

Le 7 décembre 2016 à 5h02 du matin, heure locale, un séisme de magnitude 6,5 a frappé la province d'Aceh, sur la côte nord de l'île de Sumatra, provoquant plus d'une centaine de victimes, de nombreux blessés et un nombre important de destructions de bâtiments. Ce séisme survient après une série d'autres événements comparables : le 5 décembre à 8h13 avec une magnitude de 6,4 sous l'île de Florès, le 4 décembre à 12h34, un séisme de magnitude 5,6 sous les îles de Sangihe et de Talaud dans la province de Sulawesi Nord. Auparavant, Lombok, Est Java et même Jakarta avaient été secoués, dans une moindre mesure. Dans ces conditions, peut-on parler d'une recrudescence ? Ces phénomènes sont-ils liés entre eux ? Y a-t-il des raisons de s'inquiéter ? À ces questions, il est possible de répondre négativement. Pour le comprendre, Michel Larue nous rappelle quelques bases de la sismologie.
À la surface de la terre une douzaine de vastes plaques se déplacent les unes par rapport aux autres. L'activité sismique est limitée aux frontières de ces plaques, là où se produit un mouvement relatif. C'est le cas le long de la « ceinture de feu du Pacifique » dont une partie borde l'Indonésie au sud, depuis la Papouasie jusqu'à Aceh et au-delà vers les îles indiennes d'Andaman. Cette faille majeure témoigne du mouvement vers le nord de la plaque portant l'Inde et l'Australie, qui s'enfonce à cet endroit sous la plaque Eurasienne à une vitesse de quelques centimètres par an.
Le long d'une telle faille, des aspérités viennent bloquer le mouvement, provoquant l'accumulation d'énergie, dont la libération brutale diffuse les ondes sismiques. On peut comparer ce phénomène à une explosion. La magnitude, exprimée par l'échelle ouverte de Richter a d'ailleurs un équivalent en masse d'explosif. Le séisme de 2004 qui frappa terriblement la province d'Aceh avait une magnitude proche de 9 et il a libéré l'équivalent de 800 mégatonnes de TNT, soit 25 000 fois la bombe d'Hiroshima ou la consommation totale d'énergie de la planète pendant plusieurs années. Par comparaison, un séisme de magnitude 6,5 émet une énergie comparable à une bombe de 60 kilotonnes, soit deux fois Hiroshima. Libérant une énergie accumulée, plus les séismes sont puissants et moins ils sont fréquents. Il y a sur l'ensemble de la terre environ 150 séismes de magnitude 6 par an soit en moyenne un tous les deux jours.

Un dernier paramètre physique permet de caractériser un séisme : la surface de rupture, ou la longueur de la faille, ayant « lâché » : le séisme de 2004 a vu une faille de plus de 500 km glisser. Pour l'évènement récent une longueur de rupture de 10 km est vraisemblable.
Pour évaluer les effets d'un tel séisme, il faut prendre en compte la distance du foyer du séisme, de la même manière qu'une explosion sera perçue d'autant plus fortement qu'elle sera plus proche. Pour calculer la distance au foyer, il faut tenir compte à la fois de la distance horizontale mais aussi de la profondeur. Une seconde échelle, celle d'intensité de Mercalli permet de décrire les effets d'un séisme.
Dans le cas du séisme du 7 décembre, le foyer était à la fois superficiel, environ 8 kilomètres, et juste sous les villages impactés, ce qui explique l'importance des dégâts. Cette situation est comparable au séisme qui a frappé le Sud de Yogyakarta en mai 2006 et qui a fait plus de 6 000 morts.
Enfin, un autre paramètre intervient : la dimension humaine. Celle-ci se manifeste à la fois par la nature des constructions et par l'heure à laquelle la catastrophe se produit. Les journaux ont rappelé que les constructions étaient fragiles mais néanmoins construites en dur, c'est-à-dire avec des matériaux relativement lourds mais ne correspondant pas aux normes antisismiques. L'heure matinale a sans doute contribué à limiter le nombre de victimes. En pleine nuit le bilan aurait pu être plus lourd.
On constate donc que la série de séismes observée ces dernières semaines en Indonésie est relativement modeste dans son intensité et habituelle. Par conséquent aucun de ces événements n'a pu influencer les autres et qu'il ne s'agit là que de coïncidences. Concernant Jakarta, les séismes ressentis ont lieu soit au sud de Java, soit à une profondeur de plusieurs centaines de kilomètres. Cela explique qu'il est habituel d'en ressentir, mais que le risque de catastrophe est très limité.
La prédiction des séismes est un enjeu majeur pour la recherche mais les résultats ont été jusqu'à maintenant particulièrement décevants. Si on sait statistiquement où les séismes vont se produire, il est actuellement impossible de prédire quand se produira le prochain tremblement de terre. La Nature nous impose par son imprévisibilité une humilité qui bat en brèche la soi-disant toute-puissance de la science. Cela a peut-être contribué à entretenir dans les cultures locales indonésiennes un respect de ces forces et un certain fatalisme?
Michel Larue (www.lepetitjournal.com/jakarta) jeudi 15 décembre 2016

