Édition internationale

PROF AU LYCEE FRANÇAIS DE MADRID – Stéphanie Acchiardo : "Je préfère que mes élèves aient la tête bien faite, plutôt que bien pleine"

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 mai 2016

Une prof de SES bien dans ses baskets : c'est l'impression qui prédomine lorsqu'on rencontre Stéphanie Acchiardo pour la première fois. A l'aise sur tous les sujets, passionnée d'actualité et à l'écoute des autres, celle qui ne se voyait pas forcement professeure pendant ses études remplit pourtant tous les critères pour enseigner l'économie et la sociologie. Lepetitjournal.com l'a rencontrée dans les jardins du Lycée français de Madrid pour en savoir plus sur son parcours et sa vision du métier. 

(photo lepetitjournal.com) Lepetitjournal.com : racontez-nous votre parcours avant de devenir enseignante. 
Stéphanie Acchiardo : Au départ, je ne me prédestinais pas particulièrement à une carrière de professeure. Originaire de Cognac, j'ai d'abord fait des études généralistes à Sciences-Po Bordeaux jusqu'en 1998 puis il a fallu que je fasse un choix. Etant attachée à un certain nombre de valeurs, comme la justice, j'ai finalement opté pour un travail dans la police. Après des études de droit, j'ai donc tenté et réussi le concours de commissaire en 2000. Mais je ne suis restée qu'un an à ce poste car en fin de compte je me suis aperçue que ce n'était pas un bon choix. J'avais l'impression d'arriver trop tard pour les jeunes que je voyais au commissariat du mauvais côté de la barrière. Cela m'a un peu frustré de ne pas contribuer à la justice comme moi je la concevais. D'autre part, quand on fait des études supérieures, on baigne dans un environnement de culture et de liberté, deux aspects que je ne retrouvais pas forcement dans la police. Il y avait aussi une chaine hiérarchique très pesante, qui m'obligeait à rendre des comptes sans arrêt alors que j'avais plutôt envie de décider par moi-même. Des amis enseignants m'ont finalement convaincu de prendre un virage dans ma carrière professionnelle. J'ai obtenu le CAPES en 2002 et l'Agrég en 2003. 

Pourquoi avoir opté pour l'enseignement des Sciences Economiques et Sociales ?
Comme vous l'avez compris, je suis devenue professeure sur le tard, à l'âge de 25 ans. Mon choix a été avant tout un choix raisonné et raisonnable. J'étais intéressée par plusieurs matières : la Physique-Chimie et l'Histoire-Géographie notamment. Mais j'avais passé un bac ES, fait des études de sciences politiques, de droit... mon parcours semblait correspondre davantage à l'enseignement des sciences humaines, et l'agrégation en SES me paraissait plus accessible. En 2003, après avoir obtenu mon CAPES, je suis donc entrée dans un établissement du bassin d'Arcachon en tant que stagiaire. Puis j'ai été mutée dans le Nord-Pas de Calais, au Lycée Paul Duez à Cambrai, dans lequel je suis restée 8 ans. L'expérience m'a plu, j'ai découvert un équilibre dans ce métier et un sentiment d'utilité très important. Les élèves et les parents avaient besoin de soutien, d'encouragements. C'était passionnant mais aussi très épuisant. Je me souviens même de réunions parents-professeurs ou je recevais les familles directement chez moi. C'est en partie ce qui m'a poussé à vouloir découvrir de nouvelles choses : quitter la France, apprendre une nouvelle langue, découvrir le monde?

PROF AU LYCEE FRANÇAIS DE MADRID - Yamila Camain : "Je veux faire vibrer mes élèves"
Yamila Camain enseigne au Lycée Français de Madrid depuis 2013. Professeure de lettres classiques au parcours atypique, cette Franco-argentine de 41 ans évoque sa carrière, ses projets, ses envies et les particularités de l'enseignement dans un établissement de l'étranger. Retour aussi sur une année scolaire 2015-2016 bien remplie, de Madrid à Berlin, en passant par Paris et Rennes pour la remise du Goncourt des Lycéens.

PROF AU LYCEE FRANÇAIS DE MADRID - Julien Cassan : "Ce n'est pas parce qu'un élève est en short qu'il n'apprend pas"
Julien Cassan s'est toujours imaginé en globe-trotter déambulant aux quatre coins de la planète, de Singapour à Buenos Aires en passant par son Aveyron natal. Finalement, c'est son poste de professeur d'EPS au Lycée Français de Madrid qui lui a permis de s'épanouir et de découvrir d'autres horizons par le biais de projets pédagogiques qui l'ont amené a Londres, Tunis et même Wellington en Nouvelle-Zélande. Portrait d'un homme qui ne tient pas en place.

PROF AU LYCEE FRANÇAIS DE MADRID - Christophe Dardel : "J'aime beaucoup faire rire mes élèves"
De Christophe Dardel, on retient une sympathie dès le premier abord et une passion pour raconter son métier tel qu'il le vit au quotidien, toujours intacte après seize années de carrière. Ce parcours, il le raconte sans détours ni complaisance, même pour évoquer le LFM. Un établissement dans lequel il s'épanouit et transmet son savoir depuis maintenant trois ans. Toute une histoire?

Et pourquoi avoir choisi de partir en Espagne ?
Je ne savais pas trop où aller. En France nous avons la chance d'avoir un réseau à l'étranger extrêmement dense qui peut nous permettre d'enseigner dans le monde entier si tenté que l'on soit sélectionné. Je me suis tournée vers des pays hispanophones car j'avais gardé un bon souvenir de l'espagnol au lycée. A partir de là, j'ai eu deux propositions : à Madrid et à Concepción, la deuxième ville du Chili. J'ai choisi Madrid parce que c'était un pays hispanophone, une capitale européenne, avec un lycée offrant de très bonnes conditions de travail. 

Quelles sont les spécificités de l'enseignement des Sciences Économiques et Sociales ?
Notre objectif c'est de leur donner le sens de la liberté individuelle et des responsabilités vis à vis d'autrui. Savoir décider par soi-même indépendamment des incitations financières, de la pression hiérarchique ou des manipulations  sociales. Pour cela le savoir est indispensable bien sûr mais il ne suffit pas : il faut de la rigueur dans le raisonnement, toucher l'essentiel, s'appuyer sur une étique bien choisie, faire résonner les savoirs avec les réalités économiques et sociales de la société dans laquelle on vit. Je préfère que mes élèves aient la tête bien faite plutôt que bien pleine. Dans les SES, les théories se cumulent plus qu'elles ne s'éliminent. Par exemple, tous les économistes ne sont pas d'accord sur les solutions à apporter pour lutter contre le chômage : il y a débat. Ce n'est pas comme en Physique-Chimie ou une théorie peut faire autorité et rendre toutes les anciennes recherches caduques. C'est pourquoi il est essentiel de bien savoir se repérer. Quand on lit la presse, il faut savoir qui parle et comprendre pourquoi il dit cela. Aujourd'hui, il est très facile d'accéder à l'information. En revanche, il est beaucoup plus difficile de se forger sa propre opinion et de réfléchir sur les propos que l'on entend à droite à gauche. On préfère zapper quand on ne comprend pas. 

Comment faites-vous pour mobiliser vos élèves ? 
Selon moi, un professeur doit être à la fois quelqu'un qui raisonne bien et un acteur. Je n'organise pas beaucoup de projets ou de sorties avec mes classes, j'essaie plutôt de mettre en scène mon cours et de me mettre en scène à l'intérieur de celui-ci. En tant que grande sportive, j'aime que mes cours soient intenses : quand je rentre en classe, je me mets en t-shirt parce que je sais que je vais bouger. Je peux monter sur une chaise par exemple ! Un cours doit correspondre à chaque minute à une nécessité vitale et non pas à un passage obligé pour décrocher un diplôme, une bonne situation, etc? Je n'ai rien à vendre, je ne suis pas au service de la réussite sociale de mes élèves. Je ne dirai même pas que je transmets des connaissances, j'apprends à des jeunes à se tenir debout. 

Quelle relation entretenez-vous avec eux ?
Je me considère comme compétente et légitime à mon poste, à partir de là j'exige le respect de mes élèves. Quand je l'ai obtenu je ne mets quasiment aucune barrière entre eux et moi, c'est une question de confiance et de logique de la relation pédagogique. Je ne vois pas d'inconvénients à répondre aux questions des élèves ou à partager des choses avec eux en dehors des cours, via WhatsApp notamment. C'est aussi l'avantage de ce métier : rester au contact de la jeunesse et découvrir de nouvelles tendances. J'aime savoir qui fait du sport, qui aime le cinéma, qui adore chanter, qui a des talents culinaires particuliers, et réutiliser ces informations dans le cadre de mon cours par la suite. C'est une approche plus pratique, un peu comme ce qui se fait dans les pays scandinaves ou aux Etats-Unis : j'aime que les élèves fassent. Cela peut passer par des lectures, des films ou des expériences en classe. En ce moment, je suis en train de préparer un court-métrage promotionnel sur les Sciences Économiques et Sociales avec un élève passionné par le cinéma mais chut c'est un secret...

Simon MARACHIAN (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mardi 10 mai 2016?
Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite !
Suivez nous sur Facebook et sur Twitter
Téléchargez notre application pour téléphone mobile via Itunes ou via Google Play

logo lepetitjournal madrid espagne
Publié le 9 mai 2016, mis à jour le 9 mai 2016
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.