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Le plus gros investissement de VINCI hors Europe se trouve au Pérou

Par Guillaume FLOR | Publié le 13/05/2021 à 08:00 | Mis à jour le 14/05/2021 à 15:06
Photo : @ Lima Expresa
Le plus gros investissement de VINCI hors Europe se trouve au Pérou

Laurent Cavrois, directeur général de Lima Expresa, la société concessionnaire qui est en charge des voies express “Via de Evitamiento” et “Linea Amarilla”, revient pour nous sur ce mégaprojet à Lima.

Représentant de VINCI Highway au Pérou, arrivé en décembre 2016 spécialement pour ce projet, Laurent Cavrois évoque un « très beau chantier » quand il parle de la construction de la voie express « Linea Amarilla ». C’est à ce jour le plus gros investissement unitaire français réalisé au Pérou, pour un montant de 1,5 milliard d'euros.

 

Le Pérou, un pays avec de fortes lacunes dans ses infrastructures

Quand on habite à Lima, ce n’est pas chose facile de partir en weekend avec sa voiture dans les Andes voisines. Bien que cela ne paraisse pas si loin, moins de 200 kilomètres séparent la capitale péruvienne de la « Sierra », l'accès y est en réalité très difficile.

« C'est très spécifique au Pérou parce qu’au Chili et en Argentine, ils ont développé des belles infrastructures, tout comme en Équateur où ils ont très bien travaillé, alors que le Pérou et la Bolivie sont deux pays avec un retard gigantesque » explique Laurent Cavrois.

« Et il n’y a pas que dans le transport, c'est aussi le cas pour les infrastructures sanitaires et hospitalières, le traitement des eaux, l’eau potable, les infrastructures éducatives... Le Pérou qui nous paraît un pays de revenus moyens dans la région, est en fait un pays qui a été très pauvre pendant très longtemps et qui a décollé il y a seulement une vingtaine d’années ».

« Le Pérou nous donne une image moderne avec les beaux quartiers de Lima qui ont bénéficié de la croissance, mais dès que l’on sort de ce Pérou privilégié, le reste du pays est vraiment très loin derrière. Sur le plan économique, il y a un véritable manque de capital investi que ce soit dans la pierre, dans l'asphalte ou dans des bâtiments publics. Un investissement qui n’est que très récent au Pérou. Pour remédier à cette situation, Fujimori a mis en place un modèle libéral qui laisse une grosse part à l'investissement privé, notamment à travers des programmes de concessions ».

 

VINCI linea amarilla lima
@ Lima Expresa

 

Des débuts compliqués pour VINCI au Pérou

Comme beaucoup de groupes européens et de la région dont le Brésil, VINCI s’est intéressé à ces opportunités de « business ». Fin 2016, le groupe français a racheté une société qui avait gagné un appel d'offre lancé par la Municipalité de Lima en 2009.

« Mais dès le départ, la situation s'est avérée beaucoup plus compliquée que prévu. Tout d’abord à cause du phénomène naturel « El Niño », une véritable catastrophe climatique en 2017 qui a provoqué des débordements très importants de la rivière Rimac et de gros dégâts sur nos premiers chantiers ».

« Et puis quasiment en même temps, explosent au Pérou les répercutions du scandale de corruption brésilien mis à jour par l’opération « lava jato » (lavage express). Avec le projet que nous avons racheté, nous étions les troisièmes propriétaires du contrat de la « Linea Amarilla » qui avait été dans un premier temps aux mains d’une entreprise brésilienne. Nous nous sommes alors retrouvés dans un contexte compliqué avec des problèmes politiques assez importants. Si VINCI n’a jamais été directement attaqué, nous subissons encore le passif de la société que nous avons rachetée avec l’image d’un projet qui est né dans des conditions controversées ».

 

« La Linea Amarilla, un projet gigantesque et une aventure technique très intéressante »

Tout commence dans les années 50-60 avec la volonté de créer un nouvel axe de circulation pour contourner la panaméricaine, dans une capitale qui devient de plus en plus grande, ce sera la voie express « Via Evitamiento ». Dans les années 80, un péage y est installé, qui par la suite, via une privatisation, a permis de financer une nouvelle route appelée la « Linea Amarilla ».

« Transférer les revenus des péages existants sur « Evitamiento » vers une structure privée et lui confier la construction d'un autre axe pour désengorger le centre-ville, allant du sud-est de Lima vers l'aéroport et le port qui représentent à eux deux le poumon logistique du pays, puisqu’ils concentrent 70% des importations-exportations du Pérou, c'était un projet assez gigantesque ».

« En 2016, VINCI reprend donc ce projet qui était abandonné et termine les travaux arrêtés depuis un an. Nous avons mis deux ans pour finir la construction et mettre l’axe en service. Maintenant, nous gérons la phase d'opération ».

« Ce qui est très intéressant dans ce projet, c'est la prouesse technique parce que c'est la première fois au Pérou qu’un tunnel routier aussi long est mis en service. Ce tunnel qui fait deux kilomètres et qui passe sous la rivière Rimac, est le plus grand du Pérou. Comme le centre-ville de Lima, notamment le quartier où se trouve le palais présidentiel, est une zone protégée par l'UNESCO, il n’y avait pas la possibilité de construire un viaduc, il fallait donc passer sous terre ».

« Quand nous reprenons la concession, le tunnel était construit en génie civil, c’était une tranchée couverte, c’est-à-dire que la rivière a été déviée pour creuser et ensuite faire couler des murs. C'est la technique utilisée quand ce n'est pas très profond. Mais pour ce qui n'était pas construit, les ingénieurs de VINCI ont tout retravaillé parce que la boîte était faite, mais le plus dur, c'était surtout la mise en place de tout l'équipement technologique pour respecter les normes internationales, notamment en termes de maitrise du risque incendie ».

 

VINCI linea amarilla lima
@ Lima Expresa

 

Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur votre activité ?

« En avril 2020, le Pérou a été le pays qui a mis en place les mesures les plus strictes en termes de restriction de mobilité, ce qui s'est ressenti dans les péages des autoroutes. Nos recettes sont très vite tombées à 20% de la normale et ça a duré jusqu'au mois de juillet. En 2020, nous avons donc connu une grosse dépression avec une moyenne sur l’année à moins 30% et aujourd'hui, nous sommes à moins 15% de trafic par rapport à 2019 ».

« Il est difficile de prévoir une telle crise. Un investissement est un pari sur le long terme, un pari sur le trafic autoroutier qui est très lié à la croissance économique d’un pays. C'est également un monde qui est difficile politiquement, et c’est la même chose dans tous les pays du monde, les gens voient la construction des projets mais ils ont du mal à comprendre qu’il faut continuer à payer des péages vingt ans après la pose de la dernière pierre ».

 

Avez-vous d’autres projets en prévision ?

« Il faut qu'il y ait des appels d'offre pour pouvoir y répondre. Donc, nous attendons que l'État péruvien formule des projets. Nous dépendons beaucoup de la capacité de l'État qui est aujourd'hui très affaiblie pour formuler des projets. Nous sommes donc dans l'attente des futures élections présidentielles, de la nouvelle équipe gouvernementale et de leurs projets ».

« Il y a malgré tout, deux projets intéressants pour le futur dans les cartons du ministère des transports. Le premier, « Anillo Vial Periférico » est une sorte de A86, un deuxième périphérique, un arc de cercle mais 10 kilomètres plus loin. Et puis un autre gros projet très important pour le pays, auquel nous pourrons nous intéresser, c’est l’accès au port de Callao qui est à peine connecté. Nous préparons des propositions… »

 

VINCI linea amarilla lima
@ Lima Expresa

 

guillaume flor

Guillaume FLOR

Responsable de l'Édition Lepetitjournal.com de Lima au Pérou. Diplômé en Sciences de l'Information et de la Communication. Depuis plus de 20 ans hors de France : Mexique, Canada, Equateur, Costa Rica, Colombie, Brésil, Espagne et Pérou.
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