Édition internationale

Johannesburg entre pénurie d’eau et coupures de courant

À Johannesburg, la crise de l’eau s’aggrave tandis que les coupures de courant intempestives perturbent également le quotidien. Les habitants font face à une situation préoccupante. Dans plusieurs quartiers du Gauteng, les habitants privés d’eau pendant des jours dénoncent les problèmes d’approvisionnement et les difficultés liées aux coupures de courant. Une double pénurie qui alimente colère et inquiétude.

Réparation réseau eau JohannesburgRéparation réseau eau Johannesburg
Écrit par Philippe Petit
Publié le 20 février 2026

A Johannesburg, les conversations des groupes de quartiers dans les applications de discussions abordent de plus en plus le sujet de la pénurie d’eau et des coupures d’électricité.

Certains ménages peuvent rester en effet plusieurs jours, voire plusieurs semaines d’affilée sans eau. Et même si les restrictions dans la distribution de courant, les fameux "load sheddings", sont actuellement moins fréquentes, c’est toujours un sujet récurrent dans les conversations, surtout à propos de pannes ou d’incidents imprévus.

 

La crise de l’eau s’aggrave

« Avez-vous aussi constaté une forte baisse de la pression d’eau ? » ou « Savez-vous quand l’eau va revenir ? » ou encore « il n’y a plus d’eau au robinet depuis plusieurs jours » sont des exemples de messages qui circulent sur ces réseaux de groupes de quartiers.

Les habitants tentent d’obtenir des éclaircissements, échangent des informations. On retrouve ce type de messages au milieu de ceux de la compagnie en charge de la distribution de l’eau qui égrène les « Notes d’alerte » aux clients pour signaler les incidents qui se multiplient.

 

Alerte pénurie d'eau

 

Parmi les plus inquiétants, le message sur « l’état du système » listant la situation des réservoirs et dans lequel la couleur rouge (niveau critique) domine. Ce n’est pas la quantité d’eau qui manque, surtout en cette période de pluie. C’est la déperdition de l’eau dans un réseau obsolète, avec des installations en mauvais état, qui est inquiétante. Cela représente 35% de la quantité d’eau envoyée dans le circuit de distribution qui n’arrive pas aux robinets. La pression démographique tend également à augmenter les besoins en eau.

Le problème de la fourniture d’eau aux habitants et aux entreprises de Johannesburg n’est pas récent. Mais les réactions deviennent plus vives et plus fréquentes au fil des coupures et des pénuries. Certains quartiers ne sont pas alimentés depuis des semaines. Des entreprises et des institutions (écoles, hôpitaux) voient leur activité gravement perturbée. La grogne monte, et les habitants expriment leur colère.

 

fuite d'eau Johannesburg

 

La question est remontée au plus haut niveau de l’État.

 

Mise en place d’un comité national de crise de l'eau

Dans son récent discours sur l’état de la nation, le président Ramaphosa a annoncé la mise en place d’un Comité national de crise de l’eau (National Water Crisis Committee), dont il prendra lui-même la tête.

Ce comité centralisera la coordination des efforts pour résoudre la crise de l’eau dans les villes en difficulté, déploiera des experts techniques et des ressources nationales dans les municipalités en tension et utilisera les pouvoirs constitutionnels et la législation sur les services de l’eau pour intervenir directement dans les zones où les autorités locales ne livrent pas ce service.

Le président a également annoncé des mesures à l’encontre des responsables des cités qui n’assurent pas la fourniture du précieux liquide aux habitants. Il a précisé que des poursuites pénales ont déjà été engagées contre 56 municipalités pour défaut de fourniture d’eau. Il a révélé enfin que 54 milliards de rands seraient affectées aux métropoles pour réformer leurs services d’eau, d’assainissement et d’électricité.

 

Les consommateurs cherchent des solutions alternatives, et les forages individuels se multiplient. On voit de plus en plus de panonceaux « Borehole water » sur les murs des propriétés des quartiers résidentiels.

 

Bore hole water

 

Ce qui pourrait créer des problèmes environnementaux à terme : baisse du niveau des réserves souterraines, perturbation des flux hydrologiques naturels et risques de contamination des nappes. Ou ils installent des citernes et des réservoirs pour amenuiser les risques de panne sèche.

Et cela exacerbe les inégalités entre les ménages aisés qui résolvent ainsi leur problème individuellement et les familles aux revenus faibles qui subissent les coupures.

 

Les aléas de la fourniture d’électricité

Après des années chaotiques, la production et la distribution du courant électrique semblent s’être améliorées. Les restrictions (load shedding) ont été moins nombreuses.

Mais les coupures ponctuelles n’ont pas disparu. Elles sont plutôt dues à des pannes techniques imprévues plutôt qu’à des coupures programmées. La question de l’état des réseaux de distribution est également présente. La production dépend d’un parc d’installations vieillissantes, constituées généralement de centrales au charbon, et peu efficaces du fait d’années de sous-investissement, notamment dans les sources d’énergie alternatives. Ces centrales hautement polluantes fournissent encore 70% de la production nationale.

 

Centrale electrique Afrique du Sud

 

Les réformes structurelles réorganisant Eskom, l’entité produisant l’électricité, et la promotion de l’investissement privé dans ce secteur permettront peut-être de trouver des solutions.

Les particuliers et les entreprises ont, dans ce domaine également, adopté des mesures individuelles en investissant dans le solaire. Cela a contribué à diminuer la demande au niveau du réseau central.

Selon l’agence Ecofin, « En Afrique du Sud, la transition énergétique se structure de plus en plus en dehors du périmètre public. »

La capacité de production solaire a augmenté de 223% entre 2019 et 2024.

 

Panneaux solaires

 

Paradoxalement, cette réorientation des consommateurs vers le solaire et les solutions alternatives contribue à réduire les recettes d’Eskom qui a vu ses ventes reculer de 3% en 2024, et à diminuer ses capacités de financement et d’investissement.

Certaines associations de propriétaires ont d’ailleurs constaté que des mesures prises récemment ont rendu plus complexe et plus encadré le processus de mise en place d’installations solaires individuelles et que des tarifications spéciales ont diminué l’avantage financier de ces installations.

 

Lepetitjournal.com /Johannesburg & Capetown        

 

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