Cachée au cœur du complexe hospitalier PGI Cikini, dans le centre de Jakarta, la maison de Raden Saleh, pionnier de la peinture moderne en Indonésie, est l’un des bâtiments historiques les plus singuliers de la capitale. Construite à partir de 1852, la demeure fait aujourd’hui l’objet d’une importante restauration destinée à lui rendre son apparence d’origine et à en faire un espace culturel ouvert au public. Une maison qui pourrait devenir un nouveau lieu de coopération culturelle entre la France et l’Indonésie. Le Petit Journal Jakarta a pu visiter le chantier aux côtés de Fabien Penone, Ambassadeur de France en Indonésie, au Timor oriental et auprès de l’ASEAN.


Une maison au centre d'un complexe hospitalier de Jakarta
Cachée au cœur du complexe hospitalier PGI Cikini, dans le centre de Jakarta, la maison de Raden Saleh, pionnier de la peinture moderne en Indonésie, est l’un des bâtiments historiques les plus singuliers de la capitale. Construite à partir de 1852, la demeure fait aujourd’hui l’objet d’une importante restauration destinée à lui rendre son apparence d’origine et à en faire un espace culturel ouvert au public. Une maison qui pourrait devenir un nouveau lieu de coopération culturelle entre la France et l’Indonésie. Le Petit Journal Jakarta a pu visiter le chantier aux côtés de Fabien Penone, Ambassadeur de France en Indonésie, au Timor oriental et auprès de l’ASEAN.
Pour accéder à la maison de Raden Saleh, le célèbre peintre indonésien du XIXème siècle, il faut d’abord traverser le petit hall du Primaya Hospital PGI Cikini dans le district de Menteng à Jakarta. Un couloir qui mène au service de radiologie donne aussi accès à une porte qui ouvre sur la partie du complexe hospitalier où se trouve la demeure qu’a faite construire l’artiste en 1852. Elle est aujourd’hui cachée derrière une forêt d’échafaudages et de grandes bâches car d’importants travaux de rénovation sont en cours. La fondation pour la santé PGI Cikini (fondation indonésienne liée aux Églises protestantes d’Indonésie), propriétaire et gestionnaire de la maison de Raden Saleh, veut lui redonner son lustre et créer un espace culturel vivant ouvert au public.
Une maison conçue par le célèbre peintre indonésien Raden Saleh

Raden Saleh (1811-1880) est probablement le peintre indonésien le plus célèbre dans l’archipel comme à l’étranger. Considéré comme l’un des pionniers de la peinture moderne indonésienne, influencé par Eugène Delacroix, Horace Vernet, Antoine Payen ou Cornelis Kruseman, c’est un spécialiste des portraits et des scènes de chasse. L’une de ses œuvres les plus célèbres représente l’arrestation en 1830 du Prince Diponegoro, principal chef de la guerre de Java (1825-1830) contre le pouvoir colonial néerlandais.
De retour à Java après une vingtaine d’années en Europe, dont plusieurs à Paris (1845-1848), Raden Saleh s’installe à Cikini, alors situé à la périphérie de Batavia. En 1852, il y fait construire cette maison, dont il aurait conçu lui-même les plans, en s’inspirant notamment de l’architecture néogothique européenne et du château de Callenberg, en Allemagne, où il avait séjourné. La demeure, dans laquelle il résida jusque dans les années 1860, témoigne de la rencontre entre la culture javanaise du peintre et son long séjour européen. Elle change plusieurs fois de main avant de devenir la propriété de la fondation PGI Cikini.
Une rénovation d’ampleur pour faire (re)découvrir Raden Saleh

Arès plus de 170 ans d’existence et de multiples transformations, le bâtiment était devenu très fragile avec certaines parties qui menaçaient même de s’effondrer. « Nous voulons que ce bâtiment ait une âme », explique Miranda Goeltom, membre du conseil de surveillance de la Fondation, lors d’une visite du chantier avec Giring Ganesha, Vice-Ministre de la Culture indonésien, et Fabien Penone, Ambassadeur de France en Indonésie, au Timor oriental et auprès de l’ASEAN. L’ancienne Vice-Gouverneure de la Banque d’Indonésie rappelle que les travaux financés sur les fonds propres de la Yayasan PGI Cikini devraient être achevés début 2027. Elle veut en faire un site patrimonial « exceptionnel », arboré, où les habitants de Jakarta prendront plaisir à venir se ressourcer.
Miranda Goeltom souligne que le projet a maintenant besoin du soutien du Gouvernement indonésien pour aider à valoriser cet espace avant de remercier le Vice-Ministre de la Culture pour son soutien « moral déjà très important ». Giring Ganesha souhaite de son côté que ce projet permette aux jeunes générations de mieux connaître l’un des maîtres de la peinture indonésienne.
La maison de Raden Saleh, futur lieu de coopération culturelle entre la France et l’Indonésie ?

A leurs côtés, Fabien Penone, Ambassadeur de France en Indonésie, au Timor oriental et auprès de l’ASEAN, souligne que Raden Saleh « est l’exemple même d’un passeur culturel entre la France et l’Indonésie », alors que les deux pays renforcent leur relation bilatérale. Lors de sa visite d’Etat en Indonésie, le Président Emmanuel Macron a ainsi adopté, le 29 mai 2025, avec le Président Prabowo Subianto la déclaration de Borobudur établissant une stratégie commune dans le domaine de la culture, allant du patrimoine aux industries culturelles et créatives.
La maison de Raden Saleh pourrait donc devenir un nouveau lieu de coopération culturelle entre les deux pays. « L’un de nos objectifs est d’articuler tradition et création contemporaine », précise Fabien Penone qui imagine que cet espace pourra aussi accueillir de jeunes artistes qui viendront y jouer, créer ou écrire. Avant de conclure : « Raden Saleh était un artiste indonésien, javanais, mais c’était aussi une personnalité très ouverte sur l’étranger, qui a voyagé et connaissait le monde, notamment l’Europe et la France. Nous sommes dans une période très complexe, où les fractures se multiplient au plan international. Plus que jamais, nous avons besoin que les peuples et les cultures se rencontrent et que les pays travaillent ensemble. C’est ce que font la France et l’Indonésie. »
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