Caitlin Workman : « Montrer tous les aspects du Canada pour offrir un portrait réel »

Par Maël Narpon | Publié le 11/10/2022 à 18:10 | Mis à jour le 11/10/2022 à 20:27
Photo : Maël Narpon
Caitlin Workman, directrice du Centre culturel canadien à Paris

Le Canada trouve grâce aux yeux de tellement de personnes que son image en devient parfois trop belle pour être vraie. Sans oublier tous ses indéniables bons côtés, le Centre culturel canadien et sa directrice Caitlin Workman ont à coeur de partager en France une image du pays à la feuille d’érable plus fidèle, plus nuancée, mais toujours intéressante.

 

Véritable porte étendard de la culture canadienne à Paris, le Centre culturel canadien propose de nombreuses activités tout au long de l’année et accueille en son sein des expositions mettant en avant différents aspects du Canada, les bons comme les plus controversés. Nous avons pu nous entretenir avec Caitlin Workman, sa directrice depuis 2018, qui voit en ce Centre culturel, le seul du réseau diplomatique canadien, le moyen de mener une diplomatie culturelle efficace dans un pays où celle-ci fait partie intégrante de la « diplomatie pure ». Elle met un point d’honneur à conserver une exigence de qualité artistique des événements culturels proposés tous les ans aux visiteurs du Centre culturel canadien, dont fait partie l’exposition De l’Art de vivre, qui y est actuellement présentée en toute gratuité jusqu’au 21 octobre 2022.

 

L'ambassade du Canada à Paris, qui abrite le Centre culturel canadien
L'ambassade du Canada à Paris, qui abrite le Centre culturel canadien. Photo : Centre culturel canadien.

 

Quelle est l’importance du Centre culturel canadien ?

Le Centre culturel canadien est l'unique centre culturel du réseau diplomatique canadien. Il y a certaines autres ambassades, par exemple à Londres, à Washington ou à Berlin, qui ont des petits espaces publics. Des expositions s’y tiennent mais disons que ce n'est pas la même envergure et pas la même histoire. Le Centre culturel canadien de Paris a 52 ans cette année, il a été fondé en 1970. Il y avait une volonté de la part du Canada fédéral, dans toute sa diversité, de rayonner en France et à travers l'Europe par sa culture. Nous nous rendons maintenant compte que la diplomatie culturelle et la culture elle-même sont extrêmement importantes en France, plus qu’ailleurs. La France fait partie des berceaux de la démocratie et de l’action culturelle, avec un un public très consommateur de culture, notamment vu la concentration de toutes ces institutions et de toute la création à Paris.

 

Pour nous, il fallait que le Canada ait une présence dans ce domaine car c’est aussi comme cela que nous pouvons parler aux Français et que nous bâtissons des liens à tous les niveaux. Que ce soit le public, les artistes, les institutions culturelles, mais également les influenceurs au niveau politique, toutes ces personnes aiment la culture.

 

Nous sommes aussi là pour agir sur l’égalité des chances de tous et de toutes

Quelles sont les thématiques que vous souhaitez mettre en avant ?

Nous essayons d’en mettre plusieurs en avant. C’est la qualité artistique des prestations qui prime avant tout. Que ce soit en arts visuels, en musique ou en cinéma, notre objectif est d’avoir des créations haut de gamme. Cela dit, nous nous rendons compte qu’il faut aussi donner sa chance à chacun et essayer d’être un tremplin pour des personnes issues de l’immigration notamment. Nous sommes aussi là pour agir sur l’égalité des chances de tous et de toutes.

 

Nous fournissons un gros effort pour représenter toutes les francophonies en situation minoritaires au Canada, comme celles du Nouveau-Brunswick, du Manitoba ou de l’Ontario. Ce sont d’une part des communautés méconnues en France, mais qui disposent également d’artistes ayant besoin d’un plus gros coup de pouce pour se faire connaître en France et en Europe. Il en va de même pour les artistes autochtones qui vivent une renaissance au Canada, même si celle-ci n’a pas encore traversé les frontières du pays. Je pense que le monde de la culture en fait beaucoup au Canada, mais nous savons tous qu’il reste encore plus à faire.

 

Quels moyens sont mis en place pour faire connaître votre action ?

Nous disposons d’une super équipe de communication à la fois pour l’ambassade et pour le Centre culturel. Nous sommes présents sur tous les réseaux sociaux à part TikTok, mais l’exposition actuelle (De l’art de vivre, ndlr) y fait tellement fureur que nous sommes en train de reconsidérer (rires). Certaines vidéos faites par des jeunes venus ici ont même atteint les 60.000 vues. Nous envoyons également une infolettre et proposons pas mal de supports pédagogiques.

 

 

Mais le tout passe énormément par le bouche-à-oreille. Nos visiteurs en parlent autour d’eux, ils voient ce que nous faisons et apprécient, notamment l’accueil qui est très canadien, avec le sourire malgré la sécurité à l’entrée. Il faut dire aussi que le Centre culturel canadien et l’ambassade du Canada appuient des projets de culture canadienne à travers la France. C’est aussi grâce à cela que nous pouvons faire connaître le Canada en dehors de ce petit coin de Paris VIIIème qui est quand même très particulier.

 

Quel genre de public se déplace au Centre culturel canadien ?

Un bon nombre des visiteurs que nous recevons ici ont un lien avec quelqu'un ayant décidé de s’installer au Canada ou ont envie de s’y établir eux-mêmes. Certaines personnes viennent parce qu’elles ont une idée particulière du Canada. Ce qui est intéressant dans notre travail est que nous sommes là pour partager des informations sur qui nous sommes en tant que pays à travers la voix de nos artistes, mais parfois aussi pour présenter ce qui fait vraiment le Canada, ce n’est pas toujours ce que l’on peut penser. Ce n’est pas que des grands espaces verts, des animaux ou des paysages hivernaux. C’est aussi énormément d’innovations, notamment lorsque nous mettons en place des expositions d’art numérique, montrant à quel point ce domaine monte en flèche au Canada. L’exposition que nous avons actuellement réunit trois jeunes femmes artistes issues de l’immigration, avec des parcours différents, mais qui ont trouvé leur terre d’accueil au Canada.

 

 

Nous cherchons aussi à montrer un autre côté de notre population. Quand nous accueillons des artistes autochtones, nous exposons un aspect du Canada très méconnu en France et en dehors de nos frontières. Ce sont toujours des énormes découvertes pour les visiteurs, ils accèdent à une richesse dont ils n’avaient même pas idée, ce qui, je pense, est très attrayant et les fascine. Certains ressortent avec l’envie d’aller découvrir le milieu du Canada. Nous faisons aussi cela pour élargir la perception du Canada au delà de ces idées communes.

 

Constatez-vous une affinité particulière des Français pour la culture canadienne ?

Nous avons déjà eu des déplacements vers Paris pour le Centre culturel canadien. Mais il s’agissait de communautés françaises venant notamment de Normandie, de Charente-Maritime, de coins de pays qui ont ce lien historique avec le Canada depuis avant la Seconde Guerre mondiale, et surtout d’après, quand les Canadiens ont débarqué. Un public de quartier commence à se développer, ce qui est très appréciable. Cela fait seulement quatre ans que nous sommes à cette adresse, les choses ont mis un peu de temps à se développer. Le public reste très largement parisien, même si quelques Canadiens viennent voir les lieux et ce que cela donne avec l’argent des contribuables.

 

Quels sont les projets pour le Centre culturel canadien ?

Nous organisons trois grandes expositions par an. La prochaine sera en partenariat avec l’université de Toronto. Elle portera sur la question de l’usage des plastiques vue d’une perspective d’artiste. C’est à dire : quelle est l’éthique derrière l’usage du plastique, vu que ce matériau n’est pas très écologique ? Quelle est la conscience environnementale dont nous devrions tous tenir compte en utilisant le plastique ? Actuellement, nos grandes priorités sont le rayonnement des francophonies en situation minoritaire et la préparation aux Jeux Olympiques. Nous voudrions monter une programmation spéciale à cette occasion.

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Diplomé d'une licence de sociologie à Pau et à Athènes, il intègre ensuite l'IEJ Londres. Il effectue un stage avec lepetitjournal.com Londres puis rejoint l'édition internationale en tant qu'alternant dans le cadre d'un Master à l'IEJ Paris.
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