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Jacques Audiard présente son dernier film lors du French Film Festival

Par Séverine Gasq | Publié le 14/03/2019 à 12:58 | Mis à jour le 14/03/2019 à 13:19
Photo : Jacques Audiard et Andrew McGregor, Astor Theatre, Alliance Française French Film Festival
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Dans le cadre de l’Alliance Française French Film Festival l’Astor Theatre a accueilli une projection exceptionnelle du dernier film de Jacques Audiard, The Sisters Brothers, en présence du réalisateur. La séance fut précédée d’un Q&A animé par Andrew McGregor, professeur de langue et de cinéma français à l’Université de Melbourne. Retour sur cette soirée marquante!


Andrew McGregor : Pourquoi avez-vous choisi de faire un film en anglais?

Jacques Audiard : Parce que John C. Reilly et Joaquin Phoenix ne parlaient pas bien français!


Ce n’est pas la première fois que vous travaillez dans une autre langue que le français. Les professeurs de français ont trop souvent l’habitude de penser que la culture française s’enracine dans sa langue. Votre cinéma représente une évolution vers le multilinguisme, la diversité culturelle. Est-ce conscient?

Pour ce qui est du film de ce soir, The Sister Brothers, c’est John C. Reilly, qui m’a proposé d’adapter le roman. Je pense que si j’avais trouvé le livre en librairie à Paris, je l’aurais lu, je l’aurais beaucoup aimé mais c’est un western, donc c’est quelque chose qui est très loin du désir d’un réalisateur français. C’est presque impossible. Il fallait que ce soit un acteur américain qui me le propose. 
Mais il est vrai que cela fait un moment que mes films ne parlent plus français. C’est terrible de dire ça quand je pense que c’est l’Alliance Française qui m’a invité pour ce festival! Donc ce film a évidemment été tourné en anglais et je ne parle pas très bien anglais. Le précédent était en tamil et je ne parle pas du tout tamil! Je pense que j’avais le désir de quitter ce rapport linguistique avec les comédiens, jusqu’à même parfois ne plus se comprendre du tout. C’est comme d’arriver à un sentiment assez essentiel du jeu d’acteur. Et ne plus être dans ce raffinement de la langue que je connais et que je pratique. Mais à part ça, c’est juste un western, il y a des chevaux et on se tire dessus!


Vos films font souvent preuve d’un réalisme cru et d’une certaine violence dans la façon dont vous représentez la masculinité, est-ce votre intention?

J’exècre la violence. Toutes les scènes de violence sont difficiles à mettre en scène pour moi. C’est bizarre car tous mes films en passent par là. Mais il y a deux moments dans le cinéma qui sont faux, où on échappe au réalisme : les scènes de sexe et les scènes de violence. Si les coups de feu ou les coups de poings sont vrais, on ne peut faire qu’une seule prise! Ce sont donc deux moments où, même dans les dispositifs de cinéma les plus réalistes, on demande au spectateur de faire semblant de croire à ce qu’il voit. C’est ce processus de fiction qui m’intéresse.


Le film va bientôt commencer, avez-vous quelque chose à ajouter ?

J’ai fait plusieurs allers-retours à Los Angeles pour la préparation du film et, un jour, j’ai rencontré Frances McDormand, que je pressentais pour un rôle qu’elle a finalement refusé. Ce jour-là, elle m’a dit : "Ce soir je dîne avec mon mari (Joel Coen) et il voudrait vous rencontrer". Bien sûr, je voulais moi aussi le rencontrer, j’ai donc accepté l’invitation - les frères Coen venaient de finir True Grit, un western -  et j’avais des questions à lui poser sur les difficultés inhérentes à ce genre. Je suis allé droit au but et lui ai demandé : "Qu’est-ce qui est le plus dur dans la réalisation d’un western?". Il a marqué une pause et, de sa voix biblique, il m’a dit : "Jacques, méfie-toi des chevaux!". Il a raison, je déteste les chevaux!


Etait-ce plus facile de travailler avec les chevaux ou avec Joaquin Phoenix?

J’ai adoré travailler avec Joaquin!


Dernière question, Jacques, est-ce que faire ce film a changé votre vision du western, ou est-ce que vous pensez avoir changé le western en faisant ce film?

C’est un genre très sérieux avec lequel on ne peut pas faire le malin. Même si ce ne sont pas les vôtres, ce sont des représentations mythiques. C’est pour cela que, bien que j’adore son travail, les westerns de Sergio Leone m’ont toujours laissé un peu dubitatif, car ils étaient trop pleins d’ironie. Je les aime beaucoup cinématographiquement mais les histoires sont un peu trop ironiques à mon goût. Mais attention, je ne dis pas de mal de Sergio Leone!
 

Découvrez The Sisters Brothers à l'Alliance Française French Film Festival jusqu’au 10 avril.

Séverine Gasq

Séverine Gasq

Séverine est diplômée d’un DEUG de Cinéma de la Sorbonne. Installée à Melbourne depuis près de dix ans, elle est passionnée de cinéma, de littérature et d’Histoire.
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