Il reste quelques mois à l’Inde pour se positionner vis-à-vis de ces différents partenaires potentiels et projeter sa stratégie aérienne pour les 10 à 15 prochaines années.


Un développement lancé sous contrainte en Inde
L’Indian Air Force est en position délicate et doit renouveler sa flotte de combat. En effet, près d’1/3 de sa capacité n’est plus opérationnelle et ce manque va s’amplifier compte tenu de l’âge de la flotte restante. L’Indian Air Force doit faire face au vieillissement d’une partie de sa flotte.
Plusieurs appareils d’origine britannique ou russe arrivent en fin de vie, tandis que les difficultés d’approvisionnement et de maintenance compliquent la disponibilité opérationnelle de certains avions. Les Rafale acquis auprès de la France ne suffiront pas, à eux seuls, à combler ce déficit ni à préparer les capacités aériennes de demain.

L’Inde face à une géopolitique complexe
L’Inde fait face à une géopolitique complexe : La Chine multiplie les démonstrations de force, les tensions avec le Pakistan sont toujours présentes et le lien historique avec la Russie devient une dépendance complexe à gérer à mesure que la Russie oriente ses priorités sur ses propres besoins du fait de la guerre en Ukraine.
Les engagements industriels russes peinent à passer les filets des sanctions internationales rendant la maintenance complexe, alors que l’accès à d’autres technologies occidentales est freiné par la méfiance de cette proximité Russo-Indienne.
La problématique est donc double : Renforcer la flotte de 5ème génération d’une part et préparer la 6ème génération en incluant l’ensemble du spectre des nouvelles technologies (furtivité, drones, IA, cloud de combat …).
Des programmes indiens de 5eme et 6eme générations construits en parallèle
D’une part, l’Inde a lancé le développement en autonomie de la 5eme génération, le programme Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA – lancé par Aerotechnical Development Agency - ADA). Un partenariat a été signé avec le motoriste français SAFRAN incluant un transfert de technologies et de compétences. Un premier vol pourrait avoir lieu à l’horizon 2029 pour une mise en service dans la foulée.
Pour la première fois sur ce type de programme, un groupement privé (Tata, L&T / Bharat Electronics, et Bharat Forge / BEML)a été retenu au détriment de l’industriel public de référence HAL (Hindustan Aeronautics Limited).

D’autre part le besoin d’un programme de 6ème génération est officialisé pour ne pas prendre un retard trop important à l’avenir. Le pays se tourne donc vers partenaires connus pour ce développement.
L’Europe est idéalement placée compte tenu des tensions géopolitiques autour des USA, de la Chine et de la Russie.
Des programmes Européens en recomposition
L’Europe a lancé plusieurs programmes pour cette 6ème génération. Cependant les collaborations se sont fracturées en 2026 …
Il y a tout d’abord le programme SCAF ou FCAS (Future Combat Air System), lancé en 2017 par la France, l'Allemagne, et l'Espagne) pour succéder aux Rafales et Eurofighter. Le programme s’est arrété brutalement cet été du fait des tensions autour du partage de technologies et de leadership entre la France et l’Allemagne.
Le ministre Français des armées Mme Catherine Vautrin a confirmé que la France envisage de continuer seule le déroulement de ce programme.

Le 2nd programme européen élargi est le GCAP (Global Combat Air Program), mené par l’Italie, le Royaume-Uni et le Japon (renforcé récemment par la venue du Canada en tant qu’observateur).
L’Inde est courtisée par l’ensemble de ces interlocuteurs : Des discussions avancées ont eu lieu pour une candidature à GCAP (statut de « Dialogue partner ») et plus récemment, un rapprochement direct entre la France et l'Inde est étudié, du fait de l’échec du programme SCAF.
Le pari Indien
L’Inde doit mener dans un délai court le projet AMCA Advanced Medium Combat Aircraft tout en choisissant son partenaire pour son programme 6ème génération.
Le groupement GCAP demande une intégration avant fin 2026, et le partenaire français issu de SCAF souhaite des engagements financiers et technologiques.
Mener les 2 discussions de front permet à l’Inde de se mettre en position de force dans les négociations (gouvernance, financiers, transferts technologiques), malgré le calendrier contraint par GCAP.
Les bonnes relations passées entre la France et l’Inde sur les programmes aéronautiques (Rafales depuis 2020 et plus récemment) et le transfert technologique entamé (formation, maintenance …) rassurent l’Inde quant à son autonomie stratégique.
Un projet Franco Indien encore incertain
Mais le rapprochement franco indien autour d’un projet SCAF remodelé n’a pour le moment rien de concret, si ce n’est l’engouement des 2 parties.
Rien n’a été signé et aucun engagement n’a été pris, ni d’un point de vue financier, ni sur la question de gouvernance ou industrielle. Le projet est au stade de l’intention de coopération et de démonstration d’intérêt.
Ensuite, l’argument majeur de Dassault, qui a bloqué dans le groupement SCAF initial, reste d’actualité avec l’Inde : Quid du partage technologique et de la propriété intellectuelle en phase de développement ? La gouvernance reste le point central de discussion.
Par ailleurs, la proximité toujours présente de la Russie, en lien avec la flotte existante pourrait freiner les velléités de partage et d’intégration rapprochée avec l’Inde compte tenu de la criticité des nouvelles technologies à intégrer.
Le volet financier reste incertain. L’estimation de plus de 10 Milliards d’euros sur 10 ans donne un aperçu de ce qui sera attendu des 2 partenaires éventuels.
Enfin, le positionnement de l’Inde sur 2 programmes concurrents (SCAF/France et GCAP) peut être un risque si les engagements demandés de part et d’autre sont exclusifs. Le Statut d’observatrice/Candidate de GCAP peut remettre en cause le partenariat SCAF et inversement… La décision devant être clarifiée avant fin 2026 pour GCAP.
Une décision tardive ou mal avisée reviendrait à changer de statut dans les négociations futures.
Il reste quelques mois à l’Inde pour se positionner vis-à-vis de ces différents partenaires potentiels et projeter sa stratégie aérienne pour les 10 à 15 prochaines années.












