Après avoir écrit des essais fort remarqués, David Djaïz publie à l´âge de 35 ans un premier roman saisissant, déjà récompensé par le prix Transfuge du premier roman de la rentrée littéraire 2026. La méthode (éditions Stock) nous renvoie à la ville de Constantinople en 1910 où le médecin français Paul Remlinger, formé au laboratoire de Louis Pasteur à Paris, dirige l´institut antirabique et est en contact avec les autorités ottomanes en raison d´un projet de « décanisation ». Le roman raconte un événement méconnu de l´Histoire qui a été le laboratoire des pires drames du vingtième siècle.


David Djaïz
Né en 1990 à Agen (Lot-en-Garonne), David Djaïz, ancien élève de l´Ecole Normale Supérieure de la Rue d´Ulm (première place au concours d´admission en 2010) et de l´École nationale d´administration (ENA), promotion George Orwell (2015-2016), est haut fonctionnaire, chef d´entreprise, professeur à Sciences –Po et ancien conseiller du président de la République. En outre, il a déjà écrit cinq essais fort remarqués portant sur des sujets économiques. Enfin, à l´âge de 35 ans, il publie, aux éditions Stock, un premier roman saisissant, La méthode, qui figure sur les premières listes de trois prix littéraires prestigieux et vient d´être récompensé par le prix Transfuge du premier roman 2026. La méthode nous renvoie à la ville de Constantinople en 1910 où le médecin français Paul Remlinger, formé au laboratoire de Louis Pasteur à Paris, dirige l´institut antirabique et est en contact avec les autorités ottomanes en raison d´un projet de « décanisation ». Le roman raconte donc un événement méconnu de l´Histoire qui fut le laboratoire des pires drames du vingtième siècle.
La Méthode raconte un événement méconnu de l´Histoire
À David Djaïz, l´idée du roman lui est venue après une visite à Istanbul en 2017 où il est tombé par hasard sur une exposition consacrée aux chiens de la ville que l´on dit « errants » et que les autorités ottomanes ont décidé d´éradiquer en 1910.
Pour poindre son roman, l´auteur s´est, on l´a vu, inspiré de la figure de Paul Remlinger, né en 1871 à Bertange, en Moselle, et décédé en 1964, à Tanger, au Maroc. Ce médecin et biologiste français a vécu une dizaine d´années à Istanbul -qui s´appelait encore Constantinople à l´époque- où il a dirigé l´institut antirabique ou Institut impérial de bactériologie où il a succédé à Maurice Nicolle (1862-1932).
Dans La méthode, on trouve au début du roman le personnage Paul Remlinger en déplacement dans le train mythique L´Orient-Express. Dans son voyage vers Constantinople, il fait la connaissance d´un Belge prétentieux et un tant soit peu mystérieux qui répond au nom de Meesemaecker et qui va jouer un rôle prépondérant dans l´histoire.
Dès ses premiers jours dans la capitale de l´empire ottoman, Paul Remlinger a du mal à faire valoir ses droits et à rencontrer les gens qui comptent en raison de la bureaucratie et de certains jeux de pouvoir qui se tissent au sein de l´administration locale.
Entretemps, il découvre la ville et s´enivre un peu de sa proverbiale beauté, une rencontre dont ne sont pas absents certains lieux communs qui circulent sur Constantinople : « La lumière est épaisse, mais le soleil darde, écrasant de sa chaleur les milles dômes qui pointillent les deux rives. Il se demande combien de mosquées il peut embrasser du regard, ébloui par les coupoles et les minarets qui se détachent. Il pense à toutes les expériences scientifiques qu´il compte mener, aux protocoles et découvertes qu´il espère effectuer sur ces terres d´Orient, et aussi, malgré l´échec de la veille, aux plaisirs inouïs que lui promettent les nuits de Constantinople. La vision fugitive d´une beauté orientale lui traverse l´esprit ; une femme á la peau cuivrée et parfumée de musc l´enlace. Paul frissonne sous sa chemise en imaginant cette apparition et sent de nouveau un désir ardent lui serrer le ventre ».
Au fur et à mesure que Paul Remlinger s´imprègne de l´ambiance et des odeurs de la ville, il se rend compte de l´importance des chiens que l´on y trouve en grand nombre. Un jour, son regard est capté par un attroupement inhabituel près d´une fontaine en faïence aux bleus profonds. Une douzaine de chiens de toutes tailles et couleurs se pressent autour d´un vieil homme à la longue barbe blanche, vêtu d´une robe déchirée de derviche. C´est Hasan Baba qui nourrit les chiens de morceaux de viande séchée et de pain qu´il jette à la volée. Une figure charismatique de la ville que les autorités ne voient pas d´un bon œil. C´est que l´on estime le nombre de chiens errants à environ cent cinquante mille.
Enfin, Paul Remlinger propose sa méthode de « décanisation » qui vise l´extermination par gazage des chiens. Néanmoins, ce n´est pas cette méthode-là que les autorités, par la voix de Talaat Pacha, un des plus hauts responsables de l´empire, choisissent. Elles préfèrent la déportation des chiens sur l’île déserte de Sivriada puisque « une décanisation qui n´aurait de finalité qu´elle-même serait vouée à l´échec. Talaat préfère le mot purification, car ce qu´il faut rechercher c´est la pureté. La pureté est un objectif, une fin en soi. Une purification pas seulement hygiénique, mais symbolique. Et sociale, il n´a pas peur de le dire, car les chiens errants se sont immiscés dans le corps social ! ». Quelques années plus tard, le même Talaat Pacha ordonnera la déportation des Arméniens. Mais, il y a aussi une touche prémonitoire dans la méthode de Paul Remlinger, puisqu’elle n´est pas sans préfigurer en quelque sorte « la solution finale » et la planification des génocides qui marqueront le vingtième siècle.
Mêlant politique, science, histoire et réflexion morale, ce premier roman de David Djaïz est une véritable réussite et ce n´est donc pas à tort qu´il est considéré comme un des plus passionnants de cette rentrée littéraire.
David Djaïz, La méthode, éditions Stock, Paris, août 2026.
















