L’annonce a été faite publiquement par Andréanne Moreau lors du Grand Rendez-vous du Quartier latin. En soutenant officiellement la démarche menée par l’Université du Québec à Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec et la Société de développement du Quartier latin auprès de l’UNESCO, la Ville de Montréal donne une nouvelle dimension à un projet qui pourrait devenir une première mondiale : la reconnaissance d’un « quartier apprenant ».


C’est lors de la clôture du Grand Rendez-vous du Quartier latin, le 6 mai au Centre Pierre-Péladeau, qu’Andréanne Moreau a officiellement confirmé l’appui de la Ville de Montréal à la candidature du Quartier latin auprès de l’UNESCO.
Dans son intervention, elle a rappelé que le conseil d’arrondissement de Ville-Marie avait adopté à l’unanimité, le 14 avril dernier, une déclaration soutenant la démarche portée par l’Université du Québec à Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec et la Société de développement du Quartier latin.
Mais surtout, son discours a permis de mieux comprendre la portée du projet. Pour elle, le Quartier latin possède déjà les caractéristiques d’un territoire apprenant : une concentration exceptionnelle d’institutions de savoir, de lieux culturels, de bibliothèques, d’espaces communautaires et d’acteurs économiques capables de collaborer ensemble. Elle a également replacé cette démarche dans le positionnement international de Montréal, déjà reconnue comme Ville créative de design de l’UNESCO.

Plus qu’un quartier universitaire
Durant les échanges de la journée, plusieurs intervenants ont insisté sur un point essentiel : un « quartier apprenant » ne se résume pas à une concentration d’universités, de bibliothèques ou d’institutions culturelles.
Pour Daniel Baril, consultant en éducation des adultes, membre du conseil d'administration Institut de l’UNESCO pour l'apprentissage tout au long de la vie, et qui accompagne aujourd’hui la démarche montréalaise, l’idée repose avant tout sur la capacité d’un territoire à transformer ses espaces, ses interactions et même ses usages quotidiens en occasions d’apprentissage.
Cela concerne évidemment les établissements d’enseignement, mais aussi les commerces, les lieux culturels, les espaces publics, les événements, les citoyens eux-mêmes — voire les difficultés urbaines auxquelles un quartier est confronté.
« Apprendre entre les personnes », a-t-il résumé à plusieurs reprises durant son intervention.
Dans cette logique, le Quartier latin cesse d’être uniquement un secteur géographique ou institutionnel. Il devient un écosystème vivant où les savoirs circulent continuellement entre étudiants, résidents, travailleurs, touristes, artistes, commerçants et organismes communautaires.
Un « campus ouvert » à l’échelle du quartier
Cette idée de circulation revenait constamment dans les discussions. Les représentants de l’ITHQ, de l’École nationale de l’humour, de la Cinémathèque québécoise, de l’INRS ou encore du Cégep du Vieux Montréal ont multiplié les exemples de collaborations déjà existantes : projets communs, mutualisation d’espaces, activités croisées, accès partagés aux bibliothèques ou aux équipements spécialisés.
Pour plusieurs intervenants, le Quartier latin doit progressivement fonctionner comme un « campus ouvert » où les frontières entre institutions deviennent plus poreuses. Une vision qui dépasse largement l’enseignement traditionnel.

Marie Grégoire : « tisser une toile d’apprentissage »
La présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Marie Grégoire, a probablement formulé l’une des définitions les plus concrètes du projet.
Dans son intervention, elle explique que la démarche vise à « tisser autour des citoyens une véritable toile d’apprentissage » en reliant culture, savoirs, éducation, milieux communautaires et acteurs économiques.
Cette notion de « toile » résume assez bien l’esprit du projet : créer un quartier où les apprentissages ne sont plus confinés à des institutions fermées, mais se produisent dans l’ensemble du tissu urbain.
Une candidature qui pourrait forcer l’UNESCO à évoluer
L’autre élément marquant de ce projet concerne la nature même de la candidature. Le réseau UNESCO des villes apprenantes regroupe actuellement plus de 425 villes dans le monde. Or, Montréal ne présente pas ici une ville entière, mais un quartier.
Selon Daniel Baril, aucun critère technique n’interdit formellement cette possibilité aujourd’hui. La candidature montréalaise pourrait donc devenir un précédent international.
Autrement dit, le Quartier latin ne cherche pas seulement une reconnaissance symbolique. Il tente aussi de faire évoluer la manière même dont l’UNESCO envisage les territoires apprenants.
La candidature officielle devrait être déposée au printemps 2027.
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