Espagne/Venezuela: une forte relation économique, dans la tourmente

Par Victoria Philippe | Publié le 04/02/2019 à 18:37 | Mis à jour le 18/02/2021 à 14:47
espagne venezuela

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a reconnu ce lundi Juan Guaidó comme étant le président légitime du Venezuela. "Nous ne ferons pas un pas en arrière dans cet effort, l'Espagne sera à la hauteur de ce que l'on attend d'elle dans ce conflit", a-t-il déclaré, annonçant son intention de promouvoir un plan d'aide humanitaire pour le peuple vénézuélien dans le cadre de l'Union européenne et de l'ONU.


Les relations entre l’Espagne et le Venezuela ne datent pas d’hier. Elles découlent des relations bilatérales existant entre le Royaume d’Espagne et la République bolivarienne du Venezuela, officiellement établies après l’indépendance du Venezuela de l’empire espagnol le 5 juillet 1811. 

La colonisation espagnole au Venezuela a commencé en 1522. L'Espagne a établi sa première implantation permanente en Amérique du Sud dans la ville actuelle de Cumaná. 

De 1810 à 1823 a eu lieu la guerre d’indépendance du Venezuela livrée par les forces indépendantistes vénézuéliennes contre la Couronne d’Espagne afin d'obtenir l'indépendance du pays.

Le Venezuela obtient son indépendance le 5 juillet 1811. En décembre 1811, une Constitution est votée. Le Venezuela est alors le premier pays du continent sud-américain à accéder à l’indépendance.


Une relation bilatérale importante, mais tendue

Du point de vue économique et commercial, les relations bilatérales entre l’Espagne et le Venezuela sont très importantes, même si elles sont extensibles et peuvent être améliorées. En effet, les liens historiques, culturels et sociaux, ainsi que l'importante colonie espagnole et, surtout, les efforts et la présence importante des entreprises espagnoles sur le marché vénézuélien ont fait le développement possible d’importantes relations économiques bilatérales pour les deux pays. L'Espagne est, après la Hollande, le 2e plus gros investisseur au Venezuela. 72 filiales espagnoles opèrent actuallement dans le pays, dont Telefónica, Repsol, Mapfre, Acciona, Alcatel, BBVA, Editorial Planeta, Santillana, Elecnor, Adecco, Dragados, Meliá, Hesperia, Iberia ou Air Europa, rappelle EFE.

Depuis le début du Chavisme au Venezuela, les deux pays ont cependant maintenu des relations diplomatiques plutôt tendues. On se souvient du sommet ibéro-américain de 2007 où le Roi Juan Carlos I interrompit Hugo Chavez avec le célebrissime "¿Porqué no te callas?", difficile à traduire sans une certaine dose de vulgarité et sommes toutes peu habituel du langage diplomatique propre aux chefs d'Etat. Un agacement qui en dit beaucoup sur la relation entre les deux pays.

 

 

La dernière crise diplomatique date néanmoins d'il y a moins d'un an. En effet, Le 25 janvier 2018, le gouvernement vénézuélien de Nicolás Maduro a nommé l'ambassadeur d'Espagne à Caracas, Jesús Silva, de "persona non grata" et donc exigé son expulsion du pays, en réponse "aux agressions et ingérences continues de l'Espagne au Venezuela", selon un communiqué de son ministère des Affaires étrangères. L’Espagne avait répondu au Venezuela en expulsant son ambassadeur. Les relations ont été rétablies le 19 avril de la même année. 


La plus grande communauté vénézuélienne d’Europe 

Avec plus de 167.000 résidents enregistrés dans le pays, l’Espagne est le pays européen qui accueille la plus grande diaspora vénézuélienne d’Europe. En effet, depuis la crise économique de 2012 et l’arrivée au pouvoir de Nicolás Maduro en 2013 un nombre croissant de Vénézuéliens fuient la faim, la violence et le chaos politique et trouvent refuge en Espagne, avec une forte augmentation de cette tendance depuis 2017. 

Selon l'Institut national de statistique (INE), l'immigration vénézuélienne a augmenté de 60% en un an, entre 2017 et 2018. Rien qu’au premier semestre, 32.088 nouveaux arrivants ont été comptabilisés, soit 60% de plus que les 19.975 de la même période en 2017. En l'espace d'un an, 84.473 immigrants sont arrivés de ce pays d'Amérique du Sud. Depuis que Maduro a été proclamé président, en avril 2013, près de 153.200 personnes ont quitté leur terre d'origine, destination l'Espagne. 

 

 


Plusieurs pays européens suivent l’Espagne et reconnaissent Juan Guaidó comme président

L’Espagne a été la première à tirer les conclusions du refus de Nicolás Maduro de céder à l'ultimatum lancé le 26 janvier. La reconnaissance de Juan Guaidó comme président légitime du Venezuela a immédiatement été suivie par celles du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne, des Pays-Bas et du Portugal, qui avaient également lancé cet ultimatum.

La Suède, le Danemark et la Lituanie ont également annoncé reconnaître la légitimité de Juan Guaido, ainsi que l'Autriche, parce que "le régime Maduro a jusqu'ici refusé d'accepter une élection présidentielle libre et juste", a justifié le chancelier Sebastian Kurz.

Le président français Emmanuel Macron, sur le réseau social Twitter, a reconnu Juan Guaidó comme "président en charge" (par interim) du Venezuela pour mettre en œuvre les élections réclamées par les Européens.
 

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Victoria Philippe

Étudiante et stagiaire en journalisme, elle a déjà travaillé pour deux médias francophones à Beyrouth. Avec des affinités culture et société, elle est passionnée de photographie et photojournalisme.
3 Commentaire (s) Réagir
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Pascal PILET mer 06/02/2019 - 08:27

Une chose est de reconnaître la situation déplorable du peuple vénézuélien. Une autre d'en imputer la faute au seul Gouvernement. Les États européens doivent faire preuve de prudence avant de prendre parti. L'urgence est davantage de trouver une voie de dialogue entre les deux camps. A ce propos l'initiative de médiation conjointe de l'Uruguay et du Mexique, semblent des points d'appui intéressants pour éviter une dérive dangereuse et y compris même une guerre civile.

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Hidalgo mar 05/02/2019 - 10:19

Une fois encore, cet article est incomplet et imprécis. Il n'explique pas la raison de la répartie cinglante de D. Juan Carlos à l'adresse de Chavez lors du sommet Ibéro-américain de 2007, ce dernier ayant accusé José Maria Aznar, prédécesseur du Président du gouvernement espagnol de l'époque José Luis Zapatero, d'avoir tenté de l'éliminer. Par ailleurs on ne "nomme" pas mais on "déclare" un diplomate persona non grata. Ce n'est pas une désignation...

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Ger lun 04/02/2019 - 19:50

Je pense que reconnaître comme président Mr. Guaido un protègé de Trump, est un pari risqué. Les intérêts économiques espagnols explique cette déconvenue. La UE a préféré maintenir le statut quo et ensuite a privilègé un dialogue entre les 2 partis. Plus raisonnable et plus démocratique.

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