« Cela tombe comme à Gravelotte » est une expression qui décrit bien les pluies torrentielles qui s’abattent actuellement sur Johannesburg. Mais d’où vient cette expression, et pourquoi ce nom bien de chez nous est connu aussi en Afrique du Sud ?
Tomber comme à Gravelotte
L’origine de cette expression provient de furieux combats qui se sont déroulés du 16 au 18 août 1870 dans une ville de Moselle qui porte ce nom. Les Français et les Prussiens ont livré une bataille acharnée au cours de laquelle les obus et les balles tombaient avec une intensité jamais vue.
Les témoins de cet évènement parlaient d’une « pluie d’acier ».

On dénombrera 20 000 victimes côté Prussien, et 12 000 côté Français. Cette hécatombe sera suivie par la capitulation de Bazaine, maréchal de France et commandant en chef de l’armée du Rhin, en octobre 1870, et par la chute du Second Empire.
L’expression « tomber comme à Gravelotte » est restée après la bataille pour désigner une situation où les choses ou les évènements tombent et se succèdent de façon intense. Et, par extension, elle est plus souvent utilisée pour décrire une pluie torrentielle. Comme celles de ce samedi.
Les noms français de lieux d'Afrique du Sud
Peu de gens le savent, mais la ville de Moselle a donné son nom à un petit village situé dans la province du Limpopo, en Afrique du Sud.

Gravelotte (Latitude : -23° 57' S / Longitude : 30° 37' E)
Ce n’est d’ailleurs pas le seul nom français donné à une localité ou à un lieu situé dans ce pays du bout du monde : Albertville, Bellevue et La Rochelle sont des faubourgs de Johannesburg.
L’article de Petrus Johannes NIENABER, “French place names in South Africa”, en cite un certain nombre dans plusieurs provinces. On retrouve Marseilles, Parys, Crécy, Fontainebleau dans le Free State ; Mouille Point à Capetown ; Metz, Lorraine, Calais, Bordeaux dans le Limpopo.
Il existe également une longue liste de domaines viticoles dont les noms sortent tout droit de l’Hexagone. Les connaisseurs se souviennent de leur séjour au Mont Rochelle, ou de leurs dégustations à L’Ormarin, La Provence, Cabrières ou Chamonix.
Le « Mont aux Sources », dans la chaîne du Drakensberg, fait partie des plus hauts sommets du pays avec ses 3050 m d’altitude.
Les Huguenots arrivés vers Fransshoek il y a 330 ans ont laissé quelques traces, bien qu’ils n’aient pas pu perpétuer la langue française.
Gravelotte, Limpopo, Afrique du Sud
Et puis il y aussi le fameux Gravelotte, un petit village minier dans le Limpopo, fondé en 1916.
Un vétéran prussien, survivant de la bataille, qui a pu passer entre les gouttes d’acier, est devenu pasteur missionnaire. Puis il s’est installé dans ce lieu d’Afrique du Sud, où il a créé une ferme à qui il a donné le triste nom du champ de bataille.
Un village s’est développé et a conservé le nom de la ferme d’origine.
L’un des hôtels/restaurant de la localité a perpétué le nom : Gravelotte Hôtel. Il bénéficie de l’attractivité de sa situation idéale : situé sur l’accès au parc Kruger, sur la route des panoramas, non loin du Blyde River Canyon. La région est riche en faune et en flore.
Gravelotte en elle-même n’est pas une destination touristique majeure, mais sa localisation en fait un bon point de départ pour explorer les alentours. On peut par exemple visiter, pas très loin, la chute de Berlin et la chute de Lisbon. Les mineurs, chercheurs d’or venus d’Europe, ont aussi donné le nom de leurs villes à ces cascades spectaculaires.
Nous pensions être au bout du monde, mais des lieux d’ici nous rappellent nos régions ou villes d’origine.
La pluie, à Johannesburg en été
Toute cette longue histoire pour finalement revenir aux constats d’Alain Samy qui expliquait doctement aux personnes qui se plaignaient des pluies de l’été dernier :
En décembre et janvier, c’est peut-être l’été, mais c’est aussi la saison des pluies. C’est pour cela qu’il pleut en ce moment.
Mais il reconnaît quand même que les pluies de cette année sont exceptionnellement abondantes et qu'il n'en n'a jamais vu tomber autant depuis 20 ans. Comme à Gravelotte, donc.
On pourrait aussi utiliser une autre expression guerrière datant du Moyen Age pour qualifier le temps qu'il fait en ce moment : " il pleut des hallebardes".
Cela se poursuivra dans les mois d'été à cause du phénomène climatique en cours, La Niña, qui se produit lorsque les températures de surface dans le centre et l'est de l'océan Pacifique deviennent plus froides que la normale. Ce qui affecte les schémas de vent et cause une augmentation des précipitations et des orages. Le Service Sud Africain de météorologie (SAWS) prévoit d'ailleurs des précipitations supérieures à la normale en décembre, janvier et février.

Graphique des précipitations moyennes à Johannesburg. ( Source : Climate Data.org)
Lepetitjournal.com /Johannesburg & Capetown
Pour vous abonner à la Newsletter : Newsletter
Pour nous suivre sur Facebook : Lepetitjournal.com de Johannesburg
Pour l'actualité, bons plans et évènements : https://lepetitjournal.com/johannesburg
Pour nous contacter : philippe.petit@lepetitjournal.com
Sur le même sujet







