Claire Quillet " l’accès à l’eau est au centre du combat contre le virus "

Par Valérie Pivon | Publié le 02/01/2022 à 21:30 | Mis à jour le 03/01/2022 à 16:26
Claire Quillet TSB

Avec une expérience de plus de 20 ans à travers l’Indonésie dans le domaine de l’eau, de l’assainissement, de l’hygiène et forte de son expertise auprès de différents organismes tel que l’UNICEF, Claire Quillet décide de créer en 2016 son agence de conseils en matière de développement pour les entreprises. Retour sur le parcours d’une femme française entrepreneuse en Indonésie.

 

Claire, qu’est-ce qui vous a amenée en Indonésie ?

Je suis géologue de formation, et j’ai suivi également l’école BIOFORCE à Lyon qui forme les acteurs de la solidarité internationale en logistique humanitaire d’urgence. Je suis arrivée en Indonésie en 1999, en tant que spécialiste en eau et en assainissement, en situation d’urgence pour une mission de deux mois basée aux Moluques pour Médecins Sans Frontières. Puis, au gré de mes missions, je n’ai cessé de voyager à travers l’archipel pendant 10 ans : au Timor pendant la guerre, le tsunami d’Aceh, les tremblements de terre d’Alor, Padang ou Yogyakarta, travaillant auprès de différents organismes comme OXFAM et des ONG locales … Mariée à un Indonésien et maman de deux enfants, je me pose à Jakarta en 2008 où je rejoins le bureau de l’UNICEF pendant 8 ans. Ce sera pour moi une expérience enrichissante en plaidoyer auprès du gouvernement indonésien afin de faire évoluer les lois.

 

Qu’est-ce qui vous décide à créer votre propre société ?

À la fin de mon contrat, ne pouvant me résoudre à quitter mon pays d’adoption et connaissant les besoins énormes dans le domaine de l’eau, de l’assainissement et de la gestion des déchets, je me décide à créer en 2016 ma propre société de conseils afin de guider les sociétés privées indonésiennes et internationales dans le domaine du développement durable. J’ai eu la chance de rencontrer un business angel qui a cru en mon projet, il m’a permis de monter ma société et d’en être ainsi propriétaire majoritaire. Nous sommes aujourd’hui trois permanents à travailler au sein de Towards Sustainable Businesses et nous avons des partenariats avec plusieurs consultants suivant nos projets.

 

Quels sont les domaines d’action de Towards Sustainable Businesses, votre société ?

Les principaux domaines d’activités de TSB sont l’eau, l’assainissement et les déchets. Nous l’avons bien vu avec la crise du Covid, le lavage des mains est un des gestes barrières contre ce virus. La sensibilisation au lavage des mains, avoir accès à l’eau et au savon, c’est mon travail.

Aujourd’hui, plus de 21 millions d’Indonésiens n’ont pas accès aux toilettes, en moyenne 50% de la population ne se lave pas les mains dans les moments critiques. Tous les ans, environ 140.000 enfants indonésiens décèdent à cause de diarrhées liées à l’insalubrité. 

Les projets d’éducation, de défense de l’environnement, par exemple, ont été largement soutenus par les entreprises dans le passé, au détriment des projets d’assainissement et d’hygiène. La pandémie de COVID-19 rappelle à tous l’importance du l’hygiène pour se protéger des maladies.

Les Nations-Unies ont d’ailleurs établi en 2015 un plan d’objectifs de développement durable (SDG’s : Sustainable Development Goals) avec 17 points dont le numéro 6 est l’accès à l’eau potable et l’assainissement pour tous. L’Indonésie, signataire des SDG’s, s’est donc engagée à atteindre cet objectif à l’horizon 2030, en incluant tous les acteurs de la société : les communautés, les ONG et bien sur le secteur privé.

 

Qui sont aujourd’hui vos clients ?

Toutes les entreprises, multinationales et indonésiennes, qui veulent ou doivent changer leur approche commerciale afin de pérenniser leur entreprise pour le futur. La crise du COVID-19 a aussi donne à TSB l’opportunité de travailler avec le gouvernement indonésien et les ONG en réponse à l’urgence.

C’est en ça que mes expériences sur le terrain, dans les sphères gouvernementales et mon expertise en développement et en urgence sont utiles. J’aime travailler dans les zones isolées comme les plantations, par exemple, car je sens que ce que nous faisons est essentiel pour les employés et les populations. Il y a aujourd’hui graduellement une prise de conscience en Indonésie du respect et du développement du durable et les gens achètent plus volontiers un café plus cher mais produit en respectant les valeurs humaines fondamentales.

 

Comment Towards Sustainable Businesses a traversé la crise du Covid ?

Ma société a aujourd’hui 7 ans d’existence. La crise a démontré que l’hygiène est au centre du combat contre la maladie. De nombreuses sociétés n’ont pas pu envoyer sur place leurs experts à cause de la fermeture des frontières. Ces entreprises se sont tournées vers nous, nous sommes sur place, avons la connaissance du terrain, parlons indonésien, avons les réseaux. Cette crise nous a apporté de nouveaux clients privés, mais aussi des ONG comme 1001 fontaines pour qui nous évaluons la possibilité de développer leur projet d’accès à l’eau en Indonésie.

Nous avons aussi, en partenariat avec le gouvernement indonésien et son département SATGAS qui gère les problèmes de santé, développé les outils nécessaires pour accroitre la surveillance et la sensibilisation au lavage de mains.

Après 7 ans d’existence, nous devons continuer à nous faire connaitre : nous sommes présents bien sûr sur les réseaux sociaux, participons à des séminaires pour sensibiliser et se faire connaître, en relation avec les chambres de commerce allemande et britannique, notamment et en partenariat avec d’autres entreprises. Nous continuons de suivre des formations, afin d’être plus performants.

Avec la pandémie, les rencontres professionnelles et prises de contact sont plus difficiles, les réunions zoom c’est très bien mais nous avons perdu les échanges qui se faisaient autour d’un café et qui permettaient de se faire connaitre voire d’obtenir des contrats.

Il faut se réinventer, créer de nouvelles initiatives, et le soutien entre petites entreprises et grandes entreprises serait le bienvenu pour de nombreux entrepreneurs indépendants comme moi.

 

Notre but est de réaliser des projets et les suivre dans les valeurs et le respect de notre éthique qui est d’apporter un service de qualité. Cela prend du temps, mais la patience est le maître mot en Indonésie.

 

Les Responsabilités Sociales de l’Entreprise regroupent l’ensemble des pratiques mises en place par les entreprises dans le but de respecter les principes de développement durable tant dans le domaine social que dans l’environnement ou l’économie. Le secteur privé est conscient de la nécessité d’améliorer l’accès à l’eau potable, l’assainissement et les conditions d’hygiène pour ses employés. Leur santé en sera améliorée et le taux d’absentéisme diminué, ce qui a des répercutions notables sur la productivité. Notre travail est de conseiller les entreprises dans la mise en place de leurs projets de RSE. Cela va de l’étude initiale et du suivi des projets jusqu’au rapport de durabilité (sustainability report). Par cette approche holistique, nous nous assurons de la pérennité des réalisations : à quoi cela sert de planter un arbre si on ne s’assure pas qu’il soit arrosé… 

 


 
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Valerie Pivon

Valérie Pivon

Responsable éditoriale, expatriée depuis 16 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
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