Mardi 26 octobre 2021
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Duta Fine arts, 35 ans dédiés à l'art et aux artistes en Indonésie

Par Valérie Pivon | Publié le 08/08/2021 à 21:30 | Mis à jour le 08/08/2021 à 21:30
Vue du jardin depuis la galerie Duta Fine Arts

C'est à la Duta Fine Arts Foundation (Duta veut dire ambassade) installée au sud de Jakarta que Didier Hamel nous a donné rendez-vous. Son architecture toute méditerranéenne et son jardin luxuriant s’intègrent parfaitement dans le quartier. Didier est arrivé en Indonésie il y a 49 ans ; il nous raconte son parcours et sa vie dédiée à l’art et aux artistes qui ont su peindre et capter l’âme de ce pays.

Un parcours d’artiste aventurier


Didier Hamel est né en Bourgogne, enfance heureuse, un rien turbulent, il était destiné à reprendre l’entreprise familiale, mais très jeune il développe de réels talents de dessinateur. Le service militaire sera pour lui sa première approche de l’Asie à travers de longues discussions avec les sous-officiers et officiers, anciens d’Indochine. Après avoir travaillé un an en tant que directeur des ventes dans une concession d’automobiles de luxe, il part avec son pécule direction l’Orient. Ce sera l’Egypte, la Thaïlande, la Malaisie, Singapour et enfin l’Indonésie par Medan : « mon père fumait des cigares hollandais dont le tabac venait de plantations de Sumatra. J’ai donc voulu voir cette île ». Il peint, sculpte et vit de la vente de ses tableaux. C’est un acheteur qui ne pouvait s’offrir une de ses œuvres qui lui offre un ticket de paquebot « Medan – Jakarta ». Il arrive à Jakarta en 1971 : «à cette époque, c’était encore une très jolie ville avec encore une certaine ambiance des années 30. ».

Didier Hamel ouvre en 1983 « OET’S », une première galerie de peintures dans le quartier de Blok M au sud de Jakarta. « C’était un quartier chic, aéré, avec de beaux jardins, il y avait seulement quelques Toko et beaucoup de couturiers. Il n’y avait encore aucune galerie d’art privée en Indonésie, et à cette époque, les peintres, peu nombreux, exposaient au centre culturel Ismail Marzuki, ou dans des espaces mal appropriés pour l’art. Le marché de l’art était à ses tout premiers débuts ». Puis en 1986, un passionné d’art, Wiwoho Basuki, le contacte et ils fondent ensemble la Duta Fine Arts Foundation à Kemang. « Kemang en 1989, ce n’était que des rizières et des plantations d’arbres fruitiers. Il fallait seulement 5 minutes pour se rendre à Blok M pour déjeuner ».

La galerie profite de l’essor économique du pays, les artistes sont mis en avant, des expositions sont organisées tous les mois : des expositions historiques, des expositions d’artistes étrangers ayant vécu en Indonésie, et bien sûr les nombreux talents indonésiens qui commencent à s’épanouir au fur et à mesure des années. Avec plus de 900 expositions, la galerie a participé ainsi à la découverte, la promotion et à l’émergence de nombreux artistes.
 
Recherche et mise en avant des artistes à travers la publication d’ouvrages

Couvertures des livres publiés par la galerie Duta Fine arts
Quelques livres publiés par la galerie



Didier continue de peindre surtout la nuit, mais en parallèle, il se lance dans la publication de livres d’art dès 1990, tous autour du thème d’un peintre et de son lien artistique avec l’Indonésie. Le premier livre concernant l’artiste Antonio Blanco fut la première biographie publiée à la gloire d’un peintre en Indonésie. « Je suis comme un détective, je vais à la recherche d’informations sur ces peintres. Il m'a fallu 9 ans pour écrire le livre sur Léa Lafugie, française venue en Indonésie en 1930 ». Une cinquante d’ouvrages sont à son actif comme le très intéressant « les artistes francophones inspirés par l’Indonésie » publié en 2000 par le Centre Culturel Français. « L’archipel a intéressé de nombreux artistes francophones à travers les siècles, certes moins que les artistes néerlandais, mais j’en ai répertorié plus de 270 ». Ses livres sont en vente à la fondation.

 49 ans en Indonésie se résumeraient par :

 «J’ai énormément voyagé en Indonésie ; des souvenirs bien sûr, j’en ai de nombreux :  je me souviens de Bali dans les années 70, c’était plutôt rudimentaire, pas d’électricité sauf à Denpasar. Je suis tombé en panne de BEMO entre Denpasar et Ubud, j’ai dû attendre 4 heures qu’un véhicule passe pour être dépanné. Mais l’Indonésie est un pays merveilleux, je n’ai pas vu le temps passer, ce pays est inépuisable, il faudrait plusieurs vies pour en faire le tour. Humainement et philosophiquement, j’ai beaucoup appris ici. De toutes les îles, j’’avoue avoir une préférence pour Java où les racines ancestrales n’ont jamais été effacées par la présence hollandaise et l’invasion de la civilisation occidentale. Les Indonésiens sont restés dans leur âme un peuple optimiste épris de liberté. On y trouve cette ambiance nulle part ailleurs. Mais désormais, avec l’âge, je voyage seulement à travers l’art ».

Il existe aujourd’hui à Jakarta une dizaine de galeries privées. Didier Hamel regrette que l’art soit devenu la victime de la spéculation, « néanmoins nous continuons à la Duta de développer une relation familiale avec nos artistes, mais hélas, les temps changent trop vite ».

Et la nouvelle génération ?

À la question, que pensez-vous de la nouvelle génération d’artistes ? Didier reconnaît qu’il y a une génération d’artistes créatifs et talentueux basés principalement à Yogyakarta. Il y a toujours de belles découvertes. « Dans l’art, il faut s’amuser et se faire plaisir, un tableau c’est une fenêtre spirituelle qui s’ouvre sur un autre monde».
 

Un écrin fait de moucharabieh pour une remarquable collection

Sur les 3500 m2, la Fondation a construit il y a une dizaine d’années un important bâtiment inspiré par l’architecture de l’Alhambra qui abrite une partie de la collection de la fondation amassée depuis plus de 40 ans. Le musée était resté privé, mais à la fin de l’épidémie de la covid, les deux partenaires le feront découvrir au public avec quelque 1,500 œuvres échelonnées sur plusieurs siècles, des œuvres des artistes qui ont été inspirés par l’archipel.

Tableaux de la galerie Duta Fine Arts



En cette période compliquée de pandémie, la galerie reste ouverte. « C’est avant tout un devoir moral pour notre personnel qui a besoin de travailler. Venir chaque jour à la Duta leur donne un but vital. Dans cette période où nous ne pouvons pas produire de grandes expositions, nous nous sommes donc lancés dans un inventaire très précis de nos collections afin de pouvoir prochainement en publier un livre ».
 

Adresse et contacts :

Duta Fine Arts Foundation - Jalan Kemang Utara 55A - Jakarta Sud

Tel :  799 02 26 – mail : dutafineartsjakarta@gmail.com

Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18 h. 

Grand parking gratuit et sécurisé.
 

 

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Valerie Pivon

Valérie Pivon

Expatriée depuis plus de 20 ans en Asie dont 15 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
1 Commentaire (s) Réagir
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Virginie lun 22/03/2021 - 02:54

Encore pour ce bel article qui nous fait voyager et rever! Par ces temps de pandemie la culture devient essentiel Et merci pour tous les liens apres l'article sur les artistes. On en aimerait encore plus.

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