Édition internationale

Inde : Maya Kamaty, chanteuse réunionnaise en tournée dans les Alliances françaises

Dimanche soir 18 octobre la salle polyvalente de l’Alliance française de Pondichéry était plus que pleine pour assister au concert de Maya Kamaty, invitée dans le cadre de la deuxième édition du mois de la culture Réunionnaise .

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Source: https://www.instagram.com/mayakamaty/.
Écrit par Anaïs Pourtau
Publié le 22 octobre 2026

 Maya avait quelques jours plus tôt participé à une table ronde sur « l’identité réunionnaise au croisement des cultures» avec Joelle Ecormier, écrivaine , Grégory Lucilly, réalisateur et Sahara Cassim historienne à La Réunion. 

 

mois de la reunion AF pondy

 

Sa musique, tout comme elle, est « plurielle » : Créole-Indi-pop.

Ce soir-là, Maya Kamaty arrive sur la scène de la salle polyvalente de l’Alliance française de Pondichéry, d’emblée, son énergie rayonne. Elle attrape les spectateurs et les propulse dans un voyage musical où sa voix puissante, mélodieuse et chaude chante un créole qui semble tout droit sortir du fond de son âme.

Le rythme swingue, les corps balancent et les mains frappent. Ce n’est pas la musique traditionnelle de La Réunion, point de folklore : « ce n’est pas du maloya » nous dit Maya, cette musique traditionnelle qui puise ses racines dans les origines multiculturelles des Réunionnais.

Le Petit journal a eu la chance de rencontrer Maya Kamaty, qui nous a accordé le temps d’une discussion. Elle vient souvent en Inde où elle « se reconnaît » et elle repart pour sa tournée indienne.

 

Une enfance bercée par le maloya

Maya est née à La Réunion dans une famille d’artistes, son père est le leader du groupe Ziskakan depuis 45 ans, groupe militant pour la reconnaissance de la langue créole et du maloya, sa mère est conteuse, son frère joue avec son père des percussions et de la flûte. Elle est donc enfant de la musique et des mots depuis toujours. Elle chante en créole, en anglais, Maya mélange les mots des langues et joue avec.

Elle sort son premier album qui obtient de suite du succès : Santié Papang, en 2014. Par la suite elle collectionne plusieurs prix, dont le premier prix des Musiques de l’océan Indien en 2013, ou en 2015 le prix de la Meilleure voix féminine de l’océan Indien.

 

« Notre histoire n’est pas écrite dans les manuels scolaires ».

 

L’Île de La Réunion est passée du statut de colonie à celui de département français en 1946 et ses habitants de statut de colonisés à celui de citoyens français.

 

R2union map

 

Le père de Maya, Gilbert Pounia est un Malbar, issu de la quatrième génération « d’engagés », ces travailleurs indiens qui au XIXe siècle, sont partis travailler sous contrat pour remplacer les esclaves dans les plantations de cannes à sucre de La Réunion. Gilbert Pounia est d’origine indienne et malgache, son épouse Annie Grondin est d’origine chinoise et mauricienne.

Les Réunionnais ont une histoire propre, ils sont musulmans, juifs, chrétiens, hindous, c’est une population métissée, ce sont les descendants des esclaves africains, indiens tamouls et musulmans, chinois, comoriens, malgaches, polynésiens, australiens.

 

Les engagés , ces travailleurs indiens qui au XIXe siècle, sont partis travailler sous contrat pour remplacer les esclaves dans les plantations de cannes à sucre de La Réunion
photo d'illustration des "engagés". Source : https://www.portail-esclavage-reunion.fr/index.html

 

Le département français de La Réunion est à 9400 kilomètres de la France métropolitaine.

Bien que vivant sur une île sublime, beaucoup de Réunionnais sont pauvres, le taux de chômage est le double de celui de la France hexagonale et un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté.

La plupart subissent les conséquences de la précarité, de la vie chère, des inégalités. Beaucoup de Réunionnais ont le sentiment de n’être ni écoutés, ni représentés.

Les inégalités se creusent entre autres, avec l’afflux d’arrivants de l’hexagone, plus diplômés et plus riches. Ce qui se traduit comme partout par une augmentation du coût de la vie et du prix de l’immobilier.

Seulement 12% du territoire sont habitables et vivre au cœur des villes de Saint-Denis ou de Saint Paul est un luxe.

Résister en musique pour faire valoir la singularité de l’identité réunionnaise

Maya, tout comme ses parents à travers leur expression artistique, milite pour que soit reconnu et considéré le créole de La Réunion en tant que langue à part entière et même langue littéraire. Pendant longtemps ce fut une langue méprisée, du fait de ses sonorités et son vocabulaire spécifiques, souvent synonyme d’échec scolaire face au français parlé en métropole.

 

 « Notre combat autour de la langue créole ressemble à celui du breton ou de l’occitan. Le créole est considéré comme une langue de l’oral qui ne doit pas être officialisée et donc enseignée en tant que langue écrite. » Maya nous dit dans ses textes à quel point elle se sent héritière de toutes ces influences, y compris celle de ses lignées familiales.

Elle constate que dans le néocolonialisme ambiant, à La Réunion dans cette société hétérogène, on ne se reconnaît plus culturellement dans une forme d’uniformisation globale, dans cet effacement de la singularité réunionnaise.

Elle croit avec force, dans l’expression des richesses culturelles et dans leur mise en commun, au profit de tous. Elle s’emploie elle-même avec enthousiasme, comme d’autres artistes, à faire vibrer les sons de cette mosaïque culturelle et musicale existante sur son île.

Beaucoup des spectateurs de l’Alliance française de Pondichéry et même des « fans », disent d’elle  qu’elle est inspirante par ces combats.

Le créole est une langue brillante, imagée qui brille par ses sonorités

«  Le créole a pris ses bases dans son histoire: dans le français, le tamil, le malgache, le portugais. Le premier jeu que j’en fais, est artistique, je m’amuse à faire resurgir des mots qui ne sont plus utilisés et des tournures créoles anciennes. J’estime que c’est ce jeu qui fait ma singularité.

Par ailleurs, je suis influencée par de grands interprètes qui chantent le maloya : Danyèl Waro, Granmoun Lélé, Alain Péters, Ziskakan et d’autres. »

Maya co-compose avec Sskyron, dont elle dit qu’il est « un architecte de la musique réunionnaise d’aujourd’hui, avec une âme profondément créole ». Sskyron est aussi interprète, auteur, compositeur et producteur.

 

maya et  son groupe
Maya Kumaty accompagnée de Arjuna Mariapin à la batterie et Charly Monneret au son. 

 

Interprète, auteure, compositrice, engagée et concernée.

«Les chansons de mon premier album étaient plutôt des balades créoles, folk et étant une femme, c’est une place qui semblait m’être assignée, tout comme de suivre les traces de la musique paternelle toute ma vie: pas le droit d’être en colère, pas le droit de grandir, devoir de faire la même musique que papa .

Forcément avec la musique que je fais aujourd’hui je perds des gens en route, mais j’en gagne d’autres et mon expérience dans notre société fait que j’évolue. Je change ma façon d’écrire, j’essaye de poser des questions, c’est important pour moi de parler de ce qui se passe à La Réunion. C’est ce dont je parle dans mes chansons».

 

Être artiste selon moi, c’est aussi dénoncer l’injustice de ce monde.

Profondément humaniste et sensible aux injustices, Maya interpelle, s’inquiète de l’évolution de la  société française, de la société réunionnaise et même du monde.

 

Maya croit en la solidarité. Dans ses chansons, elle s’insurge contre ce qui sépare les gens: « Tout est fait pour avoir peur et se taire ».

Maya s’indigne contre le racisme, l’intolérance vis-à-vis des personnes en minorités, l’accueil fait aux migrants qui voudraient se réfugier en France, ou plus récemment à La Réunion ( les bateaux Sri Lankais qui se sont échoués sur les côtes réunionnaises après le Covid), aux mahorais:

« On a oublié d’où l’on vient, on est des malbars, potentiellement nos ancêtres ont vécu la même chose. »

 « Le mépris de classe et l’injustice me révulsent, l’homophobie, la grossophobie, les inégalités, la violence subie par les femmes. Je le dénonce dans mes textes. Je dis que nous sommes tous censés être d’accord sur des choses aussi basiques.

Cependant il semble qu’on ne peut plus parler, les gens n’ouvrent pas les yeux, chacun s’enferme dans son cocon, chacun a ses raisons. Mais on devrait pourtant tous être d’accord, que se passe-t-il ? C’est ce que j’interroge dans mes chansons.

« Je ne peux pas rester insensible à ces injustices, j’ai besoin d’écrire, j’ai besoin d’évacuer ces questions avec la musique. La musique est mon exutoire, je délivre des questions. »

 MOn engagement conduit tout ce que je fais, c’est viscéral. Bien sûr je suis féministe, je sais que je dérange. On vit dans un monde de désinformation. Ne devrait-on pas collectivement dire notre mécontentement et soutenir la liberté de s’exprimer? parce que dès que l’on dit quelque chose qui a du sens, la parole est empêchée. Mais il arrive que parfois tu n’as plus la force de résister. »

 

maya et  son groupe

 

Maya Kamaty a choisi cette citation d’Edouard Glissant ( romancier, poète et philosophe martiniquais. 1928-2011) pour conclure notre article. Nous la remercions chaleureusement du temps qu'elle nous a accordé.

Il résumait la créolité en une très belle formule « Le tout- monde ». Il définissait ainsi ce concept : « Le monde que l’on partage, le monde où les diversités sont acceptées. J’appelle la créolisation des rencontres, l’interférence, le choc, les harmonies et les disharmonies entre les cultures… » il a rappelé que cette idée de « tout - monde » était née au pied d’un monument aux morts pour la France.

Pour découvrir le travail de Maya Kamaty, rendez-vous sur son site ici, sa chaîne youtube ici ou son compte Instagram dans ce lien.

Vous pouvez encore la voir en concert ce 23 octobre à Delhi.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
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