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Appauvrissement inexorable des Péruviens

Par Guillaume FLOR | Publié le 16/10/2020 à 08:00 | Mis à jour le 19/10/2020 à 10:25
Photo : © GFLOR
pauvreté pérou covid-19

Comme beaucoup d’autres pays dans le Monde, le Pérou est gravement touché par la crise économique engendrée par la pandémie du Covid-19 avec une augmentation de la pauvreté et des inégalités.

Selon un scénario de base, les estimations de la Banque Mondiale montrent que la contraction de l’économie mondiale due à la pandémie de COVID-19 fera basculer 71 millions de personnes dans l'extrême pauvreté (sous le seuil international de 1,90 dollar par jour). Avec le scénario pessimiste, ce chiffre s'élèverait à 100 millions de personnes. Ce qui fera de 2020, la première année depuis 1998 à voir de nouveau l’augmentation des taux de pauvreté dans le monde.

Selon une étude conjointe de l'ONG « Save the Children » et de l'agence onusienne UNICEF, les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19 pourraient pousser jusqu'à 16 millions d'enfants supplémentaires dans la pauvreté d'ici la fin de l'année 2020 en Amérique latine / Caraïbes.

En ce qui concerne le Pérou, la pauvreté monétaire atteindra à la fin de l’année les 28,5% selon les projections de la Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL), soit une augmentation de 9,3% et la pauvreté extrême sera même doublée, passant de 3,7% à 7,6%.  Une situation qui ramène le Pérou dix ans en arrière dans sa lutte contre la pauvreté.

 

L’impact de la pandémie sur la population la plus vulnérable

À cause de la pandémie, beaucoup de familles qui étaient sorties de la pauvreté (grâce à la croissance économique de cette dernière décennie), y retombe maintenant. Alors que le Pérou était fier d’avoir réussi à faire baisser la pauvreté dans le pays et était même devenu un exemple dans la réduction de la dénutrition chronique infantile, c’est un véritable choc que de voir ces familles retourner à l’état de pauvreté dont il est si difficile de sortir. Le Pérou avait bien réduit la pauvreté mais les foyers les plus pauvres n’ont pas cessé d’être vulnérables et la crise vient malheureusement le rappeler.

En effet derrière les chiffres, on retrouve des millions de péruviens en situation de grande vulnérabilité. La situation pour ces foyers en situation d’extrême pauvreté, c’est tout simplement d’être en incapacité de satisfaire leurs besoins les plus basiques comme l’alimentation. Pour beaucoup de ces familles, le travail se trouve dans le secteur informel. Or, un travailleur informel qui perd son travail parce son employeur a arrêté son activité, se retrouve sans rien, ni personne pour l’aider. Il ne peut pas en appeler à l’État puisqu’il fait partie de l’économie souterraine.

 

Pauvreté et inclusion financière

L’inclusion financière est un élément clé de l’inclusion sociale, particulièrement utile pour combattre la pauvreté. Dans le monde entier, les Gouvernements utilisent les transferts monétaires comme moyen d’aide pour atténuer les effets de la crise. Cependant, cette mesure est limitée au Pérou par le faible taux d’inclusion financière qui existe dans le pays. Selon l’organisme chargé de la régulation et de la supervision des systèmes financiers au Pérou (« Superintendencia de Banca, Seguros y AFP »), en 2019, seulement 40% des péruviens adultes possèdent un compte bancaire, ce qui rend difficile pour l’État de délivrer rapidement l’aide économique par des programmes sociaux.

L’objectif pour l’État péruvien est d’éviter que les effets de la crise deviennent permanents pour ces familles. Donc, le premier grand défi des autorités politiques a été d’identifier toutes ces familles qui sont retombées dans la pauvreté, pour ensuite pouvoir trouver les moyens de les aider à travers des programmes sociaux. Mais comme la récupération économique va être lente, et que le Pérou est dans l’impossibilité d’assurer une rente universelle, l’État a misé sur un système de bons temporaires et focalisés sur certains groupes sociaux.

 

Les jeunes de 14 à 24 ans souffrent également beaucoup de la crise

Le risque est grand pour le Pérou de se retrouver avec une génération perdue, alors que plus d’un demi-million de ces jeunes ont perdu leur emploi pendant le confinement dans la région métropolitaine de Lima et que beaucoup ont également dû abandonner leurs études. Des jeunes qui ne peuvent ni étudier ni travailler et qui pourraient atteindre le chiffre accablant de 2 millions l’année prochaine.

Conférence en ligne, intitulée « L’impact du Covid-19 sur la pauvreté et l’inégalité de la jeunesse au Pérou : un regard intégral », organisé par UNICEF et la Banque Mondiale, le 15 octobre 2020.

 

Le 17 octobre : journée mondiale pour l’éradication de la pauvreté

Le 17 octobre est l'occasion de mettre l’accent sur les efforts entrepris en vue d’éliminer la pauvreté ou les luttes que mènent celles et ceux qui vivent dans la pauvreté ; la journée permet à ces populations de faire entendre leur voix et offre un temps de réflexion pour reconnaître que les pauvres sont les premiers à lutter contre la pauvreté.

La célébration de la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté remonte au 17 octobre 1987. Ce jour-là, une centaine de milliers de personnes se sont rassemblées au Palais du Trocadéro à Paris, où l’Assemblée générale des Nations Unies adopta en 1948 la Déclaration universelle des droits de l'homme. Ce rassemblement était destiné à rendre hommage aux victimes de l'extrême pauvreté, de la violence et de la faim. Des militants de tous les pays ont ainsi réaffirmé que la pauvreté était une violation des droits de l'homme et qu’une action commune devait être menée pour faire en sorte que ces droits soient respectés.

 

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Guillaume FLOR

Responsable de l'Édition Lepetitjournal.com de Lima au Pérou. Diplômé en Sciences de l'Information et de la Communication. Depuis plus de 20 ans hors de France : Mexique, Canada, Equateur, Costa Rica, Colombie, Brésil, Espagne et Pérou.
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