

L'homme est discret mais lorsqu'il parle du thé son visage s'éclaire. Depuis 4 ans, après avoir travaillé dans la crevette ou les aliments pour animaux comme négociant, le Français Emmanuel Varieras a plongé dans le thé, comme s'il y été né. Il est aujourd'hui à la tête de l'entreprise Van Rees en Indonésie, une société néerlandaise de trading en thé qui a vu le jour il y a 200 ans, en 1819. Emmanuel nous a guidé sur le chemin du thé en Indonésie, nous a raconté son métier avec générosité et expliqué les détails d'un commerce qui s'il n'est pas stratégique pour les exportations indonésiennes n'en est pas moins traditionnel, depuis l'arrivée des planteurs du temps de la colonisation.
Mercredi matin, 10H, au coeur de Menteng, la bourse au thé. C'est aussi le coeur de la semaine pour le trader qu'est Emmanuel. La bourse au thé est un organisme d'Etat. Au même endroit se déroulent les enchères pour les autres « commodities » ou produits de base : le café, le cacao, l'huile de palme, le caoutchouc. Autant dire que le thé ne représente pas grand-chose au regard des autres flux.





Le travail d'Emmanuel ne s'arrête pas à un seul jeu de stratégie, amusant certes mais un peu stérile s'il n'était pas accompagné de la suite : « le thé change avec les saisons, et chaque semaine apporte son lot de surprises. Nous goutons donc les échantillons de chaque lot acheté le mercredi avant d'en confirmer l'ordre d'achat et les notons de 1 à 10. Nous buvons environ 200 tasses par jour. Et il n'y pas de routine, ça a du charme » énonce Emmanuel, tout sourire.
Négociant et testeur

Le Camellia Sinensis d'Assam, du nom scientifique du théier cultivé en Indonésie, supporte bien les pluies et les altitudes où il est cultivé, principalement dans la région de Bandung et de Sumatra. Malheureusement, les plantations d'états souffrent d'un manque d'investissements des usines et du vieillissement des plants qui ont souvent plus d'une centaine d'année, les autres commodities étant plus lucratives pour l'Indonésie. Néanmoins, le thé indonésien est encore de bonne qualité et la nouvelle directrice de la bourse d'Etat pousse les producteurs à réinvestir sur cette culture, dans les plantations et les usines.
Et comme « le thé n'arrête pas de nous en apprendre » ainsi qu'en conclut Emmanuel, on peut espérer qu'il a encore de beaux jours dans la culture indonésienne.
Si vous souhaitez en savoir plus sur les origines de la culture du thé en Indonésie et particulièrement dans la région de Bandung, précipitez-vous sur « Les Seigneurs du Thé » de Hella S. Haasse , édition POINTS. Voir résumé ci-dessous.
Amélie Heim (www.lepetitjournal.com/jakarta)
Crédit photos : Véronique Ouvrard et Lucie Pech
Les Seigneurs du Thé de Hella S. Haasse édité en poche chez Points. Nous sommes à la fin du XIXème siècle, la famille Kerkhoven a choisi de tenter l'aventure des Indes Néerlandaises et part vers l'Indonésie pour créer une plantation. Quelques années plus tard, ses études terminées et impatient de vivre la grande aventure, le fils ainé, Rudolf emmène sa jeune épouse sur les traces de son père en Indonésie et crée sa propre plantation de thé. Très documenté, le roman se lit facilement au gré des descriptions de Batavia, de la vie de la bourgeoisie néerlandaise dans ce pays si différent du leur, de la difficulté de vivre isolés de tout et de tous dans les montagnes autour de Bandung. On plonge également dans les relations entre planteurs et ouvriers indonésiens, les choix économiques et humains des chefs des plantations, les voyages difficiles entre Batavia, Bogor et Bandung, les débuts du chemin de fer. Pour qui vit en Indonésie aujourd'hui, ce roman est un incontournable et permet de découvrir une époque pas si lointaine.

