Les célébrations du bicentenaire du LFIP auront lieu du 15 au 18 octobre 2026.


Propos de Marine Petit, une alumni installée à Pondichéry rapporté par Anais Pourtau pour lepetitjournal.com Inde.
Marine a été élève au Lycée Français International de Pondichéry et y a passé son baccalauréat au début des années 1990. Elle a expliqué au Petit Journal comment, elle allait participer aux célébrations du Bicentenaire avec l’association LFIPAAE, l’association indienne des anciens élèves du lycée qu’elle a rejointe depuis son installation en Inde.
Tout d’abord, souvenons-nous que le lycée français de Pondichéry est le deuxième lycée français au monde à avoir vu le jour, après celui de Berlin. Pondichéry a été concédée en 1674 par le sultan de Bijapur à François Martin, qui représentait la Compagnie française des Indes orientales. Pondichéry était alors un village de la côte de Coromandel, géographiquement bien placé pour le développement du commerce maritime. De ce fait, ce port a été, pendant plus de cinquante ans, un lieu d’intérêt stratégique que se disputèrent plusieurs pays. Enfin, en 1815, la ville est reprise aux Britanniques par l’armée française et redevient le comptoir français de Pondichéry, capitale de l’Inde française.
L'histoire mouvementée de Pondichéry, ancien comptoir français en Inde
Naissance du Collège Royal de Pondichéry
Le 26 octobre 1826, le gouverneur général Eugène Desbassyns de Richemont (1800-1859) signe le décret fondateur d’un collège pour garçons, qu’il appelle le Collège Royal de Pondichéry. La mission du collège est de dispenser un enseignement en français afin de former les intermédiaires administratifs dont l’Inde française a besoin. La colonie française doit ainsi former une classe de jeunes hommes capables de se mouvoir dans le système administratif français.

En 1928, le gouverneur achète définitivement les terres et le bâtiment, qui seront transformés et agrandis pour devenir le lycée actuel, rue Victor-Simonel. Parallèlement, il crée le premier pensionnat pour jeunes filles, qu’il confie aux sœurs de Cluny. Le lycée deviendra mixte dans les années 1970.
« Pondichéry, une passerelle entre l’Inde et la France »
Voilà trois ans, Marine Petit a décidé de revenir s’installer à Pondichéry, désireuse d’offrir à ses trois enfants une scolarité différente afin de leur faire vivre une expérience qui serait forcément très enrichissante.
Marine nous confie ce qui a orienté ses choix de vie:
« Outre la qualité des enseignements, l’implication du corps éducatif et les effectifs très éloignés des classes surchargées françaises, le Lycée propose un cadre exceptionnel puisque les cours sont toujours dispensés dans l’établissement d’origine, une magnifique demeure coloniale qui a traversé les siècles sans perdre de sa magnificence. L’établissement fait d’ailleurs partie d'un patrimoine franco-pondichériens unique à ce jour qui compte également à ses côtés le Consulat, l’École française d’Extrême-Orient, le Monument aux Morts et de l’Institut Français de Pondichéry qui a d’ailleurs fêté ses 80 ans cette année. »
Marine nous explique qu’elle n’a jamais complètement quitté Pondichéry puisqu’elle a rejoint l’équipe originelle qui a créé l’association des LFIP Alumni, basée en France. Elle a ainsi participé activement au formidable maillage qui a permis au tout premier bureau de poser les fondations de l’association actuelle, en proposant notamment un soutien très actif et dynamique aux jeunes bacheliers fraîchement diplômés venus poursuivre leurs études dans l’Hexagone, tout en mobilisant les adhérents installés en France mais aussi dans d’autres pays du monde.
Elle dit « s’être ainsi tout naturellement engagée dans l’association LFIPAAE de Pondichéry et continue, avec l’équipe en place, d’intervenir dans une dimension locale et pédagogique : l’année dernière a été mené un projet de vente de goodies et d’une boutique pour le lycée par Afroze Vicent et ses élèves de STMG , une ‘’capsule Bicentenaire’’ est en préparation. LFIPAAE sponsorise certains voyages scolaires ou événements organisés par et pour les élèves. L’association a dernièrement sponsorisé une équipe d’élèves afin qu’elle puisse participer à Auroville Bicycle Championship 2026 ».
Chaque samedi Marine Petit organise la visite du lycée. La plupart des visiteurs sont d’anciens élèves franco-pondichériens qui viennent montrer leur ancien lycée à leurs enfants.
Certains de ces jeunes Français, souvent mariés et parents de jeunes enfants, se mettent alors à imaginer un endroit où ils pourraient vivre et travailler tout en bénéficiant d’une autre qualité de vie. Pondichéry devient alors une belle découverte et une nouvelle option dans leurs désirs de changement et d’évolution.
Pour les célébrations d’octobre 2026, Marine Petit et la LFIPAAE proposeront un parcours numérique et immersif consacré à l’histoire et à la mémoire du lycée.
« Le principe de la réalité augmentée est relativement simple : contrairement à la réalité virtuelle, qui plonge l’utilisateur dans un univers entièrement numérique et le coupe de la réalité et du monde extérieur, la réalité augmentée vient enrichir en superposant des contenus numériques au monde réel. »
Le lycée en 1828 et en 1924
Marine nous présente l’exibition sur laquelle elle travaille et qu’elle a préparé : La première expérience en réalité augmentée permettra de découvrir le lycée en 1828 et en 1924. À partir de plans, de photographies anciennes, de documents d’archives et de recherches historiques, des maquettes 3D du bâtiment ont été réalisées afin de restituer son évolution architecturale. Ces maquettes 3D virtuelles seront présentées avec le travail bien réel de la maquette réalisée par une classe de primaire qui présentera sa vision du lycée de demain.
Une « Galerie d’ARt » au premier étage
Le parcours se poursuivra au premier étage de l’établissement, dans la galerie où sont exposées depuis de nombreuses années des reproductions d’œuvres célèbres de l’histoire de l’art. Certaines de ces œuvres deviendront à leur tour des portes d’entrée vers des contenus en réalité augmentée. En les observant à travers son smartphone, le visiteur pourra accéder à une expérience numérique lui permettant de regarder différemment une œuvre pourtant familière. Cette Galerie d’ARt permettra ainsi de relier patrimoine scolaire, histoire de l’art et nouveaux outils de médiation culturelle.
Les Voix de ceux qui ont fait vivre le lycée, Alumni des personnels et enseignants
Le patrimoine du lycée est aussi humain. Une troisième expérience sera donc consacrée à la parole de celles et ceux qui ont fréquenté ou fait vivre l’établissement. Anciens élèves, enseignants, personnels et agents ont été invités à raconter un souvenir, une époque, une anecdote ou un moment de leur vie au lycée. Les visiteurs pourront ainsi écouter ces témoignages et découvrir les histoires de certain-e-s qui ont contribué à l’Histoire de l’établissement, à travers les voix de plusieurs générations, expérience qui a été techniquement développée par un élève de Terminale en spécialité NSI (numériques et sciences informatiques). Ainsi viennent s’ajouter les émotions, les souvenirs et les histoires individuelles qui constituent la mémoire collective du lieu.
Construire ensemble la mémoire collective du lycée
Le dernier volet du projet de LFIPAAE sera volontairement différent, car il ne sera pas réellement terminé en octobre. Il sera, au contraire, le début d’un projet appelé à grandir avec le temps.
Au cours des recherches menées pour préparer le Bicentenaire, de nombreuses photographies anciennes ont été retrouvées : photos de classe, portraits d’élèves et d’enseignants, spectacles de théâtre, concerts, cérémonies, rencontres sportives, kermesses, fêtes scolaires ou simples scènes de la vie quotidienne.

Certaines sont parfaitement documentées. D’autres ne comportent plus aucune indication. L’idée est donc de poser, à l’occasion du Bicentenaire, les premières pierres d’un grand mur numérique et collaboratif de la mémoire du Lycée Français de Pondichéry.
Un premier site rassemblera les archives photographiques retrouvées, que chacun pourra venir consulter, renseigner et contribuer à identifier : reconnaître un ancien camarade, donner le nom d’un professeur, préciser une année, raconter l’histoire d’une photographie ou apporter une information permettant de la documenter.

Mais le projet fonctionnera également dans l’autre sens. Les anciens élèves, leurs familles, les enseignants et les personnels pourront verser leurs propres photographies : une photo de classe conservée dans un album familial, une fête de fin d’année, une représentation théâtrale, une équipe sportive, une kermesse ou simplement un moment de vie au lycée.
Chaque contribution viendra ainsi enrichir progressivement une mémoire que l’établissement ne pourrait constituer seul. L’objectif est de passer d’une archive institutionnelle à une mémoire collective et vivante, construite par toutes les générations qui ont traversé le lycée.
Le Bicentenaire ne constituerait alors pas l’aboutissement de ce travail, mais son point de départ.
« Deux cents ans d’histoire représentent des milliers d’élèves, d’enseignants, de personnels et de familles. Une grande partie de cette mémoire existe encore, dispersée dans des albums, des cartons et des souvenirs individuels. L’idée est de profiter du Bicentenaire pour commencer à la rassembler et faire en sorte que chacun puisse participer à sa transmission. »
Et c’est peut-être là que réside l’ambition la plus intéressante de ce Bicentenaire : utiliser les technologies les plus contemporaines non pas pour remplacer la mémoire, mais pour permettre de la retrouver, de la partager et de la transmettre.
Le lycée Français international de 2026
“Je trouve qu’il existe une très bonne énergie entre les élèves dans cet établissement’’
Lorsque l’on évoque ce sujet, Marine nous explique avec passion pourquoi elle est restée attachée à cet établissement.
“À mon époque nous étions à peine 1000 élèves. Il n’y a plus de professeurs de ces années là. Nous passions le bac au mois d’avril et les cours reprenaient mi août . Comme c’est toujours le cas aujourd’hui bien que les effectifs des élèves aient réduit , il règne toujours au lycée un esprit de solidarité et de fraternité entre les élèves. »
Un lycée tourné vers l’avenir et les échanges
« Je voulais que mes enfants prennent conscience de ce que la vie et l’éducation leur proposaient, leur montrer que la richesse, c’est l’autre et le partage… C’est au lycée français qu’ont résonné dans mon esprit les notions et les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Cela permet de se souvenir que le concept de droit à l’éducation offre une chance et des conditions d’études exceptionnelles. »
Le programme ADN, nommé ainsi en référence à l’exploratrice Alexandra David-Néel, est développé par l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger). Il s'agit d'un dispositif d’échanges scolaires ayant pour objectif de permettre à des élèves de seconde de vivre une immersion dans un autre lycée français et d’être accueillis par une famille du réseau pendant quatre à huit semaines. Le fils de Marine en a bénéficier par le biais du LFIP.
« L’année dernière, mon fils a voulu aller voir comment cela se passait sur un autre continent et il s’est retrouvé en Côte d’Ivoire, à Abidjan. Cela a été une leçon inoubliable pour moi comme pour mon fils. Il a pu voir des choses très différentes de celles qu’il connaît en France ou encore en Inde. C’est clairement une chance et un enrichissement personnel formidable pour un jeune.»
« Ce Bicentenaire, c’est l’occasion de présenter une institution et un visage français tels qu’on les connaît, mais c’est également l’opportunité de montrer son ouverture aux nouveaux concepts et à la modernité du monde des futures générations françaises et indiennes ».
Le Petit journal remercie Marine Petit pour son temps et son témoignage.







