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Ukraine, Covid... la Chine joue la montre

Par Le Vent de la Chine | Publié le 30/03/2022 à 14:30 | Mis à jour le 30/03/2022 à 14:30
Photo : @VDLC
covid chine

Que ce soit vis-à-vis de la guerre en Ukraine ou de la lutte contre la Covid-19, Pékin préfère jouer la montre. Malgré quelques légers ajustements, le leadership maintient coûte que coûte ses positions, moins guidé par des considérations internationales que par des enjeux de politique intérieure.

Une neutralité de façade vis-à-vis de l'Ukraine

Alors que l’affrontement en Ukraine dure déjà depuis un mois et que les bombardements russes ont fait fuir un quart de la population ukrainienne, Pékin continue de se draper dans une neutralité de façade, réaffirmant son soutien à Moscou et soutenant ses récriminations envers l’OTAN et surtout les États-Unis. Une position qui devient de plus en plus inconfortable au fur et à mesure que le conflit s’enlise.

Au sein de l’appareil, cette approche ne fait pas l’unanimité, que ce soit parmi les sept membres du Comité Permanent ou parmi les milieux intellectuels. Pour certains, le partenariat sino-russe doit être rompu au plus vite, « avant qu’il ne soit trop tard ». Cependant, faire marche arrière n’est pas une option pour le Président Xi Jinping, qui entretient une relation privilégiée avec Vladimir Poutine (38 rencontres depuis 2013), voire éprouverait une certaine admiration pour ses méthodes. En effet, s’il reconnait publiquement avoir eu tort de soutenir Poutine, il prêtera le flanc aux critiques au sein du Parti. À l’inverse, si Xi Jinping maintient sa position actuelle, il risque de nuire un peu plus à l’image internationale de la Chine en l’associant à l’aventurisme militaire de Poutine et à toute décision irrationnelle que le maître du Kremlin pourrait prendre s’il se sent acculé. Or, le leader chinois n’a aucune envie d’être blâmé pour la guerre de Moscou. Néanmoins, l’échec de Poutine en Ukraine, ou pire, sa chute, exposerait personnellement Xi Jinping. Alors que le dirigeant chinois prétend à un troisième mandat lors du XXème Congrès du Parti l’automne, il peut mal se permettre d’être associé à un perdant. Il n’y a donc pas de porte de sortie évidente à ce stade. C’est la raison pour laquelle Pékin préfère se cantonner au rôle d’observateur. Dans un tel contexte, il parait peu réaliste d’attendre que la Chine prenne ses distances avec la Russie, peu importe les pressions exercées par Washington pour forcer Pékin à prendre position.

40 millions de personnes confinées en Chine

En matière sanitaire aussi, le gouvernement chinois est persuadé que le temps joue en sa faveur. Depuis plusieurs semaines, le variant Omicron, à la fois moins dangereux et plus contagieux, met à l’épreuve la stratégie « Covid dynamique » qui a fait la fierté du pays. Près de 40 millions de personnes ont été confinées, de la province du Jilin au nord-est du pays, à la mégalopole de Shenzhen, au sud-est. Même à Shanghai, jusqu’à hier « ville-modèle » en matière de lutte contre le virus, les autorités se sont résignées à mettre la ville en quarantaine en deux temps (Pudong puis Puxi), après avoir détecté plus de 10 000 cas en 21 jours.

Face à cette flambée épidémique, le gouvernement a été contraint d’adapter sa stratégie : autorisation préliminaire du traitement antiviral de Pfizer (Paxlovid), mise sur le marché de kits d’auto-test, révision du protocole de confinement des cas légers ou asymptomatiques afin de désengorger les hôpitaux, nouvelle campagne de vaccination des plus de 60 ans… Des méthodes que l’on croirait empruntées aux pays ayant choisi de « cohabiter » avec le virus.

Changement de stratégie à Hong Kong

De là à présager un changement plus fondamental de stratégie ? Pas si vite, répondent les responsables sanitaires. La Chine n’est pas prête. Si le pays rouvrait ses portes, il risquerait un raz de marée meurtrier sur son immense territoire, aux ressources médicales limitées et peu immunisé. Alors que les autorités avaient commencé à réfléchir à différents moyens d’assouplir les restrictions, la redoutable cinquième vague qui a submergé Hong Kong les a convaincues d’abandonner tout projet en ce sens. Après avoir blâmé l’administration de Carrie Lam pour son laxisme, les autorités centrales se sont vite rendu compte que ce qui arrive à Hong Kong pourrait bien arriver au continent.

A en croire Liang Wannian, chef du groupe d’experts chargé de la réponse à l’épidémie de Covid-19, la stratégie « Covid dynamique » permet surtout de gagner du temps, avec l’espoir que des traitements et des vaccins (chinois) plus efficaces émergent, ou qu’une mutation rende le virus moins dangereux. Cette procrastination présente plusieurs avantages aux yeux du leadership, dont celui de garder la Chine sous cloche d’ici le XXème Congrès, voire d’ici la session inaugurale du nouveau Parlement en mars 2023.

Dans les deux cas, Ukraine comme Covid-19, le gouvernement préfère jouer la montre, mais attention à ne pas se retrouver piégé dans son propre immobilisme…

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Didier Pujol

Rédacteur en chef de l'éditon Hong Kong.

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