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MARC STEINMEYER - La liberté, clé du succès

Par Lepetitjournal Jakarta | Publié le 04/12/2016 à 21:00 | Mis à jour le 12/02/2020 à 01:29
MarcSteinmeyer Tauzia entrepreneur Indonesie

Le symbole du succès à la française en Indonésie, c'est sans aucun doute Marc Steinmeyer, patron du groupe hôtelier Tauzia qui l'incarne le mieux. Il s'est installé en Indonésie voici quelques années, qu'il ne compte plus, a fait quelques allers et retours mais l'Asie et surtout l'Indonésie ne le lâche pas. Qui se cache derrière cette réussite ? Quels sont les ressorts de l'homme qui aura 62 ans dans quelques jours ? C'est ce que nous avons cherché à savoir. Il s'est livré en toute simplicité, sans fanfaronnades, toujours dans le souci de donner envie à d'autres de se lancer sur le chemin de l'entreprenariat. Et à l'écouter, on a juste envie de monter sa petite entreprise !

L'homme a un nom alsacien, un accent marseillais, le cheminement de pensée asiatique et mélange allègrement les mots anglais au français lorsque l'expression anglaise est plus signifiante pour lui. Il aime la neige et les chênes mais vit sous un climat tropical, entouré de palmiers. Il adore son Gers d'adoption mais ne reste pas en place, l'appel du large ne le laissant jamais longtemps tranquille. 

C'est un européen convaincu, marié à une malaisienne d'origine chinoise dont il a trois grands enfants, un fils et des jumelles, élevés dans un mix de système international et de lycée en France. En résumé, Marc se dit « proche de la nature européenne et de la culture asiatique et particulièrement indonésienne soucieuse de l'harmonie et de l'humilité». 

Professionnellement, si sa « carrière » a commencé par des paradoxes également, on peut dire que ces paradoxes créent de jolis succès. D'ailleurs, Marc détesterait le mot carrière à son propos. Car il n'a jamais fait ses choix en fonction d'un statut, d'un titre, encore moins de quelques zéros de plus en bas de la fiche de paie. On peut même dire que c'est une hantise chez lui : « j'ai peur des pièges que donnent les privilèges, le premier de ces pièges étant la perte de liberté d'expression ou d'action». Alors quand on lui propose au début de sa carrière un poste en or à Genève, il choisit le voyage sac au dos. Quand quelques années plus tard, on lui propose à nouveau la Suisse, il choisit les ressources humaines à Paris ? la Suisse, décidément ce n'est pas pour lui ! À un poste prestigieux de patron opérationnel d'un grand hôtel à Singapour, il préfère le travail de l'ombre des ressources humaines pour l'Asie. Quand il atteint le statut de CEO du groupe Accor pour une région d'Asie, il se dit que c'est le bon moment pour se lancer dans l'entreprenariat ! Et aucun regret, même quand il arrive enfin à travailler en Chine  - son graal - grâce à Accor, et que c'est finalement pour fermer des hôtels, rapatrier des gens après les évènements de Tien An Men. Une aventure de deux ans à peine. 

Sans regret toujours mais peut-être avec une pointe de nostalgie ? bien que cela lui ressemble peu -, Marc évoque juste une vocation contrariée : alors jeune adolescent, il se rêvait photo-reporter de guerre et il a finalement choisi l'école hôtelière, plus raisonnable. Du coup, il assouvit ses passions et convictions à travers son métier. Chaque ligne d'hôtels du groupe Tauzia soutient, via des fondations, un des violons d'Ingres de Marc. Yello Hôtel soutient le street art, Harris Hôtel se décline sur la photographie et Pop Hôtel est la marque verte du groupe. 

Si les critères de choix de Marc sont liés à des peurs de perte de liberté, ils sont aussi liés à des convictions profondes. Le mot politique au sens noble revient souvent dans sa conversation. Il ne comprend pas l'attitude des pays occidentaux fervents donneurs de leçon en matière de démocratie mais qui fuient économiquement les pays dont les balbutiements démocratiques sont parfois un peu chaotiques. Au lieu de les soutenir. En 1998, alors que Suharto chute, toutes les entreprises occidentales quittent l'Indonésie, brutalement. Lui, il réussit à convaincre Accor de rester : « Un pays, c'est comme un ami : on ne le quitte pas au premier pépin. Je m'étais engagé à rester moi-même, c'est ce que j'ai fait, au grand dam de ma famille». Cette attitude, il en a été remercié au centuple lorsqu'il décide de se lancer en Indonésie, indépendamment du groupe Accor en 2001. Les portes lui ont été grandes ouvertes. 

Son entreprise, Marc l'a montée avec ses intuitions souvent bonnes, ses tripes et ses convictions. « En général, quand tout le monde va à gauche, je vais à droite. Ce ne sont pas toujours les voies les plus évidentes qui sont forcément les meilleures et  j'ai toujours préféré les routes de campagne aux autoroutes que tout le monde prend ». Marc investit donc dans l'hôtellerie en Indonésie à partir de 2001 alors que le pays est mal en point après le règne de Suharto, la crise économique, et les violences de l'époque. Mais il y trouve la liberté de créer, d'inventer, de satisfaire sa créativité. Il y trouve aussi de quoi créer de l'emploi. « Ça veut dire beaucoup pour moi. C'est important l'emploi car c'est tout ce qu'il y a derrière : une famille, des enfants qui vont à l'école, une chaîne vertueuse qui se met en place. Donner de l'espoir et être un maillon de cette chaîne, c'est très important » insiste-t-il. 

Celui qui a été longtemps responsable de ressources humaines a aussi sa philosophie en la matière. Sans surprise, il a de l'indulgence pour une initiative ratée car tout le monde a le droit à l'erreur. « Par contre, le mauvais esprit, la volonté destructrice, le négativisme à outrance, faire du tort aux autres ne sont jamais excusables pour moi, quelles qu'en soit les raisons ou les motivations ». 

L'homme d'action et de création est plein d'allant et de dynamisme, il semble bien loin de l'âge de la retraite et ne fait d'ailleurs pas du tout ses 62 ans. Qu'est-ce qui lui ferait quitter son fauteuil actuel ? « Rien ne devrait me le faire quitter car c'est à moi de le quitter. Je quitterai mon fauteuil car j'ai le devoir de passer le relai et transmettre mes acquis à d'autres, suffisamment tôt pour pouvoir les accompagner. Le cycle de la vie c'est de se construire, de construire pour soi,  puis de construire pour les autres. Et enfin, il faut savoir se déposséder du monde pour finir libre dans sa tête ». 

Marc Steinmeyer devrait inscrire ces mots quelque part sur les murs de son bureau, tant ils lui vont bien :  «Et par le pouvoir d'un mot, je recommence ma vie, je suis né pour te connaître, pour te nommer. Liberté. » Paul Eluard.  

Amélie Heim (www.lepetitjournal.com/jakarta) lundi 5 décembre 2016

Crédit Photos : M. Dassonville, C. Feder, P. Grenouilleau, V. Ouvrard

 En savoir plus sur le groupe Tauzia

 

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