Dimanche 11 avril 2021

La bataille silencieuse des défenseurs de l’environnement

Par Guillaume FLOR | Publié le 05/06/2020 à 12:00 | Mis à jour le 05/06/2020 à 12:00
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En cette journée internationale de l’environnement, rendons hommage aux membres du Comité de gestion de la Réserve Nationale de Tambopata qui au péril de leur vie défendent l’Amazonie péruvienne.

Qu’est-ce qui pousse une personne à risquer jusqu’à sa vie ou même celle des membres de sa famille pour protéger une terre qui parfois ne l’a même pas vu naître ? C’est à cette question que répond le livre « Défenseurs de l’environnement » (Defensores ambientales) à travers cinq histoires d’hommes et de femmes qui sont entrés en guerre contre l’exploitation minière illégale en Amazonie.

« Défenseurs de l’environnement » est une publication, soutenue par la Société Péruvienne du Droit de l’Environnement (SPDA), qui cherche à faire reconnaitre l’action des défenseurs de la nature et ainsi assurer leur protection. En effet, une exploitation minière illégale qui continue, c’est de la pollution mais aussi des menaces envers les protecteurs de la forêt qui ne s’arrêtent pas.

L’auteur de ce livre, Jack Lo, est un journaliste péruvien qui dédie son travail aux conflits socio-environnementaux et aux communautés rurales de l’Amazonie et des Andes. Il explique que cette publication a pour objectif de générer de l’empathie pour que la nature et les gens de la ville se connectent : « L’être humain ne se sent pas comme faisant partie de la nature mais comme un être externe qui domine la nature ».

Des histoires de lutte !

Ce livre traite donc de la lutte dans laquelle s’est lancé le Comité de gestion de la Réserve Nationale de Tambopata contre l’exploitation minière illégale et qui est symbolisée par cinq histoires différentes.

Cinq histoires de cinq défenseurs de la nature qui donnent leur vie pour protéger l’Amazonie péruvienne, menacée par des mafias qui se montrent de plus en plus forte profitant de l’absence de l’État.

Un chasseur qui devient un grand défenseur de l’environnement, une professeure qui s’engage dans la protection de l’Amazonie ou encore un chercheur d’or qui abandonne la mine pour devenir conservateur. C’est aussi l’histoire de Víctor Zambrano, héros de la protection de la nature qui en 2016 reçoit le prix « National Geographic » des leadeurs de la conservation environnementale. Il est maintenant à la tête du Comité de gestion de la Réserve Nationale de Tambopata. Jack Lo nous rappelle que « ce sont des personnes comme nous. La différence réside dans le fait qu’ils ont décidé de donner leur vie à la forêt ».

« Les personnes qui protègent l’environnement souffrent ! »

« Donner leur vie à la forêt », au sens figuré et au sens propre puisque les personnes qui aiment la forêt sont en permanence menacées. « Combien de fois ils ont dû se cacher des mineurs illégaux, s’échapper et disparaître un temps parce qu’ils les cherchent. Certains assassinés dans leurs maisons, il y a quelques années sans que jusqu’à aujourd’hui aucun coupable n’ait été trouvé. Personne ne dit rien. Les représentants de l’État sur place sont rapidement corrompus. Il n’y a pas de règles. C’est devenu la terre de personne ! Un grand vide dont profite l’exploitation minière illégale. La forêt est un lieu qui a besoin d’une plus grande attention de nous tous, d’où le livre, ainsi que de la classe politique. Celle-ci doit être plus attentive parce que lamentablement sans politique de protection des forêts, sans politique plus drastique contre l’illégalité, des gens vont continuer à mourir à coup de fusils ou de machettes » nous explique Jack Lo.

En 2017, la province de Tambopata a connu le plus fort taux d’homicides du Pérou, 29,5 pour 100.000 habitants, selon l’Institut National de Statistique et d’Informatique du Pérou (INEI).

« J’espère que tout ceci (crise du Covid-19) sera un séisme dans la tête de ceux qui nous gouvernent mais aussi de la société pour que celle-ci soit en capacité de mettre la pression pour arriver à un changement. Si la société ne parle pas, la politique ne fait que ce qu’elle veut ».

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La lutte des défenseurs de l’environnement pendant la pandémie

Si les mesures prises contre le Covid-19 n’ont pas été un frein pour les activités comme l’exploitation minière illégale, elles ont clairement affecté l’action des défenseurs de l’environnement de la Réserve nationale de Tambopata. En effet tout comme des millions de péruviens, ils souffrent de l’isolement obligatoire, de l’impact économique de la crise et de la rareté des aliments.

En effet, Víctor Zambrano remarque que la restriction de circulation a eu des conséquences directes sur l’accès aux produits alimentaires : « Nous sommes perplexes, sans moyens ni ressources pour survivre, il manque peu pour que nous n’ayons plus rien, c’est une question préoccupante ».

L’autre difficulté est l’accès très compliquée à l’aide financière apportée par l’État. « Le confinement a laissé beaucoup de gens sans rien. N’ayant plus d’argent, certains sont allés chercher du travail auprès des exploitants miniers. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé de l’aide pour que l’on nous envoie des paniers de nourriture ».

En réponse à cet appel à l’aide, c’est le Service National des Zones Naturelles Protégées (Sernanp) qui a mis en place un soutien pour les membres du Comité de gestion de la Réserve à travers la livraison de vivres et de matériel de protection, continuant ainsi une collaboration qui n’est pas nouvelle avec les citoyens qui luttent pour la défense des forêts de l’Amazonie.

Car pendant ce temps-là, l’exploitation minière illégale ne s’est pas arrêtée. Elle profite même de la baisse de la circulation dans la zone et continue de mettre la pression. Le 20 mars, quatre jours après la mise en place de l’état d’urgence au Pérou, dans cette même zone de Tambopata, une fusillade a eu lieu entre militaires et un groupe de miniers provoquant la mort d’un minier. Il y a actuellement plus de 400 gardes forestiers du Sernanp en activité au niveau national dont 35 sont mobilisés sur Tambopata pour réaliser des patrouilles dissuasives.

« Un prix plus fort de l’or, c’est également l’exploitation minière illégale qui augmente »

Dans ce contexte de crise lié au coronavirus, la rentabilité de l’or augmente tous les jours. Le journaliste César Ipenza, spécialiste des questions environnementales, indiquait récemment dans une publication dans « Ojo Público » que le prix de l’or dans cette région dépassait désormais les 1.700 dollars US alors qu’il tournait habituellement autour de 1.500 dollars US. « La situation est complexe et préoccupante, puisqu’avec un prix plus fort de l’or, c’est également l’exploitation minière illégale qui augmente, ce qui non seulement détruit les écosystèmes mais affecte aussi la santé publique ». Une vision qui est partagée par Víctor Zambrano qui assure que l’élévation du prix de l’or a bien augmenté l’activité de l’exploitation minière illégale dans la région. 

Par la voix de sa coordinatrice régionale, Luisa Ríos, la Société Péruvienne du Droit Environnemental insiste sur le fait que l’aide de l’État apportée aux péruviens pour lutter contre la crise sanitaire doit se faire en parallèle aux actions qui garantissent la sécurité des défenseurs de l’environnement. « Le but est de s’assurer que les mesures prises pendant l’état d’urgence n’augmentent pas les risques auxquels se confrontent les défenseurs de l’environnement ».

 

La version numérique du livre « Défenseurs de l’environnement » est accessible gratuitement en ligne.

Pour acheter le livre physique, il suffit de se rendre sur la page Facebook de la Société Péruvienne du Droit de l’Environnement (SPDA).

L’intégralité des fonds récoltés par la vente de ce livre sera reversée directement au Comité de gestion de la Réserve nationale de Tambopata pour continuer la lutte contre les activités destructrices et pour récupérer ce qui a été perdu.

 

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Guillaume FLOR

Responsable de l'Édition Lepetitjournal.com de Lima au Pérou. Diplômé en Sciences de l'Information et de la Communication. Depuis plus de 20 ans hors de France : Mexique, Canada, Equateur, Costa Rica, Colombie, Brésil, Espagne et Pérou.
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