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INTERVIEW – CPLP-OIF : "Renforcer la synergie franco-portugaise"

Par Custódia Domingues avec la collaboration de Guillaume Bermond | Publié le 02/08/2018 à 00:50 | Mis à jour le 03/08/2018 à 12:59
Photo : Ambassadeur de France au Portugal, M. Jean-Michel Casa
Ambassadeur de France au Portugal, M. Jean-Michel Casa

A l’occasion de l’obtention, le 18 juillet, du statut d’observateur de la France à la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), Lepetitjournal.com s’est entretenu avec l’ambassadeur de France au Portugal, M. Jean-Michel Casa, pour évoquer ce nouveau projet de coopération culturelle ainsi que l’avenir des relations franco-portugaises. L´ambassadeur revient sur la visite officielle du Président de la République française, M. Emmanuel Macron, qui a lieu aujourd´hui même à Lisbonne, dans le cadre d´un Sommet sur les interconnections énergétiques et d´une consultation citoyenne.


Lepetitjournal.com : Pourquoi la France a-t-elle souhaité se porter candidate avec le statut d’État observateur à la CPLP ?

M. Jean-Michel Casa : C’est un double processus d’adhésion : la France comme observateur à la CPLP, et le Portugal comme observateur à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). C’est une démarche culturelle, nous voulons honorer le plurilinguisme. Le français et le portugais sont des langues à caractère mondial, qui sont distinctes de l’anglais globalisé. Le monde compte plus de 220 millions de locuteurs ayant le portugais comme langue maternelle et environ 274 millions de locuteurs de français. Ce sont deux grandes masses qui parlent une langue avec une histoire, qui incarne la diversité du monde. De plus, on peut considérer qu´il y a autour de un million et demi à deux millions de luso-descendants en France sachant que le chiffre est variable en fonction des critères pris en compte. Notre adhésion est une forme d’hommage rendu à cette communauté. Savez-vous, par exemple, que la frontière terrestre entre la France et le Brésil est la plus grande dont dispose notre pays. Enfin, nos relations sont très fortes avec les pays d’Afrique sub-saharienne lusophone, notamment le Cap-Vert.
De son côté, le Portugal avance plus lentement. Sa candidature ne devrait pas être prête pour le prochain sommet de l’OIF, qui a lieu en octobre mais elle sera, sans doute, présentée conjointement avec la candidature angolaise en 2020.

 

Cette adhésion est-elle aussi motivée par une stratégie économique ?

Je parlerais plutôt de dimension géostratégique que de dimension économique. L’aspect économique existe déjà dans la relation bilatérale que nous pouvons avoir avec chacun de ces pays. En revanche, il y a une dimension géostratégique à voir se rapprocher le Portugal de l’ensemble de l’OIF, avec cette très forte présence de l’OIF en Afrique subsaharienne, et de voir la France se rapprocher de la CPLP, et là aussi de l’Afrique subsaharienne, il y a une forme de cohérence entre les deux démarches.

 

Comment percevez-vous l’adhésion de l’Angola à l’OIF ?

C’est une manière pour l’Angola de s’ouvrir plus au monde, de diversifier ses relations. Elles resteront privilégiées avec le Portugal, mais cela montre une volonté de ce pays de s’ouvrir plus au reste de l’Europe. C’est un choix cohérent. Lors de la visite de l’Hermione à Portimão, il y avait un représentant de l’OIF, qui rappelait que dans le dialecte de sa région au Congo, beaucoup de mots sont d’origine portugaise. On sait très bien que les frontières linguistiques sont souvent très mobiles en Afrique.

 

Le statut de pays observateur implique-t-il des engagements ?

Il n’y a pas d’engagement d’ordre financier, il y a un petit ticket de participation de 15 000€ par an pour le statut d’observateur à l’OIF. Pareil du côté de la CPLP, il n’y a pas de participation financière. Il y a trois statuts : observateur, associé et membre. Dans le cas du Portugal, la difficulté c’est que si l’on veut passer du statut d’observateur à celui de membre, il faut participer pleinement à toutes les institutions. Pour l’instant, nous sommes dans une première démarche, qui doit d’abord s’officialiser,  il s´agit de mettre en œuvre peu à peu un ensemble d´actions, de voir commencer comment renforcer par exemple les coopérations universitaires, en matière d’échange d’étudiants, de professeurs, de chercheurs, de jumelages d’universités.

 

Qu’en est-il de la promotion de l’enseignement du portugais en France, dimension qui avait été mise en avant lors de la candidature ?

Cette adhésion signifie la valorisation de la communauté franco-portugaise de France et  témoigne aussi de la volonté que le portugais soit de plus en plus enseigné en France, comme une langue vivante et non plus une langue réservée aux enfants d’immigrés. Ce défi vaut dans les deux sens, avec la volonté de faire progresser le français au Portugal. Le Portugal a donné un avantage à l’anglais, au détriment du français. Il faut aussi que les Portugais puissent faire un effort pour développer le français, nous sommes dans une logique de coopération.

 

Que pensez-vous de la dynamisation des échanges économiques entre la France et le Portugal ? On observe un mouvement d’entreprises françaises vers le Portugal.

Ce n’est pas un processus nouveau, il se consolide simplement avec le temps. C’est tout à fait logique entre deux pays membres de l’UE, où les entreprises se déplacent très facilement. Il y a déjà de grandes entreprises françaises en Europe centrale et orientale, et de plus en plus au Portugal. Les raisons sont évidentes : proximité culturelle et linguistique, qualité de vie et évidemment un avantage compétitif. L’ambassade accompagne cela et cherche aussi à développer l’investissement portugais en France, avec Business France [organisme public français chargé de faciliter les investissements étrangers en France, et les implantations d’entreprises françaises à l’étranger]. De grandes entreprises portugaises sont déjà présentes dans notre pays et l’évolution est visible. Cependant, cela reste sans commune mesure avec les investissements français au Portugal : il y a bien sûr une différence d’échelle entre nos deux économies, mais surtout une attractivité très forte du Portugal qui a bien récupéré de la crise et qui est à la mode.

 

Les voyants sont au vert pour l’économie portugaise, quel regard portez-vous sur cela en tant qu’ambassadeur de France au Portugal ?

C’est d’abord une formidable leçon d’européisme. Certes, le Portugal a beaucoup souffert pendant la crise, mais c’est la preuve qu’un pays peut respecter les critères exigeants de la monnaie unique, tout en retrouvant la croissance, l’emploi et un dynamisme économique. Le pays s’est modernisé, tout en étant géré rigoureusement, en respectant un certain nombre de critères, notamment en matière de déficit budgétaire. Le Portugal, excellent élève de la classe européenne, est la preuve que ceux qui voient dans l’Union européenne la source de tous les maux se trompent. Les européens sont d’ailleurs allés chercher l’ancien ministre des finances portugais, Mario Centeno, pour présider l’Eurogroupe, c’est significatif.

 

Un autre portugais est également présent sur la scène internationale, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU. Est-il trop discret ?

Non, il est très actif, notamment sur la crise au Nicaragua. Le travail de M. Guterres est essentiel sur le long terme. Les organisations unilatérales très intégrées, comme l’ONU ou l’UE, sont indispensables et seront les plus résilientes sur le long terme. Surtout dans le monde actuel, un monde de fractures et de guerres.
N´oublions pas l´importance de M. António Vitorino qui vient d´être nommé à la tête de l´Organisation Internationale des Migrations.


Quelles sont les raisons de la visite du Président de la République française, M. Macron, ce 27 juillet  au Portugal?

Le Président de la République assistera au sommet sur les interconnections énergétiques, en compagnie des chefs de gouvernement portugais et espagnols ainsi que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Nous voulons renforcer l’interconnexion énergétique entre la péninsule ibérique et le reste de l’Europe, notamment avec un projet de liaison électrique sous-marine dans le golfe de Gascogne. C’est l’un des plus gros projets de l’Europe de l’énergie.
Une rencontre bilatérale aura également lieu entre Antonio Costa et Emmanuel Macron, ainsi qu’une consultation citoyenne.

 

Qu’attendez-vous de cet exercice particulier ?

Des consultations citoyennes ont été lancées dans toute l’Union européenne, à l’initiative de la France. Dans la perspective de rénover la construction européenne, nous voulons interroger les gens sur leurs attentes vis-à-vis de celle-ci. Organiser une consultation citoyenne avec le Portugal tombait sous le sens. Nos pays sont très proches. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si nous avons ce sommet, cela traduit une synergie entre la France et les pays ibériques.

 

D’autres projets de coopération franco-portugais sont-ils à l’étude ?

La ministre de la culture devrait venir au Portugal fin septembre, et peut-être la ministre des transports. Le ministre des Affaires étrangères est venu en janvier, quelques semaines avant la visite de la ministre des Affaires européennes. De plus, les réunions au plus haut-niveau entre les deux Premiers ministres et certains membres des deux gouvernements devraient reprendre à l’hiver 2019.

 

(Photo : ©M.J. Sobral)

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