Édition internationale

Elections consulaires 2026 – Portugal : Mehdi Benlahcen

Le 30 mai 2026 se tiendra l´élection des conseillers des Français de l´Étranger. Le vote internet sera ouvert du vendredi 22 à 12h (heure de Paris) au mercredi 27 mai à 12h (heure de Paris). Les conseillers des Français de l'étranger élus pour 6 ans sont les élus de proximité des Français établis hors de France. Ils représentent les Français établis dans la circonscription auprès des ambassades et des consulats, au sein des conseils des Français de l’étranger.

Mehdi BenlahcenMehdi Benlahcen
©Mehdi Benlahcen

Au Portugal, ce seront 5 conseillers qui devront être élus et sept listes de candidats se présentent à cette élection, Lepetitjournal est allé à la rencontre des candidats tête de liste qui ont accepté de répondre à nos questions. Pour précision, la publication des interviews suit l´ordre d´arrivée des réponses aux questions posées, celles-ci sont les mêmes pour chacun des candidats.

La cinquième interview est par conséquent celle de Mehdi Benlahcen, tête de liste de “Faire France Ensemble”


Lepetitjournal : Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

Mehdi Benlahcen : J’ai 48 ans. Je suis né à Toulouse, j’y ai grandi jusqu’à mes 16 ans, âge où j’ai déménagé à Perpignan. Nous y avons suivi mon père, ancien directeur de la faculté d’Administration Économique et Sociales là-bas.  J’ai obtenu mon CAPES de Sciences Économiques et Sociales en 2003. J’ai enseigné successivement à Lyon, puis en Bourgogne, et enfin dans l’Ain.

Depuis 2008, je suis professeur au lycée français Charles Lepierre de Lisbonne. En septembre prochain j’effectuerai donc ma 19e rentrée scolaire à Lisbonne. C'est un cap symbolique, car cela signifie que Lisbonne deviendra la ville où j’aurai passé le plus de temps dans ma vie. Ce n’est pas rien pour quelqu’un comme moi, extrêmement attaché et fier de son identité toulousaine.

Comme beaucoup le savent, je suis par ailleurs passionné de musique et de sport. 


Comment avez-vous constitué votre liste ?

La liste “Faire France Ensemble” est née d'un double constat : 

Premièrement, l’engagement politique local doit pouvoir dépasser les clivages pour mettre en place les meilleures solutions possibles pour améliorer la vie de nos concitoyens au Portugal.

Deuxièmement, le désenchantement de nos compatriotes envers certains discours politiques pose problème. Si le taux d’abstention aux différentes élections ne cesse de progresser, c'est en grande partie la conséquence de discours démagogiques qui génèrent de fausses espérances, des déceptions et défiance vis-à-vis des élus qui ne serviraient à rien et seraient tous les mêmes. 

Une de nos ambitions dans cette campagne, c’est que nos concitoyens prennent conscience de ce qu’est un Conseiller des Français de l’Étranger. Que peut-il faire ? Quel est son champ d’action ?
Un conseiller des Français de l’Etranger ne vote pas les lois, il ne vote pas les budgets. Faire croire comme certains que l’on va augmenter les budgets de l’Agence de l’Enseignement Français à l’Etranger, des groupes Français Langue Maternelle ou rouvrir un consulat à Porto, ce n’est pas responsable.

Surtout ils font semblant de méconnaître la jurisprudence du Conseil constitutionnel de juillet 2012. Ce dernier, saisi par les parlementaires suite à la disparition de la Prise En Charge (PEC) des frais de scolarité Sarkozy, avait statué que cette suppression n’était pas inconstitutionnelle puisqu’en droit français, les droits sont rattachés à la territorialité et non à la nationalité.

C’est tout sauf anodin, et cela doit être constitutif de notre manière de concevoir l’action politique localement. Nous ne pouvons pas être incantatoire et clamer que l’Etat nous prive de tel ou tel droit, ou de tel ou tel moyen. Ce n’est pas le cas. Nous ne disposons pas d’enveloppes garanties mais de choix stratégiques de l’État : Soft power, commerce extérieur de la France… à nous de faire la démonstration que la communauté française à l’étranger est utile et bénéfique à la France.

Nous devons donc être inventifs pour soutenir et mettre en place des projets utiles pour les Français du Portugal. C’est dans cet esprit que s'est constitué “Faire France Ensemble”. 

C’est une liste citoyenne totalement indépendante, composée de 11 personnes complémentaires, car chacune détient un savoir-faire unique qui nous permettra d'être dans l'action dès le 1er juin. Ces 11 candidates et candidats sont déjà toutes et tous au service des Français du Portugal : Carina Raposo, Pierre de Conihout, Camille Espagne, Laurent Rossi, Marie Line Darcy, Marlik Bentabet, Karima Guergous, Benjamin Audoye, Cristina Ribeiro ou Jacques Dachary; sont connus de nos concitoyens. 

Que ce soit dans le domaine de la santé, l’entrepreneuriat, la promotion de la culture francophone, l’information, le domaine éducatif, auprès des associations de parents d’élèves nous avons déjà toutes et tous fait de nombreuses choses.

Notre slogan c’est “Mieux vous représenter. Mieux vous servir.” Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas juste dans l’incantation ou les fausses promesses. On fait !


Pouvez-vous nous détailler les grands axes de votre programme ?

Cela va paraître une évidence mais je dirais, pour commencer, être présent en conseil consulaire ! Les Français du Portugal méritent des élus qui les défendent vraiment.

La dernière mandature a été marquée par un taux d'absentéisme trop élevé. En tant que président de Français du monde adfe Portugal, je me suis rendu l’an dernier à un conseil consulaire STAFE où un seul élu était présent ! Il a fallu appeler en urgence, chez eux, les conseillers absents, pour que la réunion puisse se tenir. Les Français du Portugal méritent des élus respectueux du mandat qui leur a été confié.

Par ailleurs, le conseiller des Français de l’Étranger a un certain nombre de prérogatives qui lui sont données par la loi du 23 juillet 2013. Il siège en conseil consulaire de l’enseignement, en conseil consulaire pour l’action sociale, en conseil consulaire pour la sécurité, en conseil consulaire Soutien au tissu Associatif Français à l’Étranger (STAFE) et en conseil consulaire pour l’emploi et la formation professionnelle. 

Notre programme s’articule donc autour de ces cinq thématiques. Sur la thématique de l’emploi et la formation professionnelle, je suis surpris de constater que le président du conseil consulaire sortant n'a jamais organisé un seul conseil consulaire en 5 ans.

Nous travaillerons pour activer de nouveau une cellule emploi/formation sous le patronage de l’ambassade. Dans le même ordre d’idée, nous nous désolons que des événements comme le salon de l’entrepreneuriat qui a été organisé à l’Ambassade en 2016, 2017, 2018 et 2019 aient disparu. C’est un grand manque pour notre communauté. 

Sur la question du STAFE, nous tenons à préciser que l’élu ne peut être ici un décideur coupé de ses concitoyens. Nous nous engageons à évaluer les dossiers des associations candidates en collaboration avec nos compatriotes. Il est facile de procéder à une consultation internet pour que nos administrés puissent dire quel projet à leurs faveurs. Nous voterons ainsi en toute transparence, car nous ne pouvons pas avoir peur de cette dernière, et nous ne devons en aucun cas voter pour ce qui nous fait plaisir, ou pire fait plaisir à nos amis.

Soutenir la francophonie nous tient à cœur. Nous pouvons monter de vrais projets de qualité, et nous avons l’expertise pour le faire. Laurent Rossi a déjà programmé de nombreux spectacles francophones en Algarve, à Lisbonne ou dans le nord du pays. Camille Espagne nous apporte son expertise de l'événementiel. Moi même, j’ai, avec Français du monde adfe Portugal contribué de près ou de loin à la venue d’artistes comme Francis Cabrel, Barbara Pravi, Magyd Cherfi, Djal’, Laura Laune …

Le conseil consulaire de sécurité ne peut pas se réduire simplement à évaluer le risque de tremblement de terre. Inondations, incendies, tempêtes; la population française au Portugal est confrontée à de nouveaux risques sécuritaires. Nous proposons de mettre en place des chefs d'îlots afin de ne laisser aucun Français du Portugal de côté en cas de catastrophe naturelle. 

Protéger nos concitoyennes victimes de violences conjugales doit aussi être un sujet prioritaire. Nous mettrons en place des solutions de suivi, des cellules de soutien et d'accueil. Être victime de violences conjugales est un drame, en sortir demande un vrai courage. C’est encore plus difficile à l’étranger car nos compatriotes sont coupés et éloignés de la solidarité familiale. La représentation nationale ne peut pas rester les bras croisés. Là aussi, nous savons faire et faisons depuis de nombreuses années en travaillant étroitement avec l’association Womens LPT. 

Pour tout cela, pas de budget supplémentaire. L’élu et son équipe peuvent impulser une action positive en la matière. Notre liste est composée de gens qui savent faire. On ne peut pas perdre 6 ans de mandat à attendre que l’Etat nous débloque des lignes de crédits supplémentaires. Nous pouvons agir. Nous on a décidé d’agir !

En matière de conseil consulaire pour l’enseignement, la question principale demeure celle des bourses scolaires. Là encore il ne s’agit pas de tenir un double discours. Ne rien dire pendant la commission, puis se plaindre du manque de budget et de dossiers une fois celle-ci terminée. 

Une fois de plus, la clarté est nécessaire. Ne faisons pas croire n’importe quoi à nos concitoyens. Est ce que le budget consacré aux bourses scolaires diminue ? oui, il est passé d’environ 800 000€ il y a presque 10 ans à 330 000€ environ lors de notre dernière réunion. 

Est-ce une volonté de l’Etat de baisser ce budget ? Non pas forcément, car majoritairement la situation financière des familles est en amélioration. À titre d’exemple, sur la dernière commission du 13 avril dernier, sur 28 dossiers du lycée français Charles Lepierre, 21 avaient des revenus en augmentation… logiquement l’enveloppe est donc en baisse.

En revanche, c’est le rôle des conseillers de mettre en débat les Instructions Officielles. Le conseil ne doit pas être une chambre d’enregistrement, sinon nous ne servons à rien.

L’an dernier, l'AEFE a décidé de mettre en place de nouvelles règles au détriment des parents divorcés en garde alternée. Français du monde adfe Portugal, que je préside, et la FCPE ont dénoncé cette situation… Le reste du conseil consulaire n’a pas levé le petit doigt pour dénoncer ces nouvelles modalités. C’est pourtant notre rôle. Pour exemple, le conseil consulaire de Barcelone a décidé de ne pas tenir compte de ces nouvelles instructions. L’an dernier, il valait donc mieux être parent au lycée français de Barcelone. Ces informations sont facilement vérifiables, les comptes rendus de conseil consulaire sont publics et publiés sur le site du consulat. 

En 2015 ou 2016 nous avions choisi de rendre des enveloppes en dépassement, avec des justifications suffisamment précises pour que Paris ne remette pas en question ce dépassement. Cela signifie que le Conseiller a une marge d'action, à lui de s'en servir.

Plutôt que de promettre des choses fantaisistes sur des domaines où nous ne pouvons pas agir, commençons par agir là où nous avons des prérogatives. 


Que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ? Et en quoi le rôle de conseiller permet-il de véritablement faire évoluer la vie de vos compatriotes installés au Portugal, avez-vous un exemple à nous donner ?

Un conseiller des Français de l’étranger doit être un facilitateur de vie, un accélérateur de particules. Soutenir et dynamiser les projets qui permettent d'améliorer la vie de nos concitoyens au Portugal. La principale difficulté pour nous c’est que nous sommes des élus français en territoire étranger. Nous n’avons pas de réelles emprises sur la politique locale. 

En 2021 un candidat avait promis le maintien du statut RNH aux nombreux retraités de notre circonscription. Est il arrivé à le maintenir ? Evidemment non ! 

Un conseiller des Français de l’Étranger n’a pas d’emprise sur la législation française, comment vouloir faire croire que l’on peut en avoir sur la législation portugaise.

En revanche, nous pouvons être capable de mettre en place des synergies avec les élus locaux portugais. Par exemple, nous revenons de déplacement à Pombal, en compagnie de Karima Guergous. Nos concitoyens du centre Portugal souffrent de la disparition de services publics français dans la région, et ce depuis la fermeture du consulat honoraire à Leiria. Plutôt que de promettre l’impossible, en annonçant la réouverture de ce dernier, nous avons commencé par ouvrir une section locale de Français du monde sur place. Cette dernière a établi un protocole d’accord avec la mairie de Pombal pour pouvoir tenir une permanence hebdomadaire à la loja du cidadão de la ville. Cela doit permettre de lever la contrainte technique des permanences consulaires permettant d’établir les pièces d’identités françaises grâce aux valises itinérantes. 

Dans le même ordre d’idée, afin de faciliter les démarches consulaires de nos concitoyens, pour démontrer que l’on sait faire, nous avons mis en place sur notre site internet une IA au service de nos concitoyens. Déposer un dossier de bourses scolaires, certificats de vie, imposition, parcousup… posez lui vos questions, on vous a préparé les réponses. 

C’est ça l’esprit “Faire France Ensemble”, pas de bla bla, mais des solutions concrètes pour nos concitoyens. Nous on fait !


Quels sont selon vous les principaux défis auxquels font face, actuellement, les Français du Portugal ? Et aussi quels sont les défis qui se présentent à vous, en tant que candidat, pour les six prochaines années ?

Le premier défi est lié au domaine de l’éducation. Le conseiller des Français de l’Étranger siège en Conseil d'Établissement des lycées AEFE de sa circonscription. Même s' il n’y a qu’une voix consultative, il doit pouvoir dénoncer ou valider certaines orientations. Aujourd’hui l’orientation financière de certains établissements, et les mesures d’ajustements qu’elles dessinent sont inquiétantes. Il est urgent de réfléchir différemment et d'arrêter de penser que le Portugal et Lisbonne sont attractifs quoi qu’il arrive. 

Aujourd’hui il est de plus en plus compliqué de recruter des enseignants car les conditions de vie au Portugal sont loin d’être aussi confortables qu’il y a 10 ans. 

Le rôle du conseiller ici, sera de faire en sorte que tout le monde puisse se parler, s’écouter, afin d’aider à bâtir les solutions les plus consensuelles possibles. Le conseiller, en revanche, ne pourra pas augmenter les budgets, il n’en a pas le pouvoir.

Dans le même temps, il nous faudra fédérer les énergies pour aider l’offre éducative française à se développer au Portugal. La mairie de Pombal, nous a également proposé, la mise à disposition d’une école inoccupée, ce qui nous laisse le loisir d’y ouvrir à minima un groupe FLAM.

Un autre défi selon moi réside dans le développement des initiatives francophones. Il y a de plus en plus d’artistes français de premier plan qui souhaitent venir se produire au Portugal. Cela doit constituer une chance pour notre communauté, et si on veut que cela puisse continuer à se développer il faut aider les porteurs de projets à mieux appréhender les désirs culturels de nos concitoyens, et surtout leur faire mieux comprendre la réalité économique. Certains spectacles sont ainsi horriblement chers, ce qui conduit à des difficultés pour remplir les salles. 

Enfin, dans la même logique entrepreneuriale, il est urgent de repenser l’aide aux TPE et PME françaises. Certains outils d’accompagnement qui fonctionnaient ont été laissés à l’abandon. Je pense particulièrement à l’association Entreprendre.pt qui n’a visiblement pas survécu à l’OPA lancé par une liste concurrente lors de la dernière élection consulaire de 2021. C’est triste et au détriment des Français du Portugal. 

Il y a aujourd’hui de nombreux entrepreneurs du monde de la tech à Lisbonne. Que se soit dans le domaine de l’IA, de la blockchain… l’entrepreneuriat français au Portugal est en développement.

Une multitude d’initiatives spontanées ont vu le jour ces dernières années mais cela équivaut à disperser les énergies. Il est temps de fédérer et de regrouper les énergies. C’est ce que nous proposons de faire avec mon colistier Pierre de Conihout, lui-même patron dans le domaine de l’IA. Nous savons faire, nous avons déjà fait, donc nous pouvons faire au service des Français de notre circonscription.

En résumé, fédérer et regrouper les énergies sur toutes ces questions c’est ça l’esprit “Faire France Ensemble” !


Liste “Faire France Ensemble”

Elections consulaires, liste “Faire France Ensemble”

Facebook 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.