Les climatologues indonésiens anticipent pour le second semestre 2026 un épisode El Niño sévère susceptible de renforcer fortement la saison sèche. Si son intensité exacte reste encore incertaine, l'agence météorologique indonésienne (BMKG) n'exclut pas un épisode plus puissant. Un « El Niño Godzilla », qualification adoptée par les médias mais qui n’est pas une classification scientifique, qui aurait de lourdes conséquences dans un pays où l'agriculture, les ressources en eau et la qualité de l'air dépendent étroitement du régime des pluies.
Le phénomène El Niño est-il courant en Indonésie ?
El Niño est un phénomène climatique naturel qui trouve son origine dans l'océan Pacifique équatorial. Tous les deux à sept ans environ, les eaux de surface du Pacifique central et oriental se réchauffent anormalement. Ce réchauffement modifie la circulation atmosphérique mondiale et déplace les zones de précipitations. Pour l'Indonésie, située à l'ouest du Pacifique, cela se traduit généralement par une diminution importante des pluies, une saison sèche plus longue et des températures supérieures aux normales saisonnières.
Le phénomène est bien connu dans l'archipel. Les épisodes de 1997-1998 et de 2015-2016 avaient provoqué des sécheresses historiques et d'immenses incendies de forêts et de tourbières, dont les fumées avaient recouvert une grande partie de l'Asie du Sud-Est pendant plusieurs semaines.
Pourquoi El Niño pourrait être sévère pour l’Indonésie cette année ?
Cette année, plusieurs facteurs nourrissent les inquiétudes. Les modèles climatiques montrent que les eaux du Pacifique se réchauffent progressivement tandis que les conditions atmosphériques deviennent favorables à la mise en place d'El Niño. L'agence météorologique indonésienne, le BMKG, estime que la saison sèche 2026 sera plus longue et plus sèche que la normale et appelle les autorités à anticiper dès maintenant les risques. Les dernières mises à jour du BMKG insistent notamment sur le renforcement de la vigilance face aux incendies de forêt et de tourbières à mesure que l'épisode se met en place. Les experts de l'Organisation météorologique mondiale rappellent par ailleurs que le réchauffement climatique tend à amplifier les effets des épisodes d'El Niño, rendant les extrêmes plus fréquents et plus intenses.
Des conséquences nombreuses pour l’Indonésie
Pour l'Indonésie, les conséquences pourraient être nombreuses. La baisse des précipitations menace d'abord les cultures de riz, de maïs et de canne à sucre, essentielles pour la sécurité alimentaire du pays. Les réserves d'eau destinées à l'irrigation et à l'alimentation des grandes villes pourraient diminuer sensiblement, tandis que la production hydroélectrique risque également d'être affectée.
Mais c'est surtout le risque d'incendies qui inquiète les autorités. Lorsque les tourbières s'assèchent, elles deviennent extrêmement inflammables. Les feux peuvent alors brûler sous terre durant plusieurs semaines, libérant d'immenses quantités de fumée et de gaz à effet de serre. Dès le début de la saison sèche, le BMKG a déjà observé une augmentation du nombre de points chauds, laissant craindre une saison particulièrement difficile si El Niño se renforce.
A Jakarta, El Niño risque d’aggraver une pollution atmosphérique déjà élevée
À Jakarta, les conséquences pourraient être particulièrement visibles sur la qualité de l'air. La capitale souffre déjà d'une pollution chronique alimentée par le trafic routier, les centrales électriques au charbon, les industries et les émissions des agglomérations voisines. Lorsque la saison sèche s'installe, les pluies, qui jouent habituellement un rôle de « nettoyage » de l'atmosphère, deviennent beaucoup plus rares. Les polluants restent alors piégés au-dessus de la métropole pendant plusieurs jours.
À cette pollution locale s'ajoutent les fumées transportées depuis les incendies de Sumatra ou de Bornéo lorsque les vents leur sont favorables. Les concentrations de particules fines (PM2,5) peuvent alors atteindre plusieurs fois les seuils recommandés par l'Organisation mondiale de la santé, augmentant les risques de maladies respiratoires, cardiovasculaires et les hospitalisations, en particulier chez les enfants et les personnes âgées.
Le recours à la pluie artificielle
Face à cette menace, le gouvernement multiplie les mesures de prévention. Les autorités renforcent la surveillance des zones forestières, mobilisent des équipes spécialisées dans la lutte contre les incendies et préparent des opérations de modification artificielle du temps afin de provoquer des pluies dans les régions les plus exposées lorsque les conditions météorologiques le permettent. Les agriculteurs sont également encouragés à adapter leurs calendriers de plantation et à économiser les ressources en eau.
Pour Jakarta comme pour l'ensemble de l'archipel, les mois à venir pourraient rappeler combien le climat est désormais devenu un enjeu majeur de santé publique, de sécurité alimentaire et de développement économique.

