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Lombok, ce "monstre" dévastateur

Par Joël Bronner | Publié le 13/08/2018 à 23:30 | Mis à jour le 14/08/2018 à 11:02
Photo : La française Claivia Merchi, dans un hopital de Bali le 11 aout. © Joël Bronner
Lombok séisme témoignage

Début août, un séisme particulièrement meurtrier de magnitude 6,9 a endeuillé Lombok. Plus de 300 personnes ont trouvé la mort et des milliers d'habitants du nord de l’île n’ont désormais plus d’abris. Témoignage. 

Un « monstre », voilà comment Claivia Merchi décrit le principal séisme qui a frappé Lombok début août. Cette enseignante de Calais de 51 ans se trouvait sur l'ile de Gili Trawangan, lorsque la terre a tremblé ce dimanche-là. Elle est de loin l’une des Françaises les plus gravement blessées.  

« Un tremblement de terre, il faut le vivre pour comprendre ce que c'est. C'est vrai que le mot fait peur, mais quand vous le vivez, c'est pire ! On aurait dit un monstre qui s’apprête à vous avaler ». Cette passionnée de voyages décrit aussi un « bruit bizarre », une sorte de « vouhouhouhou » qui évoque une « voix qui surgit du néant » et qui accompagne le moment inquiétant où « la terre bouge, tremble et gronde».  

Lorsque ce « monstre » est apparu, cette passionnée de voyages bavardait tranquillement autour d'un plat de calamars, avec une habitante de l’île et sa fillette. La discussion avait lieu sur un banc, juste devant le mur de la maison de cette cuisinière indonésienne, prénommée Ameti. 

L’effondrement 

« D'un seul coup, la terre s'est mise à trembler et Ameti m'a prise par la main. J'ai compris tout de suite de quoi il s'agissait parce qu'il y avait déjà eu un tremblement de terre juste une semaine avant. (…) Donc, elle m'a prise par la main, on a sauté du banc, toutes les trois, et d'un seul coup, plus rien... Et quand j'ai ouvert les yeux, j'étais sous le mur... 

Le mur en béton m'était tombé dessus jusqu'au niveau des hanches. Ma main gauche était posée sur le corps de Ameti, sur sa poitrine. J'ai compris qu'elle était morte.”   

Elle l’ignore encore mais l’enseignante souffre alors de trois fractures : au niveau du bassin, de la jambe gauche et du pied droit. Incapable de se mouvoir, elle reçoit sur place une aide salutaire. « Je repense à ce Marocain qui m’a sortie des décombres. Je repense à cet Indonésien, Bobby, qui a passé la nuit à me tenir la main. Je repense à tous ces gens qui ont joué un rôle important pour me sauver et faire en sorte que je sois toujours de ce monde. » 

Au bout de la douleur 

Au lendemain du séisme, au bout de la douleur, la Française originaire de Villeneuve d’Ascq sera encore secouée et brinqueballée tour à tour sur une charrette, un bateau puis une ambulance. Deux hôpitaux plus tard, elle est finalement transférée sur l’île voisine de Bali. Pour l’heure, il est impossible pour l’enseignante amaigrie de sortir du lit de sa clinique. Son taux d’hémoglobine est par ailleurs encore trop bas pour qu’elle puisse prendre l’avion et se faire rapatrier. Une situation qu’elle peine parfois encore à réaliser. 

« J'ai même du mal à comprendre ce que je fais là. Moi, au départ, j'étais en vacances. Je me suis dit : ‘je vais sortir avec mes amis, je vais aller à la plage, je vais visiter...’ » Cette amoureuse de l’Asie, qui avait prévu de visiter Lombok puis Bali, comptait profiter de l’Indonésie comme au cours de ses deux visites précédentes dans l’archipel. Elle se dit « frustrée » de ne finalement visiter Bali que depuis son lit d’hôpital. Même si « ce n’est pas grave, le principal c’est ta vie ! » se reprend-elle.  

Claivia Merchi aspire à présent à guérir physiquement et psychologiquement. Elle sait que cela prendra du temps, elle qui est toujours hantée par les images du « monstre »... et qui ne sait toujours pas quand elle pourra quitter l’Indonésie et retrouver ses élèves.  

 

 

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Joël Bronner

Joël Bronner

Après Islamabad puis Kaboul, Jakarta est la 3e ville où j’expérimente l’expatriation. Au paradis du macet, je suis notamment le correspondant de Radio France Internationale (RFI)
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