AZULEJOS - Une tradition portugaise toujours bien vivante

Par Lepetitjournal Lisbonne | Publié le 17/01/2016 à 23:00 | Mis à jour le 18/01/2016 à 01:00

Les azulejos, ces petits carrés de céramique, sont une des traditions les plus connues du Portugal.  Beaucoup de touristes les prennent chaque jour en photo afin de collectionner les différents motifs qu'ils croisent dans la ville de Lisbonne et plus généralement dans tout le pays.

Une origine lointaine
On trouve, au départ, des azulejos en Espagne dès le 13e siècle. Cette technique a été importée par les Maures, elle était utilisée pour orner les murs des palais, les fontaines, les sols? Le mot azulejo vient d'ailleurs d'un mot arable "al zulaycha" ou "al zulaydj" et n'a donc aucun lien avec le mot "azul"  qui veut dire bleu en portugais. En Orient, cette technique était déjà attestée en Mésopotamie, dans l'Empire perse, dès le Ier millénaire avant J.-C, cependant elle s'est perdue au cours des siècles et ne réapparaîtra que plus tard. Cet art arrivera en Occident par l'Afrique du Nord et par l'Espagne, c'est-à-dire le long de ce que l'on appelle la "route de la faïence".

L'arrivée au Portugal
A l'époque, en Espagne on réalise des assemblages de carreaux émaillés (technique de "l'Alicatado"), à l'image des murs de l'Alhambra de Grenade. Les principales productions d'azulejos se trouvent alors à Séville, Toledo, Malaga et Valence. En 1498, le roi Manuel I est invité en Espagne par les rois Catholiques et découvre alors les azulejos dans les palais de Séville et Saragosse. Il décide d'importer cet art dans son pays et en 1503 il recouvre les murs de son palais à Sintra d´azulejos. A cette époque les motifs restent encore principalement géométriques, subissant l'influence de la culture musulmane.
Petit à petit les techniques évoluent afin de minimiser les coûts et faciliter la production. C'est ainsi que les procédés de corda seca (on peint directement sur les carreaux en séparant les couleurs avec un trait d'oxyde de manganèse mélangé à une huile) ou aresta (le dessin est imprimé sur le carreau et les arrêtes sont saillantes) sont inventés. (Photo : Procédé de corda seca)

L'influence de la majolique italienne
A la fin du 15e siècle et début du 16e siècle une technique révolutionnaire voit le jour en Italie : la majolique. Le peintre italien Francesco Niculoso va grandement contribuer à la diffusion de la majolique dans la péninsule Ibérique.(Photo : la majolique)

L'esthétique des azulejos se transforment complètement sous l´influence du style de la Renaissance : c'est l'apparition du style "italo-flamengo". Les couleurs et les motifs se diversifient. On représente des motifs avec l'azulejo de "padrão" d'inspiration florale ou géométrique mais aussi des scènes de chasse ou des tableaux religieux.

Après le grand tremblement de terre de Lisbonne en 1755, toute la ville est à reconstruire, l'artisanat fait place à l'industrialisation. La fabrique de Rato est mise à contribution, on simplifie les motifs afin de pouvoir les reproduire plus rapidement. C'est l' "zulejaria pombalina". Désormais moins chers et donc plus accessibles, les azulejos viennent recouvrir les façades des immeubles, des églises, des magasins mais ont les trouve aussi à l'intérieur des cafés et des maisons bourgeoises.
Au 17e siècle, l'influence orientale se fait sentir avec "l'azulejo fino" bleu kobalt et blanc, celui que l'on associe le plus au Portugal mais qui en réalité a été créé aux Pays-Bas et tient ses couleurs de la porcelaine chinoise !

L'azulejo des temps modernes
Au court du 19e siècle l'art de l'azulejo continue son essor, de nouvelles fabriques voient le jour à Porto, Aveiro et Lisbonne. L'art nouveau commence à apparaître un peu partout et va influencer la production d'azulejos. Le dessinateur et caricaturiste portugais Rafael Bordalo Pinheiro se lance dans la Céramique Artistique dans l'usine de Faïences de Caldas da Rainha et entame une production d'azulejos d'inspiration Art Nouveau. (Photo :Création de Rafael Bordalo Pinheiro)
En 1937, le peintre Paulo Ferreira présente le panneau ?Lisbonne aux milles couleurs? dans le pavillon du Portugal de l'Exposition Internationale de Paris. Mais c'est l´illustrateur Jorge Barradas qui sera pionnier de la modernisation de la Céramique artistique au Portugal. De nos jours, On retrouve cet art dans des contextes les plus diverses. Des stations de métro, en passant par la Casa da Mùsica de Porto, l'Oceanário de Lisbonne, ou le long de l'avenida Infante Santo et de l'avenida de Ceuta, on peut admirer les oeuvres des artistes contemporains tels que Maria Keil, Manuel Cargaleiro (qui a notamment décoré la station de métro Champs Elysées Clemenceau à Paris), Querubim Lapa, Eduardo Nery, João Abel Manta, Ivan Chermayeff?

La technique de l´azulejo est un véritable art. Aujourd´hui l´azulejo fait partie de la culture portugaise et raconte l´histoire du pays au passé, au présent tout en se projetant dans l´avenir.


Charlène Dief (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) lundi 18 janvier 2016
cdief37@gmail.com


Sources
www.azulejos.fr
http://www.universalis.fr/encyclopedie/azulejos/1-origine-et-diffusion-des-azulejos/
www.museudoazulejo.pt

(Photo : Station de métro Restauradores)

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Maria Sobral

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