L’ enseignement de la langue française pourrait disparaître dans les écoles de Pondy.


Une manifestation en faveur de la langue française
Récemment, à Pondichéry une première manifestation pacifique a réuni de nombreux citoyens dont plusieurs personnalités, des enseignants et des dirigeants. Ce rassemblement visait à sensibiliser le public et à inciter le CBSE (Central Board of Secondary Education) à préserver le statut spécial du Territoire de l'Union, en garantissant le maintien du français « comme langue régionale optionnelle » pour ses élèves.
« Nous exhortons les autorités à prendre en considération l'importance du français dans la dynamique socio-économique de Pondichéry, sa signification culturelle et la nécessité de préparer les élèves du CBSE aux perspectives et opportunités internationales. »
Une autre manifestation a aussi eu lieu à Paris sur le même sujet :
Pour comprendre le CBSE board et comment il s'intègre dans le système scolaire en Inde :
Éduquer ses enfants en Inde : comment choisir le bon système scolaire ?
Notre correspondant à Pondichéry, Arockiaraj CALIVARADAN, qui travaille aussi à l’Alliance française de Pondichéry, a pris la plume pour informer les lecteurs sur le sujet.
Les changements récents dans la politique éducative et les règles du CBSE entraînent le remplacement progressif du français par des langues indiennes comme l'hindi ou le sanskrit dans de nombreuses écoles à partir de l'année scolaire 2026-2027.
Pour plus de clarté, rajoutons que par coutume, dans la mesure où le district de Pondichéry est enclavé dans l’État du Tamil Nadu, celui-ci adopte la politique d’enseignement de cet État.
Un pays si grand que les habitants n'ont que la langue anglaise en commun pour communiquer
Rappelons que l’Inde a une population de près de 1,47 milliards d’habitants pour une superficie de 3287 millions de km2, environ 6,5 fois la France. Le nombre de langues parlées est très difficile à comptabiliser, lors du recensement de 2011 on dénombre 2843 langues maternelles et dialectes parlés. Le texte introductif de la nouvelle politique sur l’éducation de 2020 indique que l’Inde compte 780 langues parlées et 25 alphabets distincts. Bonne chance pour trouver le chiffre exact! Sur les 29 États indiens, 9 ont l’hindi comme langue officielle.
En 1965, l’Union territoriale de Pondichéry adopte la loi sur les langues officielles (Pondichery Official Languages Act). Cette loi prévoit l’utilisation de cinq langues : le tamoul, le télougou, le malayalam et l’anglais. Le français garde un statut symbolique de langue co-officielle. L’assemblée législative, ne rédige cependant les lois et les règlements qu’en tamoul et en anglais.
En 2003, l’Assemblée législative, avec l’approbation du gouvernement central a voté une loi pour redonner à la ville son nom tamoul : Puducherry. Le gouvernement central continue à mettre en avant l'idéologie hindutva qui favorise l'hindi et un nationalisme culturel pour unifier le pays aux dépens des identités régionales.
En décembre 2023, Annick Jourdaine, collaboratrice du Petit Journal Édition Inde, écrivait déjà sur ce sujet: « La NEP ( Politique Nationale d’Education) encourage le multilinguisme en souhaitant que chaque enfant apprenne trois langues, dont deux originaires de l’Inde. On reste donc dans l’esprit des lois mises en place depuis 1949.
- La NEP réaffirme l’obligation d’une troisième langue au primaire et au secondaire.
• La pédagogie évoluera en prônant l’usage de manuels bilingues, langue local et anglais pour l’enseignement des sciences et mathématiques.
• Le sanskrit sera proposé comme l'une des trois langues obligatoires.
• En plus de l'anglais et des langues indiennes, les élèves auront la possibilité d'apprendre des langues étrangères telles que le coréen, le japonais, le thaï, le français, l'allemand, l'espagnol, le portugais et le russe, à partir du niveau secondaire.
La NEP comporte également un volet enseignement supérieur en proposant la création et le développement de programmes et de sections en langues indiennes. Il est à noter qu’aujourd’hui, la quasi-totalité des cours universitaires se font en anglais.
Un contexte politique :
Cette décision s'aligne sur la Politique Nationale d'Éducation (NEP) 2020 qui vise à promouvoir les langues nationales et régionales. De nombreuses écoles ont commencé à remplacer le français par l'hindi ou le sanskrit.

Les points clés basés sur les développements de 2026 :
La nouvelle règle des 3 langues (2026-27) : Le CBSE, qui gère des milliers d'écoles, a rendu obligatoire l'étude de trois langues à partir de la classe 6 ( l’équivalent de la sixième dans la scolarité française), dont au moins deux doivent être des langues indiennes ce qui implique une marginalisation du français.
La politique des trois langues en Inde : une menace pour la diversité culturelle ?
Dans les écoles anglophones, l'anglais compte comme la première langue non indienne. Suivant la nouvelle règle qui exige l’apprentissage de deux langues indiennes, il ne reste plus de place pour le français ou l'allemand comme troisième langue.
Le cas de Puducherry :
Cette mesure a déclenché de vives réactions, notamment à Puducherry qui avait jusqu’alors un statut un peu particulier ( car ancien comptoir français), et où le français est très répandu. Des syndicats et partis politiques ont annoncé des manifestations contre la suppression du français.
Quel impact cela va-t-il avoir? :
Le français ne disparaît pas totalement, mais il devient beaucoup plus difficile d'accès dans le cursus scolaire formel du CBSE, reléguant son apprentissage à des options privées ou en dehors du temps scolaire principal. C’est un changement majeur.
Le point de vue de Raj qui a appris le français en autodidacte et à l’Alliance française :
Généraliser l’apprentissage de l’hindi est une bonne chose. Cependant, cela ne doit en aucun cas se faire au détriment du français à l’école. Se limiter à l’anglais comme seule langue étrangère n’est pas suffisant aujourd’hui. La diversité linguistique est essentielle, et le français a toute sa place dans le système éducatif. Même si l’anglais s’est imposé comme langue internationale, il est regrettable que les autres langues européennes soient progressivement mises de côté. Promouvoir le plurilinguisme est, selon moi, une véritable richesse culturelle et éducative qu’il est important de préserver.
C’est pourquoi il est essentiel de continuer à valoriser et défendre l’apprentissage du français.
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