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Journée des enseignants « virtuels »

Par Guillaume FLOR | Publié le 06/07/2020 à 12:00 | Mis à jour le 06/07/2020 à 12:00
Journée Professeur Pérou

Le 6 juillet est la date choisie au Pérou pour rendre hommage aux professeurs. Hugo Plas, enseignant au Lycée français de Lima, nous apporte son témoignage à l’heure de l’enseignement à distance.

 

La journée des professeurs est une date bien enracinée dans le calendrier péruvien. Mais pourquoi cette date du 6 Juillet, alors qu’au niveau mondial c’est le 5 octobre qui célèbre les enseignants ? Il faut remonter à l’époque de l’indépendance du Pérou. Voulant lutter contre l’analphabétisme, le libérateur de la domination espagnole, José de San Martín a ordonné le 6 juillet 1822 la construction de la première école normale au Pérou. C’est ensuite en 1953 que cette date deviendra la date de commémoration dédiée à toutes celles et à tous ceux qui s’engagent au Pérou dans la formation et l’éducation des générations futures.

En cette année 2020, dans le contexte actuel d’une crise sanitaire mondiale qui a obligé le Gouvernement péruvien a fermé toutes les écoles dès le 11 mars, avant même le début du confinement, cette journée hommage à tous les professeurs prend un tournant inédit. En effet, tous les enseignants du pays se retrouvent à exercer leur métier depuis chez eux, sans savoir jusqu’à quand. Il n’existe toujours pas de date prévue pour le retour à l’école. Il est d’ailleurs de plus en plus admis que ce retour en classe ne se fera pas avant le début de la prochaine année scolaire en 2021.

En attendant, comment les professeurs vivent-ils cette situation de l’enseignement à distance ? Nous sommes allés poser la question à l’un d’entre eux. Hugo Plas est un Français de 29 ans, arrivé au Pérou il y a 6 ans, qui enseigne à une classe de CM2 au Collège Franco-Péruvien de Lima.

 

« Bizarrement, ça se passe plutôt bien en fait, c’est assez surprenant »

« C’est la première année que j’enseigne à des CM2. Avant, cette première expérience en primaire, j’ai enseigné trois ans à l’Université (UPC et PUCP), principalement la géographie et un peu de relation internationale. En France, je voulais être professeur à l’éducation nationale mais la vie a fait que je suis arrivé au Pérou. Et avec l’opportunité de ce poste au Collège Franco-Péruvien où mon fils est d’ailleurs scolarisé, j’ai profité de l’occasion. Je voulais simplement changer ».

« Ce que j’aimais le moins à l’Université, c’est qu’on ne voit pas beaucoup les étudiants. On change d’élèves tous les cinq mois. On a six classes en même temps qu’on ne voit que deux heures par semaines. Je donnais des cours qui étaient pour la moitié en présentiel et l’autre déjà en virtuel. Donc, j’étais content avec le primaire de connaître autre chose ».

« Alors, c’est plutôt rigolo de se retrouver à faire à distance ma première année en primaire. Le contact avec les élèves n’est pas aussi important de manière virtuelle que si je les avais en classe, c’est vrai que c’est un peu dommage, mais dans l’absolu, je suis plutôt très content pour l’instant malgré les conditions ».

« Ça s’est très bien passé au début de l’année et ensuite, il y a eu le confinement et comme tout le monde, je ne savais pas du tout combien de temps ça allait durer et comment nous allions préparer les cours. Je n’imaginais pas qu’il était possible d’avoir des bons cours avec des élèves de CM2 comme ça, je pensais que ça allait être compliqué ».

 

« Si on m’avait demandé il y a cinq mois si c’était possible, j’aurai dit que non »

« Au début, je ne savais tout simplement pas quoi offrir aux élèves. Pour être honnête, je n’étais pas préparé à ça… J’ai la chance d’avoir deux très bons collègues en CM2, Laurent et Philippe, on forme une équipe, on travaille les trois ensemble, c’est une politique du Collège. Le fait d’être habitué à ce travail en commun déjà en présentiel, on a évidemment continué avec les classes virtuelles. On se réunit tous les week-ends on s’aide pour trouver des pistes de travail sur Internet ou pour préparer du matériel pédagogique. Donc, on trouve des idées et petit à petit, on a trouvé des choses qui fonctionnent ».

« Pour moi, avec du recul, ça a marché ! Les programmes avancent, on est dans les temps, les élèves se connectent, ils participent, ils ont l’air content de se connecter, on a des débats en classe, ils m’envoient leurs devoirs... Aujourd’hui, nous avons par exemple aborder le thème de la démocratie, on a parlé pendant une demi-heure avec les élèves et ça marche bien, je suis agréablement surpris ».

 

Avec les cours à distance, certains élèves ne se retrouvent-ils pas en difficulté ?

« La plupart des enfants arrivent à gérer ça tout seul, donc je suis plutôt content. Mais une des limites, c’est l’inégalité qui existe à la maison entre les enfants : entre ceux qui peuvent gérer tout ça seul, ceux qui peuvent avoir l’aide de leurs parents, notamment pour l’aspect technique, comment on ouvre un fichier…ceux qui n’ont pas accès à cette aide. C’est un peu dommage ».

« Je pense qu’il y a aussi le stress. Les cours à distance stressent plus les enfants qu’en présentiel. Moi je vois du stress notamment avec les évaluations en ligne où quand il y a un problème de connexion par exemple, je vois certains enfants qui paniquent, qui en ont marre, qui se stressent… ce n’est pas arrivé beaucoup de fois mais c’est un stress qui n’aurait pas existé en présentiel. Un problème technique frustre très rapidement, alors pour un enfant, ce n’est pas facile. C’est une nouvelle frustration qu’ils ne connaissaient pas ».

Des élèves décrocheurs ?

« J’avais effectivement deux enfants qui avaient des difficultés scolaires déjà en présentiel et qui au début des cours virtuels avaient un peu décroché, dans le sens où ils ne se connectaient pas très souvent ou s’ils étaient connectés, ils faisaient autre chose pendant le cours. J’avais deux élèves dans ce cas-là. J’ai donc écrit régulièrement aux parents pour faire le bilan de la semaine et avec les enfants, petit à petit, on a réussi à créer un dialogue qui fait que c’est de mieux en mieux. Ils sont de plus en plus présents, ils font leurs évaluations maintenant, il y a une véritable progression pour eux ».

« Pour certains élèves, le début a été très difficile, certains se sont dit qu’ils étaient tranquilles à la maison, personne ne me surveille derrière mon écran. Maintenant, on est complètement dans une routine autant pour moi que pour les élèves. L’adaptation a été plus dure pour certains que pour d’autres ».

 

Comment vous voyez le futur de cette année scolaire ?

« J’espère que cette situation finira vite malgré tous mes commentaires positifs. Rien ne remplace les cours en présentiel. Je ne sais pas jusqu’à quand les élèves arriveront à gérer tout ça. Mais pour l’instant, c’est plutôt positif ! Au début du confinement, j’imaginais quelque chose de pire. Ça fonctionne bien, c’est étonnant. Pour les apprentissages, on arrive à suivre le programme dans la plupart des matières. Alors si ça doit durer longtemps et bien on s’adaptera, ça marchera même si je crois que ce n’est pas aussi bien qu’en présentiel ».

 

Un message pour tes élèves ?

« Qu’ils continuent comme ça, avec cette dynamique qui est très bonne dans la classe. Je suis très content de mes élèves ! Très content de mon groupe ! »

 

Journée professeur Pérou Hugo Plas

 

Bonne journée à tous les professeurs du Pérou !

 

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guillaume flor

Guillaume FLOR

Responsable de l'Édition Lepetitjournal.com de Lima au Pérou. Diplômé en Sciences de l'Information et de la Communication. Depuis plus de 20 ans hors de France : Mexique, Canada, Equateur, Costa Rica, Colombie, Brésil, Espagne et Pérou.
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