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Que va devenir la place Martim Moniz ?

Par Lucie Etchebers-Sola | Publié le 03/03/2020 à 01:24 | Mis à jour le 03/03/2020 à 01:45
Photo : @L.Etchebers
Place Martim Moniz

Depuis plus d'un an, l'avenir de la place Martim Moniz est en suspens. Entre intérêts commerciaux privés ou espace vert public, le cœur des Lisboètes semblent clairement pencher pour la deuxième option.
 
Les faits
Depuis plus d'un an, la place Martim Moniz, dans la Baixa de Lisbonne, fait l'objet de nombreuses rumeurs quant à son devenir. En janvier 2019, elle a été fermée pour travaux pendant plus de six mois, avant d'être mystérieusement ouverte, de nouveau, au public, intacte et inchangée. Le silence a englouti le chantier pendant plus de la moitié de l'année sans que personne ne sache ce qu'il allait advenir a posteriori de l'une des places les plus mal aimée de Lisbonne. Tout a commencé en novembre 2018, le maire de Lisbonne Fernando Medina avait annoncé le lancement d'un nouveau projet pour Martim Moniz qui prévoyait la construction d'une cinquantaine d'espaces commerciaux -tels que fleuristes, bouchers, coiffeurs boulangeries, restaurants- qui seraient logés dans des conteneurs. La proposition, qui envisageait aussi la destruction des kiosques qui s'y tiennent actuellement, a été extrêmement mal reçue, non seulement par la quasi majorité des partis politiques (notamment le PCP et le CDS), mais surtout par les Lisboètes eux-mêmes et notamment par les habitants de la freguesia Santa Maria Maior, où se situe la dite place. Sous la pression publique et face à l'hostilité générale, le maire a annoncé en juillet 2019 que ce projet controversé de réaménagement de la place Martim Moniz ne se poursuivrait pas.
 
Une révocation onéreuse
Le 29 novembre 2019, le conseil municipal de Lisbonne a approuvé la révocation de la concession d'exploitation de conteneurs sur la place Martim Moniz. Une marche arrière qui va coûter cher à la ville. L'indemnisation du promoteur lésé -une entreprise immobilière portugaise connue sous le nom de Moonbrigade, LDA- pourrait, en effet, atteindre plus d'un million d'euros. L'accord de révocation prévoit d'abord le versement d'une indemnité minimum de 300 000 d'euros « à effectuer à la date de la signature », mais la mairie s'est engagée à procéder à un remboursement supplémentaire qui pourrait aller jusqu'à 1,1 million d'euros en fonction des arguments avancés par le promoteur.

Martim Moniz


Une place publique et un projet participatif
Le conseil paroissial de Santa Maria Maior, qui s'est opposé immédiatement au projet, a fait valoir dans une note publiée sur sa page Facebook, que la place Martim Moniz ne devait pas servir l'intérêt d'une entité privée, mais au contraire rester un espace public de jouissance et de loisirs. Miguel Coelho, le président du conseil de Santa Maria Maior a salué en outre l'intention annoncée par Medina de promouvoir la réhabilitation de cette place à travers un processus ouvert et participatif. Dans un communiqué, le PCP a déclaré que la proposition de révocation signée en novembre dernier et approuvée à l'unanimité, veut « initier un processus de participation du public, qui vise à définir un programme préliminaire pour Martim Moniz en fonction des besoins des résidents, des entités, des collectifs et des communautés locales ; et cela basé sur la participation citoyenne pour la réalisation d'un projet de requalification d'intérêt public et de nature inclusive pour la place Martim Moniz ». Le maire de Lisbonne a également annoncé qu'un concours international d'idée serait lancé avant la fin de l'année 2019 pour imaginer le futur de la Place Martim Moniz. Au jour d'aujourd'hui, la mairie n'a pour l'instant fait aucune nouvelle déclaration concernant ce concours.
 
Un espace de loisir au cœur de Lisbonne
De nombreux habitants des quartiers historiques alentours (Rossio, Baixa et Mouraria) regrettent le manque d'espace vert et d'aires de loisirs, physiques et culturels aux alentours. Raquel vit dans la Mouraria depuis presque de 10 ans : « Depuis Alameda jusqu'au Tage, il n'y a quasiment pas d'espaces verts qui permettent de s'asseoir ou de boire un verre entouré de végétation. Je vais parfois au jardin da Cerca da Graça, mais c'est haut, il faut grimper. Non seulement, nous n'avons pas besoin d'un nouveau centre commercial, mais surtout la place Martim Moniz est le seul espace sur cet axe qui pourrait accueillir un tel projet d'espace public. Ce qu'il adviendra de cette place doit être le fruit d'un choix collectif ». Margarida, habite elle aussi dans la Mouraria, quasiment en face de la place Martim Moniz : « Nous avons toujours manqué d'un espace vert dans ce quartier, mais c'est devenu encore plus frappant depuis que les rues piétonnes alentours jusqu'à Terreiro do Paço sont bondés de terrasses et de touristes. Nous avons vraiment besoin d'un espace qui nous appartienne, qui ne soit pas un projet commercial mais citoyen. D'ailleurs même les touristes qui visitent le centre historique apprécieraient d'avoir un endroit où se reposer. »
 
Un mouvement en faveur d'un un espace vert
Susana Simplício est l'une des fondatrices du mouvement « Jardim Martim Moniz », un groupe informel qui défend l'idée de l'aménagement d'un espace vert sur cette place. Elle explique au Lepetitjournal : « Nous ne sommes pas une organisation, mais un mouvement citoyen qui souhaitons simplement donner une voix à tous ceux qui pensent comme nous. Depuis que nous avons lancé le mouvement en mars 2019, plus de 1600 personnes ont signé physiquement notre pétition, et des centaines d'autres soutiennent notre manifeste en ligne. En 2020, Lisbonne a été élue « Capitale verte européenne », cela signifie que des fonds européens vont être versés à la ville pour financer ce type de projet, c'est important que nous restions actif. Certains détracteurs du mouvement affirment que la construction d'un jardin est impossible sur Martim Moniz parce qu'ils ont une idée romantique de ce que peut être un jardin, mais il y a de nombreuses typologies d'espace vert possible. Le moment venu, les urbanistes pourront prouver cela. Maintenant que le projet de conteneur a été annulé, nous devons continuer à mettre la pression sur nos dirigeants pour que ce concours international d'idée ait lieu le plus vite possible. Par ailleurs, il est important de préciser que ce mouvement n'a jamais été contre les promoteurs immobilier, mais toujours en faveur des citoyens. Davantage que de dire  « nous ne voulons pas de ça », c'est plus important pour nous d'affirmer « nous voulons ça », et de proposer une vraie alternative à un projet commercial. Notre message à la mairie est le suivant : « écoutez les citoyens, entendez nos requêtes. »

 

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Maria Sobral

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