

Nous les côtoyons au quotidien. Nous passons près d'elles sans souvent jamais les remarquer. Elles nous font sourire parfois. Elles nous font réfléchir, aussi ; nous émeuvent. Les ?uvres d'art public sont partout à Montréal. Depuis le 29 septembre, le tout premier circuit d'art public, intitulé « Cinq regards sur l'art public », est littéralement accessible par métro. Une expérience unique, qui se veut démocratisante?
Elles font partie du décor
Le circuit commence et s'achève au croisement des lignes verte, jaune et orange : la station de métro Berri-UQAM. En sortant du côté de Sainte Catherine, une statue de bronze est logée là, parmi la foule des passants. C'est celle de la religieuse Emilie Gamelin par l'artiste Raoul Hunter, à l'endroit où elle ouvrit jadis plusieurs refuges pour miséreux.
En une heure, on aura croisé la route de fontaines d'eau en cascade rappelant étrangement des gratte-ciels sur la place Emilie Gamelin, d'étincelles d'aluminium à la Grande Bibliothèque, de feuilles d'arbres blanches géantes et entrelacées au parc Toussaint Louverture, et des panneaux de verre et de métal aux inspirations photovoltaïques à L'UQAM.
Faisant le tour de cinq ?uvres sélectionnées parmi les milliers déjà disponibles dans la ville, le circuit est moins une visite guidée qu'une expérience artistique nouvelle. L'accent est notamment mis sur la redécouverte des ?uvres à travers quatre genres littéraires différents : le conte, la poésie, le récit et l'interview.
Toucher un nouveau public
Si ce circuit suggère de nouvelles manières d'expérimenter l'art public, il propose aussi une description des ?uvres, des interprétations de leur sens artistique et des notes biographiques sur les artistes qui les ont créées? ce qui n'est pas sans arrière-pensée.
Toucher un public élargi, c'était aussi l'objectif de ce circuit. Quelques-uns existaient déjà, « mais celui-ci a été créé avec le souci d'aider tout particulièrement les personnes vivant avec des limitations fonctionnelles », explique Chantal Rossi, conseillère associée à la Culture, au Patrimoine et au Design à la Ville de Montréal. Le parcours est ainsi accessible à tous : aux bien-portants, aux personnes malvoyantes, malentendantes et à mobilité réduite ainsi qu'aux handicapés mentaux. Une première au Québec, et plus largement, en Amérique du Nord.
Pour monter ce projet à la fois artistique et pratique, le service culture de la ville de Montréal s'est entouré du Comité régional des associations pour les déficients intellectuels (CRADI), du Bureau d'art public, de la société d'aménagement Logique et de la coopérative d'artistes Audiotopie, Des moyens adaptés à chaque type de visiteurs ont pu être mis en place. Des dépliants en caractères gras (et même des podcasts) sont désormais disponibles pour les malvoyants, tandis que les non-voyants disposent de livrets en braille et les handicapés mentaux de brochures en texte simplifié.

Un premier pas vers une accessibilité globale à l'art public ?
Ce projet a remporté un franc succès. Des associations comme les Compagnons de Montréal, le CRADI et l''Association de parents pour la déficience intellectuelle et les troubles envahissants du développement (APDITED) ont participé à la première visite guidée organisée au mois de septembre. « Les participants ont couru la totalité du circuit malgré le froid, dans une ambiance où s'est mêlée curiosité et convivialité. L'expérience a été appréciée par les personnes handicapées », se souvient Lahssen Abbassi,, chargé de projet au CRADI.
Si cette initiative a été saluée par le milieu associatif, celle-ci reste insuffisante pour affirmer la démocratisation de l'art public à Montréal, selon les associations. Néanmoins, « elle constitue un bon début pour atteindre l'objectif de rendre l'art universellement accessible , y compris à une partie de la population qui a des limitations physiques, intellectuelles et parfois financières », concède Lahssen Abbassi.
Les circuits d'art public universellement accessibles ont vocation à se développer dans Montréal.
« C'est un projet pilote. Il n'y a pas de suite prévue dans l'immédiat, mais on souhaite attendre de voir sa renommée, la réponse des organismes, et on pourrait alors être en mesure de voir la suite du projet », espère Chantal Rossi, au micro de Radio Centre Ville. « L'initiative est maintenant entre les mains du milieu associatif », estime le chargé de projet au CRADI. Affaire à suivre.
Maryne Zammit, (Lepetitjournal.com/Montréal) Jeudi 30 octobre 2014







