Mercredi 27 octobre 2021
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LITTERATURE – "Le métier de mourir" de Jean-René Van der Plaetsen

Par Fernando Couto e Santos | Publié le 25/03/2021 à 23:07 | Mis à jour le 25/03/2021 à 23:25
Photo : © JF Paga
Le métier de mourir

 

Après La nostalgie de l´honneur, publié en 2017, roman évoquant son grand-père maternel que la presse a applaudi et qui a été récompensé par quatre prix littéraires, l´écrivain et journaliste Jean-René Van der Plaetsen revient avec Le métier de mourir qui a reçu le Prix Renaudot des Lycéens et où l´honneur militaire est encore une fois à l´ordre du jour.     

 

Le métier de l´honneur

Dans son premier roman La nostalgie de l´honneur, paru en 2017 chez Grasset, Jean-René Van der Plaetsen écrivait dans les premières lignes : «C´est un fait et je le déplore : l´honneur n´est pas à la mode. Il n´y a là rien de très étonnant : dans une époque où le cynisme, le scepticisme et le matérialisme commettent des ravages, nous en avons perdu le sens». Ce roman a forcé l´admiration et s´est vu décerner quatre prix littéraires, l´Interallié, le Jean Giono, le prix Erwan Bergot ou encore celui du Nouveau Cercle de l´Union. La presse -parfois sous la plume d´écrivains comme Dominique Bona, Jean-Marie Rouart ou Franz-Olivier Giesbert- n´a pas tari d´éloges sur ce beau roman. Pour Dominique Bona, il était rédigé d´une plume sobre et ardente. Pour sa part, Jean-Marie Rouart a écrit : «Nul livre n´est plus à contre-courant. Pourtant, il nous emporte grâce au talent de l´écrivain». Enfin, Franz-Olivier Giesbert mettait l´accent sur le fait que le livre pouvait être lu comme une grande leçon de vie, un livre qui selon lui sentait le ciel et l´air pur. Un peu à contre-courant également, Jean-René Van der Plaetsen a choisi comme épigraphe un extrait de Manœuvres d´automne, livre de Guy Dupré, entre-temps décédé (en 2018), écrivain ultrasecret et rarissime : «Dans le bleu des soirs d´Île- de- France pareil au bleu de Prusse des matins d´exécution, je chercherai longtemps encore le secret de conduite qui permet de lier la douceur, sans quoi la vie est peu de chose, à l´honneur, sans quoi la vie n´est rien».  Il faut ajouter que La nostalgie de l´honneur relatait la vie «parfois tragique, toujours intense et mouvementée» du grand-père de l´auteur, héros de la Seconde Guerre Mondiale, compagnon du général de Gaulle.

 

Jean-René Van der Plaetsen et son 2ème roman

Directeur-délégué de la rédaction du Figaro Magazine, membre du jury du Prix de Flore, Jean-René van der Plaetsen, Français né en 1962 à la République Démocratique du Congo (ancien Congo belge), a publié lors de la dernière rentrée d´été,  toujours chez Grasset, son deuxième roman, Le métier de mourir qui a reçu en décembre le Prix Renaudot des Lycéens.  

Il est important de dire que Jean-René Van der Plaetsen fut Casque bleu au Liban en 1985 et ceci, aussi bien que la mémoire des combats épiques de son grand-père, nourrit sans l´ombre d´un doute son imaginaire. Aussi ce nouveau roman n´ignore-t-il pas lui non plus la nostalgie de l´honneur militaire.  

Le métier de mourir -un roman qui respecte des critères classiques comme l´unité de temps, de lieu et d´action- raconte l´histoire d´un soldat énigmatique, un vieux baroudeur d´une soixantaine d´années, qui se fait appeler Belleface, personnage inspiré par quelqu´un que le grand-père de l´auteur a connu. Rescapé du camp de Treblinka, ancien légionnaire en Indochine, officier légendaire de l´armée israélienne, il commande un avant-poste dans le sud du Liban en 1985. Sa mission est celle de protéger la frontière nord d´Israël contre les attaques du Hezbollah avec l´aide de quelques miliciens à la solde de l´État hébreu. L´arrivée de Favrier, un jeune Français ardent et idéaliste -un peu comme le sont les personnages de Stendhal, de l´aveu même de l´auteur- qui crée une énorme empathie avec Belleface, va pousser l´ancien légionnaire à se dévoiler un tant soit peu, lui qui dissimule un lourd et douloureux secret. Favrier et Belleface évoquent force souvenirs personnels comme ceux des femmes qu´ils ont aimées, de leur vie civile et de ce qui leur tient le plus à cœur.

On finit par apprendre que Belleface est un juif polonais, mais qu´il admire les catholiques, et donc Favrier, pour une raison ayant trait à un souvenir d´adolescence: «J´ai toujours bien aimé les catholiques depuis le jour où le père Tarkowski m´a sauvé la vie (…) Cette homme-là, Belleface ne l´oublierait jamais. Pas plus qu´il ne se séparerait de la bible qu´il tenait de ce prêtre et qui l´avait accompagné jusqu´ici – cet ouvrage qui était ce qu´il possédait de plus précieux». On découvre ensuite l´importance de ce prêtre dans la vie de Belleface : «Il revit en pensée le visage du père Tarkowski, polonais comme lui. Sa silhouette un peu chétive, aux épaules courbées et affaissées, ses mains longues et fines, son visage maigre et sans joues, mal rasé, creusé par les jeûnes et les privations, avec un nez fort et des yeux d´un bleu si pur. Grâce à lui, Belleface avait échappé à la mort. Le père Tarkowski s´était sacrifié pour lui, qui était encore un adolescent à l´époque, alors qu´ils ne se connaissaient pas quelques instants plus tôt».

Le métier de mourir est une sorte de roman métaphysique sur la condition de l´homme devant la guerre au rythme des balles qui sifflent et des Saintes Écritures dont on peut trouver des extraits méticuleusement choisis par l´auteur. La communauté de soldats confinés en territoire hostile ne va pas sans rappeler une sorte de désert des Tartares, mais, contrairement au roman homonyme de l´Italien Dino Buzzati, où l´on attend un événement qui ne va pas se produire, ici la foudre va bel et bien frapper.

Après deux romans d´une singulière beauté, Jean-René Van der Plaetsen est indiscutablement un écrivain à suivre de très près.

 

Jean-René Van der Plaetsen, Le métier de mourir, éditions Grasset, Paris, septembre 2020.

A (re) lire aussi du même auteur :
La nostalgie de l´honneur, éditions Grasset, 2017(repris dans la collection Le Livre de Poche en 2018).               

 

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1 Commentaire (s) Réagir
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Philippe jeu 01/04/2021 - 22:34

Toujours ces formidables critiques littéraires de Fernando Couto e Santos qui donnent envie à chaque fois d’aller acheter les livres qu’il nous présente avec il faut le dire du style et des références historiques ou sociologiques qui replacent chaque livre dans un contexte et expliquent mieux ainsi la démarche des auteurs. Bravo cher Mr Couto e Santos ...lepetitjournal.com/lisbonne peut se féliciter de vous faire appel

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