Samedi 6 mars 2021

Coral Guardian : restaurer et protéger les récifs coralliens

Par Valérie Pivon | Publié le 17/01/2021 à 22:30 | Mis à jour le 18/01/2021 à 22:04
Photo : Récif restauré par Coral Guardian@Coco Tamlyn
coral guardian indonésie

Coral Guardian a pour objectif de redonner de la couleur à nos océans. Depuis 2012, l’association co-fondée par le français Martin Colognoli restaure et protège des récifs coralliens en Indonésie.

 

Quel est le point de départ de Coral Guardian ?

En 2010, Martin Colognoli, co-fondateur de l’association, arrive en Indonésie pour travailler dans une ferme d’élevage de poissons tropicaux. Il découvre les conditions néfastes d’élevage et leur impact sur les écosystèmes coralliens. Il décide de mettre en place un projet de conservation des récifs coralliens au travers d’un programme participatif “Adopte un corail” permettant à tout-un-chacun dans le monde de contribuer à la préservation de nos océans. L’association Coral Guardian voit le jour en 2012.

Quelles techniques avez-vous mises en place pour protéger le corail ?

coral guardian indonésie
Indonésie équipe transplantation@Martin Colognoli

Basés en Indonésie, les premières années, nous avons recherché et développé nos techniques au travers de différents programmes lancés aux alentours de Bali puis de Flores. Cordes, béton, pierres naturelles, nous avons fait de nombreuses expérimentations pour trouver le meilleur support pour nos coraux. Efficaces, légères et simples à fabriquer, nous savons maintenant comment créer des structures qui leur permettent de s’épanouir tout en étant le moins néfastes possible pour l’environnement.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est une barrière de corail, son importance, son impact et son rôle dans la vie marine ?

Un corail est un animal qui vit en symbiose avec une algue, la zooxanthelle. Les coraux bâtisseurs de récifs se trouvent pour la plupart dans les eaux tropicales et semi-tropicales.

Les récifs coralliens couvrent environ 1% de la surface des océans, mais abritent et protègent 25% de toute la biodiversité marine. 275 millions de personnes dans le monde dépendent des récifs coralliens directement pour vivre, que ce soit pour des raisons alimentaires, économiques ou comme protection côtière.

Quels sont les principaux dangers pour les récifs coralliens ?

Le dérèglement climatique et les dangers locaux menacent de faire disparaître entièrement les récifs coralliens. Si nous n’agissons pas rapidement, selon certains scientifiques, les coraux pourraient disparaitre d’ici 2050. 2 C° de réchauffement global est la limite à ne pas dépasser sous peine de condamner la totalité des récifs coralliens de la planète. 40 % des récifs coralliens et des mangroves ont disparu ces 40 dernières années.

Les déchets comme les hydrocarbures, les fertilisants, les eaux usées et les produits chimiques toxiques peuvent être relâchés directement en mer ou indirectement (via les fleuves). Ils provoquent un enrichissement en nutriments qui favorisent le développement des algues. La prolifération d’algues, qui colonisent les supports utilisés par les larves de coraux, affecte leur développement.

Dans certains pays, l’utilisation de bombes artisanales pour pêcher est désastreuse. Elle entraîne la destruction des récifs : il ne reste que des gravats, instables, rendant impossible la recolonisation par les larves de coraux. C’est aussi un problème social : les pêcheurs doivent aller plus loin (coût plus élevé) et prendre plus de risque pour trouver des poissons. Le cyanure de potassium détruit également toute vie dans les récifs. Celui-ci est utilisé pour prélever des espèces destinées au marché de l’aquariophilie ou de la restauration des pays asiatiques.

L’augmentation de la demande en poissons a abouti à la surpêche d’espèces récifales qui affecte l’équilibre écosystèmique des coraux. Par exemple, la surpêche des poissons herbivores peut conduire à des niveaux de croissance élevés d’algues qui asphyxient le corail en captant l’oxygène présent.

Dans la zone indo-pacifique, on parle du triangle de corail, pouvez-nous nous expliquer ?

Le triangle de corail est l’épicentre de la biodiversité marine dans le monde. L’épicentre de cette diversité corallienne se trouve dans la péninsule de Papouasie indonésienne. Il est fréquenté par la baleine bleue, les dauphins, les marsouins, et le dugong en voie de disparition. Il abrite 76% des espèces de coraux présentes sur la planète, ainsi que de nombreuses espèces marines. Il est donc impératif de préserver cette zone si nous voulons un océan en bonne santé.

Comment fonctionnent vos projets ?

Nous menons des actions de conservation marine participative en impliquant les populations locales, des actions de sensibilisation en impliquant la communauté internationale, et des actions scientifiques au travers du suivi biologique et social de nos zones de restauration.

Quels sont vos projets en Indonésie et comment évoluent-ils ? 

Notre projet pilote se situe autour de l’île d’Hatamin, près du parc national de Komodo en Indonésie. Depuis 2015, nous protégeons et restaurons les récifs coralliens de cette zone en étroite collaboration avec WES, une yayasan locale, qui comporte 8 salariés à plein temps dont des anciens pêcheurs. Depuis le début, 40.000 coraux ont été transplantés avec un retour de 30,2 fois plus de poissons en 4 ans. Nous avons également créé une aire marine protégée gouvernementale. Les récifs coralliens sont en bonne santé et, selon les données collectées par nos équipes, le nombre de poissons autour de la zone de restauration de récifs a augmenté de façon significative.

Cependant, nous faisons toujours face à plusieurs problèmes sur l’île d’Hatamin, notamment concernant la façon de sensibiliser les personnes visitant l’île, que ce soit les touristes qui touchent les coraux ou bien les bateaux qui ne respectent pas les zones de restauration. Il y a un travail d’information permanent à faire. Nos équipes locales apprennent aussi l’anglais car il est important de pouvoir communiquer avec les touristes.

Nous travaillons aussi avec le Ministère des Affaires Maritime et de la Pêche pour nous aider dans la protection de la zone.

Comment impliquez-vous la population locale ?

Pour nous, la restauration de récifs n’est pas une fin mais un moyen. Elle permet l’implication des populations locales pour leur permettre une meilleure compréhension du fonctionnement et de l’importance de leur milieu naturel. En prenant conscience de l’importance des récifs, les populations locales deviennent les premiers acteurs de leur protection. Ils s’approprient le projet de conservation permettant une gestion durable de celui-ci. 

Comment se finance votre association ?

coral guardian indonésie

Notre association est financée à 30% par des particuliers, notamment au travers de notre programme ‘Adopte un corail’, et à 70% par des entreprises que nous choisissons selon des critères environnementaux bien précis.

Des projets à venir ?

Nous venons de lancer un nouveau projet, S.O.S. Corals, cette fois-ci en Espagne. Celui-ci a été lancé au travers de notre formation Blue Center grâce à laquelle nous formons et collaborons avec l’association locale Equilibrio Marino. C’est le premier projet de conservation marine participative en mer Méditerranée. 

Le projet a pour but de lutter contre la pollution en Méditerranée. Nous avons pour mission de nettoyer les fonds marins, sensibiliser les communautés locales et les touristes, et de restaurer les fonds coralliens.

Nous sommes également en discussion avec d’autres associations dans le monde pour les accompagner dans leur projet.

Plus d'infos, consulter le site de Coral Guardian

Valerie Pivon

Valérie Pivon

Expatriée depuis plus de 20 ans en Asie dont 14 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
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