Chaque été, c’est le même rituel pour de nombreux Français installés à Los Angeles : quelques semaines de vacances en France, les retrouvailles avec la famille et les amis, les apéros, les marchés, les terrasses… et, parfois dès la sortie de l’aéroport, cette étrange impression : « Ah oui, j’avais oublié que c’était comme ça ici. ». Emmanuelle Franks vous explique tous ces détails de la vie quotidienne qu’on avait oublié.


Après plusieurs années passées aux États-Unis, rentrer en France pour les congés d’été peut provoquer un petit choc culturel… à l’envers. Rien de dramatique. Plutôt une accumulation de détails du quotidien devenus étonnants avec la distance. Certains agacent, d’autres font rire et quelques-uns donnent immédiatement envie de ne plus repartir. Petit inventaire, inspiré des expériences d’expatriés français en Amérique du Nord.
Les routes sont devenues minuscules
Premier trajet depuis l’aéroport et première question : les routes ont-elles toujours été aussi étroites ?
Après les freeways californiennes, certaines routes départementales donnent soudain l’impression d’avoir perdu quelques mètres de largeur pendant notre absence. Et lorsqu’un camion arrive en face sur une petite route de campagne bordée de murs en pierre, on se demande sincèrement comment on faisait autrefois sans y penser.
Il faut regarder son compteur toutes les trente secondes
Zones 30, radars, ralentisseurs, chicanes, limitations qui changent à l’entrée et à la sortie des villages… Conduire en France pendant les vacances demande parfois quelques jours de réadaptation. Surtout lorsqu’on retrouve les petites routes et les centres-villes après des mois passés sur les grandes artères de Los Angeles.
On redécouvre également les ralentisseurs français, dont certains semblent avoir été conçus pour vérifier la solidité des suspensions de la voiture de location.
La climatisation ? Pas forcément
Le retour estival en France peut réserver un autre choc aux expatriés californiens : avoir chaud… à l’intérieur.
Aux États-Unis, restaurants, magasins, bureaux et logements sont très souvent climatisés. En France, ce n’est toujours pas systématique. Pendant une vague de chaleur, on redécouvre donc les volets fermés en pleine journée, les ventilateurs stratégiquement positionnés dans le salon.
Tout le monde est en vacances
Vous êtes rentré en France pour les vacances. Le problème, c’est que la France est aussi en congés !
Le restaurant que vous vouliez absolument retrouver ? Fermé pour congés annuels.
Le médecin ? En vacances.
L’artisan que vos parents essaient de joindre ? Revient fin août.
La petite boutique dont vous aviez vérifié les horaires ? Un papier sur la porte annonce finalement : « Fermeture exceptionnelle jusqu’au 26 août. »
Il faut quelques jours pour se rappeler qu’en France, l’été n’est pas seulement une saison. C’est un mode de fonctionnement.
Google dit que c’est ouvert. La porte dit que c’est fermé.
Voilà une expérience estivale particulièrement française.
Le site indique 9h-19h. Google aussi.
Vous arrivez à 16h45.
Fermé.
Un petit papier manuscrit apporte parfois l’explication : nouveaux horaires d’été, fermeture exceptionnelle, congés annuels…
Après des années à Los Angeles, où l’on vérifie presque tout sur son téléphone avant de se déplacer, il faut retrouver un ancien réflexe : appeler avant de partir.
Le dimanche reste… le dimanche
Besoin de quelque chose un dimanche après-midi ? C’est là que l’expatrié retrouve rapidement certaines limites de la société de consommation française. Bien sûr, beaucoup de commerces ouvrent désormais le dimanche, surtout dans les grandes villes et les zones touristiques. Mais loin du fonctionnement presque permanent auquel on peut s’habituer aux États-Unis, le dimanche français conserve encore cette capacité à vous faire regretter de ne pas avoir anticipé.
Faire la queue est un concept relativement souple
À Los Angeles, on s’habitue assez vite à une règle : il y a une file, on trouve la fin et on attend son tour.
Puis viennent les vacances en France.
À l’arrêt de bus, devant le train ou au comptoir d’une boulangerie particulièrement fréquentée, la notion de file peut devenir plus abstraite : « Laissez descendre avant de monter. » Dans les gares et les transports, entendre un agent rappeler qu’il faut laisser descendre les voyageurs avant de monter peut faire sourire. Non pas parce que la règle paraît étrange. Mais parce qu’il faut la rappeler.
Les inconnus donnent leur avis
Sur votre enfant.
Votre façon de vous garer.
La chaleur.
Votre accent…
Et parfois sur des sujets auxquels vous n’aviez absolument pas prévu de consacrer votre après-midi. Après plusieurs années aux États-Unis, où les conversations avec des inconnus peuvent être nombreuses mais restent souvent très codifiées, la franchise française peut surprendre. On avait oublié à quel point, en France, une conversation peut passer de « Bonjour » à un débat de société en environ quarante-cinq secondes.
Certaines remarques ne passent plus du tout
La distance modifie également notre perception de certains comportements. Une réflexion sur le physique, un commentaire lancé à une femme dans la rue ou une remarque intrusive que l’on aurait autrefois ignorée peut désormais provoquer une réaction beaucoup plus forte. Ce n’est pas forcément que la France a changé pendant notre absence. Notre seuil de tolérance, lui, a parfois changé.
La machine à laver n’est toujours pas terminée
Vous profitez des vacances chez vos parents pour lancer une lessive. Deux heures plus tard : elle tourne toujours.
Après les énormes machines américaines et leurs cycles souvent beaucoup plus rapides, certains appareils français donnent l’impression de considérer la lessive comme une activité à pratiquer sur la journée entière.
Puis arrive l’addition au restaurant
Et soudain, la France redevient merveilleuse.
Le plat est affiché à 19 euros.
L’addition ? 19 euros. Pas besoin d’ajouter mentalement la sales tax, puis 18, 20 ou 22 % de tip.
Le choc du rayon yaourts
On entre dans un supermarché pour acheter trois choses. Puis on arrive devant les yaourts. Et là, arrêt.
Comment avions-nous pu oublier qu’un pays pouvait proposer autant de yaourts ? Nature, brassés, fermiers, grecs, au lait de brebis, au lait de chèvre, vanille, citron, caramel, fruits rouges, avec morceaux, sans morceaux…
Les vacances en France ont parfois des allures de pèlerinage laitier.
Le vin ne coûte pas 25 dollars
Autre moment d’émotion : découvrir une bouteille tout à fait honorable à 7 ou 8 euros.
Puis une autre.
Puis réaliser que l’on peut acheter le vin, le fromage, les yaourts et le liquide vaisselle au même endroit. Après quelques années à l’étranger, un banal supermarché français peut devenir une attraction touristique.
Une piscine municipale où l’on peut simplement aller nager
Pendant les vacances d’été, on redécouvre aussi certains services que l’on tenait autrefois pour acquis. Une piscine municipale.
On regarde les horaires, on paie son entrée et on va nager. Pas besoin d’être membre d’un club ou de souscrire un abonnement annuel. Cela paraissait banal avant de partir. Beaucoup moins après quelques années ailleurs.
On peut passer une journée sans voiture
Aller acheter le pain à pied.
Continuer jusqu’au marché.
S’arrêter prendre un café.
Passer à la pharmacie.
Retrouver quelqu’un en terrasse.
Puis rentrer à pied.
Les vacances en France rappellent aussi le plaisir des centres-villes, des commerces de proximité et de cette vie quotidienne qui peut parfois se dérouler dans un rayon de quelques centaines de mètres.
Même son propre village paraît différent
Le choc des vacances en France, c’est aussi de découvrir que le décor de nos souvenirs n’est pas resté figé. Une maison a disparu. Un petit immeuble a été construit. Le café a changé de propriétaire. Une rue est devenue piétonne. Un nouveau rond-point est apparu. On revient parfois avec l’impression que tout devrait être exactement comme au moment de notre départ. Mais pendant que nous vivions ailleurs, la France a continué sans nous.
Et au bout de quelques jours, tout redevient normal
C’est peut-être le plus amusant. Les premiers jours, on remarque tout : les petites routes, les horaires. Les files d’attente, l’absence de climatisation, les commentaires des inconnus, les yaourts, les prix, les terrasses.
Puis, progressivement, les vieux réflexes reviennent. On sait de nouveau comment se glisser dans une file approximative. On pense à acheter le pain avant la fermeture. On ferme les volets avant que le soleil ne tape. On arrête de convertir les euros en dollars. Et juste au moment où tout redevient parfaitement normal… il est déjà temps de reprendre l’avion pour reprendre sa vie aux Etats-Unis.
E.F.
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