Situé au nord-ouest du Plateau Mont-Royal, le Mile-End, un district de métissage culturel, incubateur de nouvelles tendances.
Historiquement, le Mile-End était le petit village de Saint-Louis du Mile-End. Il se trouvait encore à un mile des limites de la ville de Montréal d'où la deuxième moitié de son nom. Le secteur dans lequel il est situé a connu une expansion rapide à la fin du 19ème siècle notamment avec l'arrivée du chemin de fer du Canadien Pacifique qui poussa de nombreuses industries à s'y installer. C'est seulement à la fin du siècle que naîtra le quartier du Mile-End, après l'intégration en 1910 de la ville de Saint-Louis à Montréal. Il devient alors une zone industrielle dont témoignent encore aujourd'hui les façades de briques rouges des anciennes fabriques.
Un espace de métissage social et culturel
Ayant d'abord été un village canadien-français habité par une population qui avait quitté les campagnes environnantes pour travailler dans les carrières de pierre, le Mile-End a ensuite accueilli des vagues successives d'immigrants juifs, italiens, grecs et portugais. Un lieu de passage qui a contribué à faire du Mile End un espace unique. La cohabitation de plusieurs groupes ethniques parlant de nombreuses langues, appartenant à des classes sociales et à des religions diverses, y est maintenant la norme et la spécificité du quartier. Coincé entre l'est canadien-français catholique et l'ouest anglo-protestant, ce quartier constitue un espace de métissage social et culturel où l'empreinte des générations est toujours visible.
?Je suis arrivé d'Italie à l'âge de 4 ans avec mes parents qui avaient de la famille et des amis ici. Ils ont trouvé rapidement du travail, dans la construction pour mon père et dans la manufacture pour ma mère. À 16 ans, j'ai commencé à aider mon oncle dans son café en face de l'église St-Viateur d'Outremont. J'ai ensuite ouvert mon propre café : le café social. Je l'ai imaginé comme un lieu de rencontres et d'échanges et cela fait maintenant seize ans que nous sommes ouverts sur la rue St Viateur. À l'époque ici il n'y avait même pas une terrasse, c'était un local fermé par des rideaux, avec six tables et une dizaine de chaises. On pouvait trouver de vieux bonhommes qui jouaient aux cartes à l'abri du regard de leurs femmes. C'était une place pour les personnes âgées qui venaient passer le temps !?, explique
Jay Lucifero, propriétaire du café social de la rue Saint-Viateur, arrivé d'Italie dans le quartier il y a plus de 40 ans.
?Le Mile-End est devenu le coeur de Montréal, il abrite toutes les communautés présentes dans la ville et arrive à faire cohabiter des commerces de toutes sortes, des édifices de religions différentes... Le mélange des cultures se fait en harmonie car c'est un quartier d'entraide, de partage et d'amitié. La variété culturelle nous donne l'opportunité de parler avec des gens d'ailleurs, de connaitre les coutumes venues de France, d'Italie, du Portugal, du Brésil ou de Grèce...? nous confie Jay Lucifero.
Atmosphère populaire et bohème
Après l'arrivée de nombreuses familles de migrants comme celle de Jay Lucifero, le quartier évolue pour devenir à la fin du siècle dernier, le si convoité district. Dans les années 2000, de grandes compagnies comme Ubisoft s'installent dans le quartier. La société de jeux vidéos amène avec elle ses programmeurs, concepteurs et designers et établit son siège social canadien dans une ancienne fabrique. Le quartier connaît alors un rajeunissement accéléré et une hausse de la valeur des appartements. Aujourd'hui, la nouvelle génération de start-ups montréalaises s'installe dans le Mile-End et aux abords du boulevard St-Laurent, entre Sherbrooke et Mont-Royal. On trouve notamment dans cette zone Busbud, Frank & Oak, PasswordBox, Provender ... Ainsi que les innombrables start-ups qui ont élu domicile à la Maison Notman, située coin Sherbrooke et Saint-Laurent.
Depuis les années 1980, le Mile-End est un quartier à vocation artistique, peuplé par des artistes, des musiciens, des poètes comme Leonard Cohen ou des cinéastes comme Xavier Dolan qui a d'ailleurs tourné une scène au café social pour son film Les amours imaginaires.
?J'ai commencé à voir une nouvelle population plus aisée dans le Mile-End depuis environ douze ans; beaucoup de personnes qui travaillent dans les médias, dans les jeux-vidéos mais aussi des artistes en tout genre? , raconte Jay Lucifero.
Incubateur de nouvelles tendances et de la scène alternative, le Mile-End est considéré comme le c?ur de la scène musicale indépendante de Montréal. Les salles de spectacles, comme la Sala Rossa, la Casa del Popolo ou Le Cabaret du Mile End ont contribué à l'émergence de cette scène. De nombreux labels y ont ainsi établi leurs studios, à l'instar d'une maison qui s'est baptisée Mile End Records. Il en va de même pour ses galeries d'art et ses vastes ateliers d'artistes, qui ont investi les friches industrielles. Le quartier concentre, sur quelques kilomètres carrés, une énorme créativité qui résonne dans tout le pays et même au-delà.
Adeline Huar, (Lepetitjournal.com/Montréal) Mercredi 13 août 2014





