SOCIAL - La guerre du pain en Egypte

Par Lepetitjournal Le Caire | Publié le 27/03/2008 à 01:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 11:31

Des dizaines de blessés et quelques morts… Tel fut le bilan d'une semaine de bataille devant les boulangeries. La pénurie est de plus en plus grave et les gens sont prêts à se sacrifier pour une galette de pain

Perrine, habitante du quartier d'Abdeen au Caire depuis 4 mois, se réveille contrainte et forcée tous les jours vers six heures, quand le réveil sonne. Son "réveil"n'est autre que les clients qui font la queue devant le four à pain "baladi"(pain subventionné par l'Etat) en bas de chez elle dès le lever du soleil. Des files d'attente composées de dizaines d'hommes et de femmes qui se bousculent et râlent pour que personne ne prenne leur tour.
Cette boulangerie, et les autres fours à pain soutenus par l'Etat, étaient beaucoup moins fréquentés il y a quelques mois. Vu la qualité très basse du pain de la plupart de ces fours, leur clientèle était composée de restaurants, de consommateurs très pauvres et de femmes qui achètent ce pain pour nourrir les poules qu'elles élèvent sur leurs toits. La classe moyenne consommant plutôt du pain non subventionné, de bonne qualité, qui coûtait 15 à 25 piastres, soit 3 à 5 fois plus cher. La galette subventionnée pèse 130g et coûte 5 piastres.

Mais tout a changé ces derniers mois.
Le prix de la farine a doublé, sinon triplé en quelques semaines, à cause de l'augmentation mondiale. Son prix, entraînant une hausse identique sur le prix du pain non subventionné, représente un fardeau sur les budgets déjà serrés des foyers. La famille d'Ayman (étudiant à la faculté d'ingénierie), qui comprend 4 fils et leurs parents, consacre aujourd'hui 15 LE (1 Euro = 8,5 LE) par jour pour le pain, soit par mois 15% du revenu mensuel de sa famille. Un luxe dont tout le monde ne dispose pas, la plupart des foyers en Egypte vivant avec moins de 600 LE par mois.
A Mounira, un quartier de classe moyenne au centre ville, les files devant les boulangeries sont aussi longues. Les gens font la queue pendant des heures pour avoir 20 galettes car les fours refusent de leur en donner plus. Sur un trottoir pas loin du four se met un vendeur de pain non subventionné, devant ses petites galettes en attendant les acheteurs. Une attente dont le résultat n'est pas sûr. "Avant quand le pain était meilleur en qualité et plus grand en taille, j'en vendais beaucoup plus. Mais les clients sont de moins en moins nombreux aujourd'hui parce que la galette est devenue moins bonne et moins grande du fait de la hausse du prix de la farine", déplore-t-il. La vendeuse de journaux qui se met à coté de lui n'a pas les moyens d'acheter son pain et envoie ses fils faire la queue devant les fours baladi.

Les économistes et les analystes mettent le gouvernement en garde contre un scénario "d'émeutes du pain", semblables à celles de janvier 1977. Pour mémoire, le gouvernement voulait réduire la subvention sur la farine, provoquant d'immenses manifestations. Face à cette révolte populaire que Sadate a appelée "l'Intifada des voleurs", le gouvernement, après avoir échoué à la réprimer, faisant au moins 70 morts, retira sa décision et rétablit la subvention, devenue désormais un problème empoisonnant les gouvernements successifs.
Moaaz ZOGAIMY (www.lepetitjournal.com – Le Caire) jeudi 27 mars 2008

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