La Festa do cinema francês 2026 se poursuit dans plusieurs villes du Portugal pendant tout le mois de novembre. À l'occasion de ce 27ème Festival du cinéma français à Lisbonne, la réalisatrice française Laetitia Masson est venue présenter son dernier long-métrage, Ulysse. Lepetitjournal a pu lui poser quelques questions.


Inspiré par son parcours personnel de mère d'un garçon en situation de handicap, le film soulève des problématiques qui dépassent le simple handicap pour venir interroger les institutions et la normalité. Rencontre avec une cinéaste passionnée qui se confie sur l'aventure du tournage avec son fils, sa vision du 7ᵉ art et ses coups de cœur lisboètes.
Votre film Ulysse s'inspire de votre histoire personnelle de mère d'un enfant en situation de handicap. Qu'est-ce qui vous a poussé à porter ce récit à l'écran ?
Au départ, c'était le genre d'histoire qui ne m'intéressait pas du tout, ni comme réalisatrice ni comme spectatrice, car le sujet pouvait paraître lourd. Mon cinéma a toujours été plus abstrait et axé sur mon regard sur le monde plutôt que sur moi-même. Mais en observant les sujets actuels au cinéma, j'ai réalisé qu'il y avait un point aveugle autour de la différence.
À travers cette histoire que je connais bien, j'ai voulu poser des questions bien plus larges : que veut dire être « normal » ? Qu'attend la société de nous ? Mon vécu m'a confrontée à des institutions publiques qui paraissent vertueuses, mais qui sont potentiellement toxiques dans leur façon d'envisager la fragilité. Ulysse n'est donc pas un simple témoignage auto-biographique ; mon histoire personnelle n'était qu'un point de départ pour mener une réflexion politique et universelle.
Vous avez choisi de faire jouer votre propre fils, Alphonse, dans le film. Comment s'est déroulée cette expérience de tournage ?
Au début, je ne voulais absolument pas l'exposer. J'avais peur du jugement des gens, car il a beaucoup souffert d'être mal jugé par le passé. Ce sont mes producteurs et mon équipe qui, en lisant le scénario, m'ont demandé pourquoi je ne le faisais pas jouer. Ils avaient besoin d'une référence réelle pour incarner ce personnage singulier et remonter le temps avec d'autres comédiens. Je lui ai posé la question et il a accepté.
Il a 24 ans mais une allure et une pensée très juvéniles, Alphonse correspondait parfaitement au rôle. Sur le plateau, jongler entre mon rôle de mère et celui de réalisatrice n'a pas été facile. Mais de le voir être accepté comme un véritable acteur par l'équipe technique et par l'actrice Élodie Bouchez a été extrêmement touchant. Élodie l'a guidé avec un grand professionnalisme, l'entraînant dans son jeu et lui faisant comprendre les exigences du métier.
Le film a été sélectionné au Festival de Cannes. Est-ce une reconnaissance importante pour vous ?
Absolument. Cette sélection a permis de placer Ulysse là où il devait être : dans le cadre du cinéma d'auteur, et non dans celui du simple téléfilm ou du documentaire larmoyant. Pour moi, le cinéma doit transcender le réel, apporter un axe poétique et politique qui offre une nouvelle grille de lecture du monde.
Quel regard aimeriez-vous faire évoluer chez les spectateurs sur la question du handicap ?
Le problème des institutions et de la société, c'est qu'on regarde souvent les personnes handicapées par le biais de ce qu'elles ne peuvent pas faire. On occulte complètement leur potentiel poétique et leur singularité. C'est une richesse qui interroge notre propre humanité. Dans le film, je fais un parallèle avec Picasso : quand une forme bizarre est peinte par Picasso, on la trouve sublime ou enrichissante. C'est une simple question de perspective.
Je souhaite que les spectateurs s'interrogent sur les injonctions de la société. On cherche de plus en plus à nous conformer à une norme, à faire de nous des consommateurs standards et rentables. Le cinéma doit libérer les esprits pour qu'on ne se laisse pas imposer cette norme capitaliste.
Vous êtes présente à Lisbonne dans le cadre du Festival du cinéma français. Quel est votre rapport avec le Portugal ?
Je suis venue à Lisbonne pour la première fois il y a une dizaine d'années en famille, et j'avais eu un véritable coup de cœur. Même si je ne parle pas portugais, j'ai été très frappée par la beauté de la culture, la splendeur de l'architecture et la lumière de la ville. C'est un choc culturel très positif.
Quelles sont vos recommandations ou vos endroits favoris à Lisbonne ?
Ce que j'aime par-dessus tout, c'est flâner dans les rues et admirer l'architecture portugaise, qui a un style unique, très différent de l'Espagne ou de l'Italie.
Côté gourmandise, je conseille d'éviter les endroits trop branchés ou gentrifiés pour privilégier les pâtisseries traditionnelles de quartier. J'adore cette authenticité.
Bande annonce :
Pour en savoir plus : https://festadocinemafrances.com/
















