Édition internationale

CRITIQUE - 'Sœurs' de Wajdi Mouawad

Écrit par Lepetitjournal Montreal
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 février 2015

Soeurs, où une immersion dans le chaos interne de femmes aux multiples facettes. Nouveau spectacle de Wajdi Mouawad qui poursuit son cycle Domestique : esquisse d'une cartographie familiale.

 


Directement sorti de son adaptation de la tragédie de Sophocle, le metteur en scène libano-québécois replonge dans ce qu'il considère comme son cycle domestique avec S?ur. Cette nouvelle pièce de Mouawad qui fait suite à Seuls (2008) et engendrera Frère puis Père, suit l'affaissement des piliers familiaux. 

Annick Bergeron, seule interprète sur scène, incarne tour à tour deux femmes dont les destins se croisent au milieu d'une chambre d'hôtel saccagée, qui elle-même prend corps au fil du spectacle.

Il a fallu du temps pour construire ce drame humain, cette anarchie psychologique désireuse de raconter l'histoire de la famille (en l'occurrence celle de l'auteur) et plus largement de ces familles meurtries par leurs histoires. Pour ce faire, l'auteur introduit deux parcours humains, celui de sa propre s?ur, Nayla, et celui d'Annick Bergeron. Les deux femmes se rencontrent de nombreuses fois durant la période d'écriture du spectacle afin de créer les tissus de cette toile de fond. Au delà du texte pur, une polyphonie d'écriture inonde la scène. Glanés et répertoriés par l'auteur au fil de recherches personnelles et laboratoires, divers matériaux - sons, images, objets, gestes -, contribuent à l'élaboration d'un puzzle complexe.

Un puzzle donc, celui composé du parcours de ces deux femmes, qui explosent et implosent, en crescendo jusqu'à l'atonie totale. Et leur rencontre, étrange, insoupçonnée, matérialise les noirs, les parts d'ombres, les angoisses puis fait naître un espoir? peut être? au milieu du chaos.


On peut aisément regretter la maladresse du scénario dans cette rencontre entre deux femmes qui, si elles partagent le poids familial, le poids de l'histoire, n'en demeurent pas moins un collage fait de deux destins tragiques dont les sources sont incomparables (la guerre pour l'une, le traumatisme identitaire pour l'autre) 

Le jeu lisse et froid d'Annick Bergeron ne rend pas toujours grâce à cette mise en scène impeccable. Manquant d'expression et de réalisme, son interprétation trop distancée semble caresser sans jamais pénétrer le texte, pourtant si riche et intense. Hors champ, les plans où disparaît l'interprétation de l'actrice sont nourris d'images vidéo naïves faites de croquis. Comme des esquisses, des schémas non terminés, l'auteur nous envahit d'un sentiment d'inachevé, d'une sensation de doute parfaitement cristallisé. Les phrases, mots et paroles coulent sur les murs, comme pour nourrir les silences pesant de ce temps qui passe? lentement? de cette réflexion qui se tisse partout. Au delà des mots ce sont les ambiances sonores qui saturent la pensée et exulte tel des échos du passé.

S?ur enfin, un titre, un statut, une lourde charge. Au milieu de cette chambre délabrée, de ce théâtre du désespoir, comme leur vie, ces deux femmes se réfugient sous le lit pour ne pas voir les problèmes et fuir le chaos de leur existence. Deux enfants? à la recherche d'une s?ur? d'une confidente? d'une échappatoire.


Une pièce à voir néanmoins pour la beauté de son texte et les bombes internes que Wajdi Mouawad sait naturellement réveiller en nous. Une catharsis?

S?urs de Wajdi Mouawad ? du 13 Janvier au 7 Février au Centre du théâtre d'Aujourd'hui de Montréal

http://www.theatredaujourdhui.qc.ca

http://www.wajdimouawad.fr/spectacles/soeurs

 

Sébastien Vergne, (Lepetitjournal.com/Montréal) Vendredi 6 février 2015

logofbmontreal
Publié le 5 février 2015, mis à jour le 6 février 2015
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