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Cartes postales ottomanes : voyage dans la Constantinople d'autrefois

Des bouquinistes de Beyoğlu aux salles de ventes, les cartes postales ottomanes racontent l'histoire d'une Constantinople cosmopolite aujourd'hui disparue.

Carte postale ottomane colorisée représentant la Pointe du Sérail à Constantinople au début du XXe siècleCarte postale ottomane colorisée représentant la Pointe du Sérail à Constantinople au début du XXe siècle
La Pointe du Sérail sur une carte postale ottomane colorisée du début du XXᵉ siècle.

Ces cartes postales ottomanes, témoins de l’Istanbul de jadis…

 

Autrefois, les bouquinistes de Beyoğlu les vendaient par paquets de dix, reliées par un élastique, dans des paniers à l’entrée des boutiques ; aujourd’hui, elles atteignent couramment aux enchères le prix de l’or et de grandes firmes turques en constituent de riches collections qu’ils exposent lors de leurs séminaires. Ce sont les cartes postales ottomanes, qui ont immortalisé le monde d’avant la république…

 

Carte postale ottomane colorisée représentant Constantinople avec des poissons du Bosphore au début du XXe siècle

 

La réalisation de documents photographiques destinés aux touristes commença en 1875, lorsque l’Empire ottoman eut rejoint l’Union postale universelle puis s’intensifia après 1883, quand l’Orient-Express se mit à relier Paris à Constantinople en quatre-vingts heures. Au début, ce furent les célèbres photographes de l’époque, comme les Frères Abdullah, qui, connus pour leurs clichés, en firent réaliser dès 1895 des tirages en grand nombre.

 

Carte postale ottomane ancienne du pont de Galata à Constantinople au début du XXe siècle

 

Puis, entra en scène le studio Sebah & Joaillier qui devint à la fin du XIXᵉ siècle, l’un des plus importants producteurs de vues de l’Empire ottoman, en commercialisant des reproductions de photos. Leurs panoramas de Constantinople, Salonique, Smyrne, Jérusalem, Damas, Le Caire, furent alors diffusés à grande échelle, avec pour thèmes privilégiés les mosquées d’Istanbul, les rives de Bosphore, les costumes, les lieux saints de Jérusalem et les monuments d’Egypte et de Syrie.

 

Carte postale ottomane représentant des pêcheurs du Haut-Bosphore à Constantinople au début du XXe siècle

 

Mais le commerce de l’image photographique allait bientôt se diversifier lorsqu’un austro-hongrois nommé Max Fruchtermann vint s’installer à Péra et y ouvrit, dans la rue Galip Dede, un magasin d’estampes et d’encadrements. Bien vite, sa boutique devint l’étape incontournable de tous les voyageurs européens. Alors, Fruchtermann réalisa  qu’il accèderait à un marché beaucoup plus vaste en produisant des images moins coûteuses et plus faciles à expédier que les  reproductions de photos sur carton des grands studios. Il décida donc de se consacrer aux cartes postales illustrées, qu’il colorisait au début à la main puis les fit imprimer à grande échelle en Allemagne.

 

Comparaison entre une photographie et une carte postale colorisée représentant une femme en costume ottoman à Constantinople

 

Il devint ainsi le plus gros éditeur de cartes postales du moment. Ses impressionnants catalogues numérotés, dont certains portent la mention « Souvenir de Constantinople », embrassent la quasi-totalité de l’Empire ottoman. Outre les paysages et les vues urbaines, ils comprennent de nombreuses séries consacrées à l’habillement des populations musulmanes, grecques, arméniennes et juives, ainsi qu’aux sultans ottomans. Certes, Fruchtermann ne fut pas le seul à exploiter ce filon, mais les historiens le considèrent aujourd’hui comme la figure emblématique de la carte postale ottomane. Les millions d’exemplaires qui auraient circulé dans toute l’Europe ont largement contribué à faire connaître l’Empire ottoman au public occidental.

 

Carte postale ottomane représentant des pompiers de Constantinople transportant une pompe à incendie au début du XXe siècle

 

Pourquoi ces cartes sont-elles si prisées depuis quelques décennies ? Tout d’abord parce qu’elles constituent des documents historiques exceptionnels permettant d’étudier des lieux et bâtiments disparus et montrent la vie quotidienne et les petits métiers des rues de cette époque. De plus, parce que leurs légendes montrent une incroyable diversité linguistique, avec du turc ottoman mais aussi du grec, de l’arménien, du russe, de l’anglais, de l’allemand et surtout du français, qui occupe une place de choix. Enfin, parce qu’elles documentent un monde multiculturel oublié ; en effet, après la création de la république turque en 1923, les thèmes, les langues et l’iconographie évoluèrent progressivement vers une représentation plus nationale.

 

Carte postale ottomane Souvenir de Constantinople représentant le palais de Dolmabahçe et d'autres monuments de la ville au début du XXe siècle

 

Aujourd’hui, beaucoup de collectionneurs guettent les ventes aux enchères, en quête de cartes rares, les plus anciennes, dont le dos n’est pas divisé, ou les plus précieuses, celles qui ont circulé et affichent la correspondance d’époque et le timbre d’origine, ce qui permet de les dater mais aussi d’éliminer les contrefaçons. Véritables témoins silencieux du passé, ces cartes postales anciennes nous ouvrent les portes d’un voyage nostalgique vers un monde révolu…

 

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Gisèle Durero-Köseoglu
Publié le 8 juin 2026, mis à jour le 8 juin 2026
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