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PARC EDUARDO VII - Un bel espace vert sur un plan incliné

Par Lepetitjournal Lisbonne | Publié le 20/07/2017 à 22:30 | Mis à jour le 21/07/2017 à 08:55

D'abord, si l'on regarde les tracés des grandes voies d'eau de la capitale, la rivière d'Arroios, (devenue aujourd'hui Avenida Almirante Reis) et la rivière de Valverde (Avenida da Liberdade), on comprend bien que le parc Eduardo Vii est inclus dans les principales zones fluviales de Lisbonne. Ce dernier appartient aussi, depuis 2012, au nouveau tracé de coulée verte (Corredor Verde), qui le relie au grand parc forestier de Monsanto.

Un projet qui voit le jour entre 1945/49
Les anciennes terres de cultures et les villas des grosses propriétés terriennes s'étendaient en ce lieu encore au XIXº siècle, avant que l'urbanisme grandissant n'arrive à les conquérir et à les faire en partie disparaître. Le parc Eduardo VII est situé à présent sur ce versant de colline qui prolonge l'Avenida da Liberdade et s'étire au-dessus de la grande place Marquês de Pombal (jadis appelée Rotunda), point convergent de plusieurs axes de circulation automobile.

Le premier projet de ce parc a été élaboré, en 1888, par l'architecte-paysagiste français Henry Lusseau, mais ce dernier n'arrivera pas à le concrétiser par manque de moyens financiers. Puis, ce sera au tour d'un autre Français, Jean-Claude Forestier de proposer une autre formulation, en 1928, sans pour autant que celle-ci puisse se réaliser totalement. Ensuite viendra le tour d'un architecte, cette fois un Portugais, Luis Ribeiro Cristino (1896-1976), avant qu'un autre architecte portugais, Keil de Amaral (1910-1975) puisse appliquer son projet entre 1945/49.

Dans cette nouvelle approche, il restait en suspend une éventuelle prolongation de l'Avenida da Liberdade, avec des jardins de chaque côté. Dans un souci de compromis, Keil de Amaral chercha à garder le prolongement de l'axe visuel de la grande avenue, tout en maintenant le parc déjà existant à son époque, en conformité avec le projet initial de Forestier, destiné surtout à donner à la population de Lisbonne un lieu d'agrément, qui soit aussi une zone de refuge à l'activité de la grande ville.

Initialement, on voulu l'appeler "Parque da Liberdade", mais il fut baptisé, en 1903, en hommage au roi Eduardo VII d'Angleterre à l'occasion de sa visite au Portugal. Les travaux d'aménagement du jardin commenceront en 1915, mais ils seront pénalisés par l'entrée du Portugal dans la Première Guerre Mondiale, à partir de 1917. Délaissé jusqu'au début des années 1920, ils reprendront lorsque s'organisera le plan général d'urbanisation de la capitale. En 1930, la grande serre (Estufa Fria) sera achevée et en 1932, le Pavillon sportif. Ce dernier fut initialement construit pour la célébration du Centenaire de l'Indépendance du Brésil (1822) et fut conçu dans un style néo-baroque pour la promotion de produits de l'Industrie portugaise à la Grande Exposition Internationale de Rio de Janeiro, inaugurée en mai 1923. Après cet évènement, le pavillon fut totalement démonté et reconstruit à Lisbonne pour ouvrir de nouveau ses portes, en 1932, afin de recevoir la Grande Exposition Industrielle portugaise. En 1946, l'endroit fut réadapté pour accueillir le Championnat du monde de Hockey sur patins et désigné à partir de là comme "Pavillon des Sports". En 1984, il prendra le nom de Carlos Lopes, coureur marathonien  portugais, champion du monde olympique. Les grands panneaux d'azulejos, 7 carreaux de faïence au total, ont pour thèmes de hauts faits historiques nationaux, réalisés par les artistes Jorge Colaço et Pedro Jorge Pinto. Pendant plus de deux décennies, ces locaux seront voués à l'état d'abandon, avant d'être finalement restaurés, en 2016.

Un espace vert d´une grande diversité botanique
Le Parc Eduardo VII est un espace vert totalement ouvert d'une surface de 26 hectares, sans mur d'enceinte ou grillage qui le délimite. C'est un lieu privilégié pour la promenade du dimanche des Lisboètes et des touristes de passage. Une fois arrivé en haut de la colline, sur une terrasse monumentale, nous avons le loisir de contempler une vue panoramique exceptionnelle sur l'ensemble de la vieille ville, avec son château, sur le fleuve et bien au-delà, du côté de la Serra da Arrabida, et jusqu'à la ville de Palmela. Une fontaine avec un grand bassin de l'artiste João Cutileiro, chargée de référence sur la Révolution des ?illets du 25 avril 1974, s'intègre volontairement dans une architecture datant de la période de la dictature salazariste.

En ce qui concerne l'aspect botanique de cet espace vert, il faut d'abord souligner qu'il y a là une tendance à supprimer progressivement les haies constituées de buis et de troène, qui cernaient de nombreuses pelouses, essentiellement pour diminuer le travail d'entretien du personnel responsable. Indirectement, ceci  provoque une perte de biodiversité; les moineaux qui y nidifient, les insectes auxiliaires qui s'y nourrissent, les plantes endémiques qui poussent à l'abri dedans, tous ces éléments se trouvent brutalement pénalisés. Les phénomènes d'érosion s'accentuent aussi, car il n'y a plus la pénétration des eaux de pluies par les systèmes racinaires.

Au bord des allées piétonnes, on trouve des micocouliers de Provences (Celtis australis), (Lodão bastardo, en portugais), arbres les plus plantés dans la capitale, car ils ont remplacé systématiquement les ormeaux,  atteints par un virus, à partir des années 1980. Etant de la même famille, celle des Ulmacea, ils résistent bien en zone urbaine et ils sont endémiques du sud de l'Europe. Ils fournissent aussi une ombre généreuse bien appréciable en été. Comme autres représentants de l'espace européen, un peu partout dans ce parc, nous avons des chênes (Quercus fagina/carvalho cerquinho, en port.), des frênes (freixo), des caroubiers (alfarrobeira), des chataîgners des balkans et beaucoup de pins parasols (Pinus pinea/pinheiro manso), qui mettent trois ans à former leurs pommes et les pignons seulement à la 4ºannée. Quant aux platanes, qui sont aussi nombreux, ils sont le résultat d'un croisement entre des platanes d'Orient et d'Amérique, donc des hybrides, que l'on a planté dans toute l'Europe, à partir de la fin du XIXème siècle.

Pour ce qui est des conifères, on reconnaîtra des cèdres originaires aussi bien de l'Atlas ou de Chypre, avec leur reflet bleuté, que de l'Himalaya, dont la végétation a tendance à aller vers le bas pour s'alléger du poids de la neige, quand ils en sont recouverts. Des cyprès (Cupressus sempervirens) sont aussi bien présents dans cet espace vert. Les tamarix, eux, viennent du continent africain et ont une floraison spectaculaire d'un ton rosé au cours de l'été.

Le continent américain, lui, est représenté par les poivriers du Brésil (Schinus molle), dont les Portugais n'hésitèrent pas à se servir, quand ils commencèrent la commercialisation du poivre indien, mélangeant les deux sans aucun scrupule, l'un étant trouvé à l'état sauvage et l'autre cultivé en Inde et acheté avec de l'or provenant du continent africain. Du même continent, le kapokier (Chorisia speciosa), dont les pics sur le tronc et les branches servirent, peut-être, dans les temps anciens, à empêcher que des mammifères géants, tels les paresseux, ne les fassent tomber pour dévorer leur végétation ? On l'appelle aussi «désespoir des singes» et sa floraison, en automne, est des plus belles avec de grandes fleurs roses et blanches ressemblant à des hibiscus. Toujours en Amérique du Sud, le bel-ombre (Phytolacca dioica) de la pampa, avec ses troncs difformes emmagasinant l'eau de pluie et une végétation toxique, qui décourage tout herbivore affamé. De beaux jacarandas du Brésil se concentrent à différents endroits du parc avec leur feuillage ressemblant fortement au mimosa. Au mois de mai de belles fleurs de couleur mauve très ornementales apparaissent dans leur végétation bien verte. C'est le deuxième arbre le plus planté dans la capitale portugaise.

Dans le parc Eduardo VII, il y a aussi quelques représentants du continent australien, tels les casuarines à la végétation s'approchant de celle des pins, mais dont les fleurs rouges de couleur semblable à la crête du casoar prouvent que nous avons affaire à une plante à fleur et non à un conifère. Autre plante provenant d'Australie, le callistémone, de la famille des eucalyptus et qui donne des fleurs en forme de rince-bouteille à Noël, puisque situé dans l'autre hémisphère. Ce type de plante est essentiellement choisi pour le peu d'entretien qu'elle demande au long de l'année.

Ainsi, dans cet espace vert, comme dans bien d'autres jardins de Lisbonne, on trouve des représentants des quatre coins du monde pour le plus grand bonheur de ceux qui savent les reconnaître.

André Laurins (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) vendredi 21 juillet
(laurins.andre@gmail.com)
(Photos : M-J. Sobral)

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