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CARTOGRAPHIE - La légende de Marc Le Moullec

Par Amélie Heim | Publié le 25/10/2016 à 22:00 | Mis à jour le 23/02/2022 à 09:56
Marc Le moullec cartographe

Marc Le Moullec a 50 ans et vit depuis 25 ans en Indonésie, la moitié de sa vie s'est déroulée dans son pays d'adoption. L'Indonésie, il la vit dans ses tripes, son cœur et son métier : il cartographie passionnément le pays depuis maintenant 20 ans. Le créateur de la carte verte et bleue, c'est lui. L'histoire avait pourtant plutôt mal commencé, le parcours a aujourd'hui des allures de légende, de celle qui faisait rêver le jeune adolescent dans sa banlieue française

 

Un trou à rat dont on ne s'échappe pas, avec comme seule perspective l'échec scolaire, c'est ainsi que débute l'histoire de Marco et elle aurait pu s'arrêter là. Si ce n'est les doux rêves, un brin de folie, l'envie d'aventure. Le jeune Marc s'évade de son quotidien sinistre et de son BEP de micromécanique en se nourrissant des récits des grandes explorations du Pacifique. Il ne pense qu'à ça : se perdre sur une île perdue du Pacifique, comme les boucaniers de ses lectures.

 

Avec un bac F10 en poche, il faut trouver une voie professionnelle et l'ile perdue semble bien lointaine. Ça se jouera dans un jardin avec un annuaire ONISEP sur les genoux : Marc découvre qu'on peut apprendre le tahitien et le lifou, une langue parlée par 50 000 personnes dans le monde. « Je me suis dit que sur mon ile perdue, il faudrait bien que je communique et le lifou m'a paru être un bon exercice». Son père, qui a la tête sur les épaules, lui conseille d'y ajouter l'apprentissage d'une autre langue, peut-être un peu plus communément parlée. Ce sera l'indonésien, « parce que l'Indonésie est un archipel dont 5 à 6000 iles ne portent même pas de nom, cela laisse donc la possibilité d'une découverte » précise Marc. Inutile d'indiquer que Marc a des origines bretonnes et qu'il en a pris quelques traits de caractère.

 

Etudiant à l'INALCO, Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Marc fait une rencontre importante; celle d'un professeur, qui lui explique qu'apprendre une langue aussi exotique soit-elle ne lui donnera pas un métier. Marc entame alors  - en plus de ses cursus en langues océaniennes et indonésiennes, un diplôme en anthropologie à la Sorbonne. On sait déjà que le titulaire d'un BEP en micromécanique et d'un bac F10 aura un parcours extraordinaire au sens propre. 

L'Indonésie chevillée au coeur et au corps

En 1990, Marc débarque à Bandung au Centre Culturel Français comme coopérant. Commence alors sa vie indonésienne, à une époque où le seul fait d'être européen, même sans un sou en poche, vous donnait l'impression d'être le roi du monde. « On était une bande de copains, on s'est accroché à l'Indonésie, on faisait la fête, on vivait de petits boulots. C'était parfait ! ». Parmi les petits boulots, l'histoire d'une grande passion continue. Des cartes des grandes explorations qu'il admirait frénétiquement, Marc est passé à la réalisation. Sans formation, sur le tas, dans la douleur : « J'ai investi mes derniers millions de roupies, j'avais un employé, une moto, un ordinateur et j'ai fait la carte de Bandung. Ça m'a pris 4 ans, le temps qu'il faut pour faire un atlas du monde... ». Le même employé sur la moto à Bandung travaille toujours avec lui. « Mais ça valait le coup, la carte a eu un grand succès, on me reconnaissait au feu rouge ! ». Comme la cartographie ne nourrit pas son homme Marc continue à travailler pour le CCF, à Jakarta. 

 

En 2000, le savoir-faire acquis sur le terrain, la connaissance parfaite de l'Indonésie et de sa géographie l'incite à créer son entreprise: Enrique Indonesia a deux jambes, une maison d'édition cartographique, parce qu'on ne se refait pas et une offre de géomatiques. Marc arpente désormais l'Indonésie pour une grande entreprise française développe des plantations d'hévéas et construit une usine pétrochimique ou on le trouve en train de cartographier 400 plantations de cacao à Bali. Quand on demande à Marc pourquoi la cartographie le fait tant vibrer, il répond simplement que « l'Indonésie est tellement sexy, c'est sans doute le pays le plus beau à cartographier de par sa mosaïque d'espaces terrestres et maritimes». Bref Marc est amoureux, d'un amour sans fin pour ce pays où il mourra sans doute, où ses filles grandissent en faisant honneur à leur père, brillantes élèves du Lycée Français. Celui qui est devenu chef d'une petite entreprise de 10 personnes continue à concrétiser ses rêves d'enfant et il prépare un atlas du Sud-Est asiatique ambitieux : la toponymie sera en 20 langues locales. Rien que ça ! 

 

Histoire d'une carte verte et bleue

Dans la plupart des lieux de passage de la communauté française, la carte de Marc Le Moullec orne les murs, à commencer par le couloir menant au bureau de l'Ambassadeur de France. Elle a mis quatre ans à voir le jour car il fallait rendre hommage à la nature indonésienne et donc faire une carte parfaite tant du point de vue des données que de l'esthétique. Marc Le Moullec voulait un rendu 3D sur 2 mètres de large que seule une imprimerie en Allemagne a été capable de lui donner. « Je voulais faire une carte qui appelle aux voyages et que l'on puisse contempler, vraiment contempler, de loin comme de très près ». Le pari est réussi, la carte de Marco est belle et poétique et surtout très pratique.

Amélie Heim (www.lepetitjournal.com/jakarta) mercredi 26 octobre 2010

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Amélie Heim

Co-fondatrice de l'édition, j'aime porter un regard journalistique sur l'environnement et les gens qui m'entourent et le partager.
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