Jeudi 3 décembre 2020

Día de los muertos : origines et célébrations

Par Joséphine Leblanc | Publié le 30/10/2020 à 17:00 | Mis à jour le 30/10/2020 à 17:00
Día de los muertos origines célébrations

Au Mexique, les célébrations en l'honneur des défunts sont une grande fête où les rites païen d'origine aztèque se mêlent aux coutumes hérités des colons espagnols. Mais alors, que signifient ces célébrations et d'où viennent-elles ?

 

De nombreuses cultures et religions consacrent un ou plusieurs jours fériés à la commémoration des morts. Au Mexique, le Jour des morts ou Día de los muertos est sans doute la fête traditionnelle la plus importante du pays. Cette célébration est d'ailleurs inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO depuis 2003.

Le du Día de los muertos réunit le monde réel, celui des Hommes, et le monde imaginaire, celui des morts. Les âmes des défunts reviennent sur terre suivant un certain ordre. Il convient alors de leur donner les offrandes appropriées.

 

Les origines du Día de los muertos

 

Cette fête traditionnelle est un des nombreux témoignages du mélange entre deux mondes : celui des peuples indigènes avec leurs traditions précolombiennes et celui des Espagnols avec leurs traditions catholiques. Il existe donc une grande diversité dans les rituels, différents suivant les régions et les origines ethniques.

Au temps des Aztèques, les disparus étaient déjà célébrés par des chants, des danses et des offrandes dans tout le pays, en distinguant celles pour les enfants (Miccaihuitntli) et celles pour les adultes (Hueymiccalhuitl). La famille du défunt laissait alors des offrandes sur sa tombe afin de subvenir à ses besoins de l'au-delà.

Pour les indigènes, il s'agissait d'un moment privilégié pour rencontrer ses ancêtres mais aussi pour permettre la rencontre entre les Hommes eux-mêmes qui se réunissaient pour un culte commun.

Ces traditions n'ont pas totalement disparu avec l'arrivée des colons espagnols au début du XVIème siècle et le Día de los muertos est resté la fête la plus importante de l'année.

Sous l'influence chrétienne, cette fête a cependant été fixée aux 1er et 2 novembre, qui sont les dates des fêtes chrétiennes de la Toussaint et de la Commémoration des défunts.

En pratique, les festivités peuvent durer beaucoup plus longtemps, comme c'était le cas dans les traditions précolombiennes.

 

Les différences entre traditions catholiques et pré-hispaniques

 

A cette époque, les Espagnols, et plus largement les européens, craignent la mort, contrairement aux Mexicains qui se rient d'elle. La mort fascine d'un côté et terrorise de l'autre.

 

→ Traditions catholiques

 

Dans le monde catholique, les célébrations aux défunts se déroulent donc les 1er et 2 novembre.

Les personnes étaient accueillies au Royaume de Dieu et étaient tellement nombreuses qu'il était impossible de consacrer une fête à chacun d'entre eux. L'Eglise catholique a donc décidé de tous les célébrer à la même date. Ainsi, le 1er novembre est consacré aux Saints, tandis que le 2 novembre est le jour de prière des défunts. A l'origine, la célébration consistait à organiser des messes, chants et aumônes afin que les vivants aident les mors par leurs prières.

Selon les croyances catholiques, les âmes des défunts prennent trois chemins différents selon la vie qu'ils ont mené durant leur existence : les âmes pures vont au Paradis, les âmes pécheresses vont en Enfer et les âmes impures mais en grâce de Dieu vont au Purgatoire (en attendant d'être purifiées et envoyées au Paradis).

 

→ Traditions pré-hispaniques

 

Pour les ancêtres mexicains, la mort n'avait pas la connotation morale de la religion catholique, où l'idée de l'Enfer et du Paradis servent à punir ou récompenser la conduite de chacun. Ils pensaient au contraire que la direction que prenait l'âme des défunts était déterminée par la façon dont ils étaient morts, plus que par leur comportement de leur vivant.

Une des directions que prenait l'âme des morts était le « Tlalocan » ou le paradis du Dieu de la pluie Tlaloc. Cet endroit était réservé à ceux qui mourraient dans des circonstances liées à l'eau. Leurs corps étaient alors enterrés avec des graines qui allaient pouvoir germer.

Le « Omeyocan » était le paradis du soleil, dirigé par Huitzilopochtli, le Dieu de la guerre. Ici n'arrivaient que ceux qui étaient morts au combat, les prisonniers et les femmes mortes en couche. C'était, pour les mexicains, un endroit merveilleux où les fleurs ne fanaient jamais.

« Mictlan » était réservé à ceux qui mourraient de mort naturel. Le chemin pour y arriver était très long et les défunts passaient 4 années à transiter par différents lieux avant d'y arriver.

 

Les célébrations du Día de los muertos au Mexique

 

Les célébrations d'aujourd'hui sont le fruit du mélange entre les traditions catholiques et les traditions pré-hispaniques.

Le 1er novembre est le jour des enfants morts, que l'on appelle « angelitos », et le 2 novembre est dédié aux adultes disparus. Cependant, certaines communautés étendent les festivités du 25 octobre au 3 novembre, voire même sur tout le mois de novembre comme dans l'Etat de Tabasco par exemple.

Contrairement au sens habituellement donné à ce jour dans le monde catholique où la mort évoque la tristesse, le manque, le Día de los muertos revêt un caractère festif et coloré. Les familles des défunts se rendent dans les cimetières pour nettoyer les sépultures et érigent des autels dans leurs maisons afin d'y déposer les offrandes.

 

→ Les offrandes

 

La première fonction des offrandes est d'abord de faire plaisir aux défunts. C'est pourquoi on retrouve beaucoup d'aliments, notamment le « Pan de muerto », une brioche sucrée dont la forme symbolique le crâne et les os, et des « calaveritas de azucar », petits crânes en sucre. On trouve également des fruits, des bonbons, des chocolats et parfois même des plats entiers. Tous les autels doivent également avoir des boissons pour satisfaire la soif des défunts, en particulier avec de la tequila !

 

La tradition des offrandes vient du Mexique pré-hispanique dont l'idéologie relative à la mort était le commencement d'une nouvelle vie dans un nouveau cycle.

 

→ La fleur cempoalxúchitl

 

Impossible de ne pas croiser cette jolie fleur colorée pendant la période du Día de los muertos ! En premier lieu car il s'agit d'une fleur de saison. Au Mexique, on l'utilise comme décoration et comme offrande. Le rituel consiste à déposer les pétales de cette fleur au sol pour marquer le chemin que doivent suivre les âmes des défunts jusqu'aux autels érigés en leur honneur par leurs proches. La couleur jaune et orange éclaire comme le soleil et aide les défunts à ne pas se perdre.

Fleur cempoalxuchitl

Le mot « cempoalxúchitl » vient de la langue nahuatl (langue indigène du Mexique, toujours parlée par 1,5 millions de personnes), qui signifie fleur aux 20 pétales.

 

→ L'autel

 

On peut également trouver sur ces autels des fleurs blanches qui représentent le ciel, des jaunes, qui représentent la terre, et des mauves, qui signifient le deuil. Des images religieuse de Saints et de vierges sont exposées en fonction des croyances de chaque famille.

L'encens, le copal et les bougies sont aussi des éléments indispensables. Sur les autels des indigènes, le copal est brûlé et la fumée qui se répand dans l'air, entre la terre et le ciel, permet de communiquer avec les dieux. Des photos et objets ayant appartenu aux défunts sont également placés sur l'autel.

Autel Dia de los muertos Mexique

Les personnes décédées dans le mois précédent cette fête ne reçoivent normalement pas d'offrande car on considère qu'elles n'ont pas eu le temps de demander la permission de retourner sur Terre, parmi les vivants. Pour les enfants morts avant d'avoir été baptisés, on offre des fleurs blanches et des cierges.

 

→ Les défilés, spectacles et animations

 

Les célébrations se font aujourd'hui sous toutes sortes de formes. Les familles vont dans les cimetières, mangent sur les tombes, dansent et chantent. Piétons déguisés et voitures décorées défilent dans les rues en musique. Les Mexicains s'offrent des objets traditionnels ou des friandises en forme de tête de mort, les fameuses « calaveras ».

Dans certaines régions, des fêtes et des feux d'artifice ont lieu.

 

Deux figures célèbres du Día de los muertos

 

→ Santa Catrina

 

La Catrina, représentée par un squelette féminin orné d'un grand chapeau de fleurs et d'une élégante robe, est devenue un des symboles de la Fête des morts au Mexique. Elle sert à rappeler que la mort touche tout le monde, peu importe les disparités sociales. Elle représente également une critique des indigènes adoptant les comportements et codes vestimentaires des européens, abandonnant ainsi leur propre culture.

Santa Catrina Dia de los muertos Mexico

 

→ Santa Muerte

 

La Santa Muerte est habillée de manière beaucoup plus sombre et macabre, elle porte une faux et une tunique colorée qui lui couvre la tête, ainsi qu'une couronne. Elle personnifie la morte de manière similaire à la Grande faucheuse dans les folklores européens.

Cependant, elles est associée à des attributs comme la guérison ou la protection. Plusieurs Eglises rejettent ou condamnent sa vénération en la considérant comme diabolique. L'Eglise catholique la considère comme une tradition païenne contraire à la croyance chrétienne du Christ vainqueur de la mort.

Santa Muerte Dia de los muertos Mexico

 

Cette fête traditionnelle si particulière au Mexique permet de connaître un nouvel aspect du pays et de sa population. L'occasion de découvrir un Mexique spirituel, énigmatique, qui n'a pas pas peur de la mort et qui au contraire aime la vie et profite de chaque instant.

 

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Joséphine Leblanc

Après une formation juridique qui lui a permis de s’expatrier au Vietnam, elle se spécialise en communication et médias (IFP). Aujourd’hui elle a quitté Paris pour s’installer à Mexico.
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