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ARTS - Sacha Cotture, un peintre à l'écoute du monde

Par Lepetitjournal Manille | Publié le 27/10/2016 à 19:00 | Mis à jour le 16/12/2016 à 00:38
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Lundi 3 octobre 2016, nous avons eu la chance d'interviewer le peintre et architecte suisse Sacha Cotture, au sein du Lycée Français de Manille. Retour sur son parcours et sur sa conception personnelle de la peinture.

Lepetitjournal.com/manille : Vous êtes à la fois architecte et peintre. Mais l'une de ces professions vous apparaît-elle plus importante que l'autre ?

Sacha Cotture : Cela dépend des périodes. Les deux métiers sont tellement différents. D'un côté l'architecture nécessite un travail d'équipe et demande une grande efficacité. Il y a avec l'architecture une dimension économique et des contraintes nombreuses imposées par le commanditaire.  

D'autre part, la peinture est un métier indépendant. Je me donne plus de liberté et je ne crée plus pour les autres mais d'abord pour moi. C'est une activité beaucoup plus intime.

Quand et comment avez-vous commencé à peindre ?

C'est à 41 ans que j'ai commencé à peindre mes premiers tableaux. Ce fut une immersion immédiate et complète dans le monde de la peinture. Et très rapidement je me suis retrouvé dans un univers de liberté et d'expression totale. Les formats sont rapidement devenus grands et j'ai eu l'opportunité d'exposer mes travaux et de recevoir des commandes.

Ceci est très introspectif et j'ai l'impression seulement maintenant de commencer à me connaître, ou plutôt de commencer à explorer les recoins de mon subconscient.

Quels sont les grands peintres qui vous ont inspiré ?

C'est souvent a posteriori que je découvre des parentés ou des influences avec des peintres ou des travaux connus. Je ne pense pas avoir de modèle. Pas de modèle conscient en tout cas. Les oeuvres qui m'interpellent et me touchent, et qui, sans aucun doute, nourrissent mon travail vont de la peinture traditionnelle chinoise et japonaise aux modernistes du milieu du 20ème siècle.

Giacometti est le premier peintre important pour moi. Je l'ai découvert étant enfant : j'ai ressenti émotions si fortes qu'il est bien difficile de les nommer, de les décrire. Ses portraits me bouleversent encore aujourd'hui.

Sur le tard, j'ai eu la chance d'être en contact avec la calligraphie et me suis immédiatement connecté et identifié à cette façon d'exprimer la nature et ses émotions.

D'où vient donc votre inspiration ?

La création (ou plutôt le moment de création) est un espace entre l'abandon total (le lâcher prise) et la concentration absolue. Il faut arriver à trouver le juste équilibre entre une disponibilité absolue (faire le vide qui permet aux énergies créatrices de nous traverser) et une grande concentration (être à leur écoute et ne pas se laisser détourner).

C'est généralement aux aurores que l'accès àcet état m'est le plus aisé.

Il est vraiment important de vivre pleinement  sa passion. Vivre sa passion, c'est savoir l'écouter et se donner les moyens d'y répondre. Pour moi, c'est m'exprimer à travers la peinture.

Dans quelles conditions peignez-vous ?

Je peins dehors, les pieds nus dans la boue ! C'est une manière pour moi de me rapprocher de la nature et de trouver une connexion entre elle et moi.

Je m'isole également de tout ce qui, dans mon environnement proche, pourrait me détourner de mon travail. Et m'empêcher d'être à l'écoute.

Mon approche est avant tout sensorielle. Je me déconnecte de la technologie et je libère mon esprit : je me détache de la réalité première qui m'entoure et m'ouvre à cette autre réalité, celle des matières, eau, roche, entre autres, que je cherche à exploiter dans ma dans ma peinture, celle de toutes ces émotions, de tous ces sentiments, parfois lointains, qui me traversent.

Quand j'étais jeune, je voulais vivre dans les grandes villes. J'en ai fait l'expérience. Mais plus le temps passe et plus j'ai envie de me rapprocher de la nature et des choses simples. Comme un retour à aux sources.

Quels sont les supports et les matériaux que vous utilisez ?

Je peins généralement à l'encre de Chine ou à l'acrylique très fluide.

Je me plais à créer des textures telles que l'eau, la pierre, la lave..  en utilisant une peinture "non matérielle", qui contraste avec le produit final.

Lorsque les artistes chinois utilisent l'encre de Chine pour la calligraphie, ils ont un geste très sûr et entièrement contrôlé. Je ne suis pas calligraphe. Dans ma peinture, je laisse une part du cheminement à la fuite de l'encre sur la toile, et accompagne sa progression, comme un accompagnateur actif. Il s'agit à nouveau de trouver le juste équilibre en un geste trop contrôlé (dont le résultat ne me satisfait généralement pas) et un geste qu'il l'est insuffisamment (et dont le résultat généralement me déçoit également).

Mes supports varient entre le papier et la toile. En utilisant la peinture sur un support différent, les effets sont complètement différents. Les formats vont de la page A4 à des toiles ou papiers allant jusqu'à 5 mètres. Le choix du support et du format dépend évidemment beaucoup du sujet exploré.

Comme support, j'utilise de grands tableaux, parfois de plus de 1 mètre de longueur ou de hauteur, que je trempe au préalable dans de l'eau pour que l'encre glisse davantage sur la toile.

Je produis beaucoup et sélectionne ensuite drastiquement mes toiles. Sur une série d'une cinquantaine de tableaux, je n'en retiens souvent que quelques-uns. Chemin nécessaire pour moi pour arriver au sujet traité.

Il va sans dire qu'avec cette recherche, de nouvelles pistes se glissent devant moi et créent une palette de nouveaux sujets à explorer qui grandit sans cesse.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

J'ai deux projets en cours.

Dans le premier, je m'intéresse à l'eau, à sa course, à sa surface. Plus que des formes, cette série cherche des textures.

Le deuxième projet aborde la calligraphie, qui me fascine depuis longtemps. Il ne s'agit cependant pas de calligraphie au sens traditionnel du terme mais d'un travail en écho à cet univers : un travail à la recherche de formes graphiques, contrastées, abstraites, expressives.

Quel message souhaiteriez-vous partager pour les futurs peintres ?

Je trouve que le monde de l'art d'aujourd'hui s'est terriblement intellectualisé. L'art conceptuel continue d'y dominer.

Je voudrais encourager les jeunes artistes à être ouvertes à leur moi intérieur et à être à l'écoute du monde sensible et sensoriel qui nous entoure.

Salomé IFF et Maya MASSELIN (2de - 1ère - atelier presse online) (lepetitjournal.com/manille) vendredi 28 octobre 2016 

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