi leurs angles morts.
Aujourd'hui, je dirige un média culturel local francophone à Montréal. Ce rôle me place au cœur de la vie quotidienne de notre communauté : je reçois des témoignages, je vois les difficultés concrètes, j'entends les frustrations de gens brillants, compétents, qui se heurtent à des murs administratifs absurdes. C'est précisément ce décalage entre le potentiel de notre communauté et la réalité de ce qu'elle reçoit en retour qui m'a poussé à fonder l'Union Citoyenne.
“Je ne suis pas politicien. Je ne veux pas l'être. Je suis quelqu'un qui a décidé que se plaindre sans agir n'était plus une option.”
Que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ?
Pour moi, c'est avant tout un rôle de traducteur entre les réalités que vivent les Français du Canada au quotidien et les instances françaises qui ont le pouvoir d'y répondre. Un conseiller qui ne fait pas ce lien-là, qui n'interpelle pas les ministères, qui ne remonte pas les dossiers concrets, n'est pas à la hauteur de sa mission.
La mission, c'est d'abord d'écouter. Puis de comprendre. Puis d'agir avec les bons outils, les bons interlocuteurs, au bon niveau. Concrètement, cela veut dire : défendre les droits à la retraite de ceux qui ont cotisé des deux côtés de l'Atlantique, peser sur les conditions d'attribution des bourses scolaires, accélérer les délais consulaires qui bloquent des familles entières, porter les dossiers de reconnaissance de diplômes qui s'enlisent depuis des années.
Ce n'est pas un rôle honorifique. C'est un mandat de service public, et je le prends comme tel. Cela passe aussi par un travail de fond avec les sénateurs représentant les Français de l'étranger, c'est à ce niveau que les dossiers qui n'avancent pas peuvent enfin être remontés, nommés, et portés devant les instances qui ont le pouvoir d'y répondre.
“Un conseiller qui ne remonte pas les dossiers concrets n'est pas à la hauteur de sa mission.”
Comment avez-vous constitué votre liste ?
Je voulais que la liste ressemble vraiment à la communauté. Pas à une photographie idéalisée de ce qu'elle devrait être à ce qu'elle est réellement : diverse, compétente, dispersée géographiquement, traversée par des trajectoires de vie très différentes.
J'ai commencé par des conversations. Des dizaines. Avec des parents, des étudiants, des entrepreneurs, des chercheurs, des professionnels de la santé, des représentants du monde culturel et associatif. À chaque fois, la même question : est-ce que tu vis quelque chose que les institutions ne voient pas ? Est-ce que tu serais prêt à t'engager pour changer ça ?
Ce qui m'a frappé, c'est la qualité des personnes qui ont répondu présent. Des leaders dans leur domaine : ingénieure aéronautique, directrice ESG, consultant, neuropsychologue, biologiste au CHU, expert en gouvernance, spécialiste en philanthropie qui auraient pu rester dans leur confort professionnel et qui ont choisi de s'engager. Des profils que je n'aurais pas osé espérer au départ.
Et surtout, une liste qui reflète vraiment le tissu social de notre circonscription. Des hommes et des femmes. Des profils scientifiques, artistiques, économiques, humanitaires. Des gens établis depuis longtemps et d'autres arrivés récemment. Des Français de Montréal, des Laurentides, de la Rive Sud. Cette diversité n'est pas un argument de communication c'est la condition pour comprendre les réalités de l'ensemble de la communauté, pas d'une partie d'elle.
Aucun d'entre eux n'est là pour faire valoir un titre ou une étiquette politique. Ils sont là parce qu'ils ont quelque chose à apporter et parce qu'ils sont convaincus, comme moi, qu'on peut faire mieux.
“Des leaders dans leur domaine qui auraient pu rester dans leur confort professionnel — et qui ont choisi de s'engager.”
Pourquoi est-il important pour les Français de l'étranger de prendre part à ces élections consulaires ?
Parce que ces élections sont probablement le scrutin qui touche le plus directement leur vie quotidienne et pourtant c'est celui dont on parle le moins. Les conseillers des Français de l'étranger ne sont pas des représentants symboliques : ils siègent à l'Assemblée des Français de l'Étranger, ils interpellent les ministères, ils pèsent sur les budgets alloués aux bourses scolaires, à l'aide sociale, aux lycées français, aux services consulaires.
Un conseiller engagé peut débloquer un dossier de succession gelé depuis un an, accélérer une démarche de reconnaissance de diplôme, ou faire remonter l'opacité du PEQ jusqu'aux bons interlocuteurs en France. Il travaille main dans la main avec les sénateurs représentant les Français de l'étranger un levier puissant et trop peu utilisé pour porter les dossiers de notre communauté au niveau législatif. À l'inverse, un siège vide ou occupé par quelqu'un d'absent, c'est autant d'opportunités perdues pour toute une communauté.
Et puis, il faut être honnête sur un point : la participation à ces scrutins est très faible. Ce qui signifie, mécaniquement, que chaque vote pèse beaucoup plus lourd qu'à une élection nationale. C'est une fenêtre rare d'influence directe. Ne pas en profiter, c'est laisser quelqu'un d'autre décider à votre place pour six ans.
“C'est une fenêtre rare d'influence directe. Ne pas en profiter, c'est laisser quelqu'un d'autre décider à votre place pour six ans.”
Quel est selon vous le plus grand défi auquel font face les Français de votre circonscription ?
Si je devais n'en choisir qu'un, je dirais l'invisibilité administrative. Le sentiment souvent justifié que personne, du côté des institutions françaises, ne sait vraiment ce que c'est que de vivre ici, de naviguer entre deux systèmes, deux fiscalités, deux logiques de droits sociaux.
Concrètement, cela se traduit par des situations que je rencontre régulièrement : des architectes ou des ingénieurs avec 10 ans d'expérience en France auxquels on impose un stage de 3 ans pour faire reconnaître leur diplôme ici. Des retraités qui perdent 150 ou 200 euros par mois parce que leurs trimestres québécois sont mal comptabilisés côté français. Des étudiants qui ont investi des années et des milliers de dollars dans une formation québécoise sans savoir que les règles du PEQ allaient changer du jour au lendemain.
Ce qui est frustrant, ce n'est pas que ces problèmes existent. C'est qu'ils sont souvent connus, documentés, et qu'ils ne remontent tout simplement pas. Notre rôle, c'est précisément de faire en sorte qu'ils remontent et que des réponses concrètes suivent.
“Ce n'est pas que ces problèmes existent qui est frustrant. C'est qu'ils sont souvent connus, documentés, et qu'ils ne remontent tout simplement pas.”
Notre programme détaillé (où nous détaillons nos mesures sur la retraite, la santé et la reconnaissance des diplômes).
L'équipe citoyenne (pour découvrir la diversité des profils qui m'accompagnent).












