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Sophie Bonnin-Rocher : "L’intelligence collective pour agir à Hong Kong face au climat"

Face à l’urgence climatique, comprendre ne suffit pas toujours à agir. À Hong Kong, Sophie Bonnin-Rocher s’engage au sein de la Fresque du Climat, un atelier participatif fondé sur les données scientifiques du GIEC. Son objectif : aider les participants à comprendre les mécanismes du dérèglement climatique, puis à identifier des pistes d’action concrètes. Alors que le territoire vient de publier son premier plan quinquennal dans lequel figure des objectifs environnementaux chiffrés, elle défend une approche pédagogique, collective et tournée vers l’avenir.

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Écrit par Marion Burlaud
Publié le 25 octobre 2026

Je crois beaucoup aux initiatives locales

Vous êtes engagée depuis longtemps dans les initiatives liées à la transition écologique. Qu’est-ce qui vous a conduite vers la Fresque du Climat ?

Je me suis impliquée dans des initiatives liées à la transition écologique depuis longtemps. Je crois beaucoup aux initiatives locales et aux dynamiques qui partent du terrain pour rassembler les personnes autour d’un objectif commun.

À Hong Kong, je me suis progressivement rapprochée de ce type de collectif. L’urgence climatique est devenue telle qu’il est difficile de ne pas y consacrer une grande partie de son énergie. Mais encore faut-il disposer d’outils qui rendent le sujet compréhensible. Les rapports du GIEC sont essentiels, mais ils peuvent sembler difficiles d’accès lorsqu’on n’a pas de formation scientifique. La Fresque du Climat m’a paru être une manière claire et collective d’entrer dans cette complexité.

 

Pour les lecteurs qui ne connaissent pas encore la Fresque du Climat, de quoi s’agit-il exactement ?

C’est un atelier ludique, participatif et collaboratif, fondé sur les connaissances scientifiques du GIEC. L’outil a été conçu par Cédric Ringenbach, dans la continuité des travaux de vulgarisation scientifique, notamment associés à Jean-Marc Jancovici et au Shift Project. Il ne s’agit ni d’une conférence ni d’un cours magistral. Les participants travaillent ensemble à partir de cartes représentant les causes et les conséquences du changement climatique, afin de reconstituer les liens complexes entre les différents phénomènes.

Le rôle du facilitateur n’est pas de transmettre un savoir de manière descendante. Il guide le groupe pour que l’intelligence collective puisse se mettre en place. L’atelier comporte une phase de compréhension, puis une phase consacrée aux solutions et au passage à l’action. C’est important : si l’on se contente de comprendre l’ampleur du problème, on risque de repartir découragé. Il faut aussi se demander ce que l’on peut faire, individuellement et collectivement, pour apporter sa contribution.

Un atelier dure environ trois heures, et davantage pour les entreprises. C’est le temps nécessaire pour comprendre des mécanismes complexes, laisser émerger les émotions et aider les participants à se sentir capables de mettre en place des solutions.

 

La Fresque du Climat permet à chacun de contribuer

Pourquoi cette deuxième étape, celle des solutions, est-elle si importante ?

Parce que connaître un problème ne signifie pas automatiquement que l’on va agir. Nous savons souvent ce que nous devrions faire, mais nous ne le faisons pas. Face à l’ampleur de l’enjeu climatique, on peut se sentir dépassé, impuissant ou éco-anxieux.

La Fresque cherche à redonner confiance. Il ne s’agit pas de dicter une solution unique, mais d’aider chacun à identifier ses ressources, ses compétences et le collectif auquel il peut contribuer. Une personne qui travaille dans la conception ou la logistique, un étudiant ou quelqu’un qui contribue à la société d’une autre manière n’aura pas le même levier d’action. Mais chacun peut agir à son niveau.

La transition écologique n’est pas forcément une contrainte. C’est aussi un espace d’innovation et de créativité. Des solutions existent déjà en partie ; le défi consiste à les comprendre, à les adapter et à les mettre en œuvre dans des contextes réels. L’approche est avant tout positive, non culpabilisante et tournée vers l’avenir.

 

Fresque du Climat Hong Kong

 

Qu’est-ce qui revient le plus souvent dans vos ateliers à Hong Kong ?

Ce qui revient le plus, ce n’est pas l’absence de solutions, mais le sentiment de ne pas pouvoir provoquer le changement. Notre objectif est que les participants repartent avec davantage d’espoir et l’envie de passer à l’action.

Cela ne signifie pas qu’il faut accomplir quelque chose d’extraordinaire immédiatement. On peut déjà agir sur son alimentation ou ses modes de transport, et surtout réfléchir à son rôle dans un collectif. Dans une entreprise, les leviers peuvent se trouver à tous les niveaux : la communication, les achats, la production, la conception des produits ou la logistique.

À Hong Kong, l’enjeu peut aussi être très concret pour une communauté expatriée. Lors d’un atelier organisé avec Hong Kong Accueil, les participants ont notamment évoqué le besoin de mieux partager les informations sur les voyages bas carbone et les initiatives locales.

Je préfère que les idées émergent des participants plutôt que de leur présenter une liste de solutions toutes faites. La variété des publics est une richesse : chaque groupe produit une dynamique différente et nous apprend quelque chose.

 

Un antidote à l’éco-anxiété 

En quoi cette approche peut-elle contribuer à lutter contre l’éco-anxiété ?

Il faut d’abord accepter les émotions que le changement climatique suscite : la colère, la tristesse, le rejet ou la peur. Beaucoup de personnes ressentent ces choses, mais peuvent avoir l’impression d’être seules. Le fait de les partager permet déjà de comprendre que l’on n’est pas isolé.

Ensuite, il faut sortir de l’impuissance. Pour moi, la Fresque est une forme d’antidote à l’éco-anxiété parce qu’elle invite à se tourner vers les autres. La solution ne vient pas seulement d’une action individuelle héroïque : elle se trouve aussi dans les personnes qui nous entourent et dans les collectifs auxquels nous pouvons contribuer.

Cela rejoint la dimension sociale du changement climatique. Les risques ne touchent pas tout le monde de la même manière. L’âge, le genre, le lieu de vie, l’origine sociale ou la capacité à se protéger des événements extrêmes créent des situations différentes. La compréhension globale doit ensuite être mise en regard de l’expérience de chacun.

 

Fresque du Climat Hong Kong

 

Quel rôle la Fresque peut-elle jouer auprès des entreprises et des universités hongkongaises ?

Il faut aller là où se prennent les décisions et là où se forment les futurs décideurs. Les universités hongkongaises accueillent des étudiants qui travailleront demain dans la finance, la technologie, la gestion des risques ou l’innovation. Leur donner des clés de compréhension suffisamment tôt peut les aider à prendre des orientations différentes et plus créatives.

Nous avons par exemple été invités à intervenir auprès d’étudiants en master de la HKU Business School, dans le cadre d’un programme de rentrée consacré à l’ESG. Ce type de partenariat montre comment un atelier peut devenir un outil intégré à la formation des futurs professionnels.

Pour les entreprises, l’intérêt est d’internaliser la démarche en formant des facilitateurs au sein même des organisations. Cela permet d’ancrer ces enjeux dans la culture de l’entreprise et de faire émerger un réseau de personnes capables de porter le changement sur la durée.

De grands groupes comme Veolia, Société Générale ou Saint-Gobain disposent de facilitateurs en interne pour déployer les ateliers. Au-delà de la flexibilité, l’un des principaux atouts est de faire grandir, dans l’entreprise, un vivier de personnes qui pourront porter les enjeux de développement durable.

À Hong Kong, notre réseau compte aujourd’hui entre 20 et 30 facilitateurs actifs et environ 130 personnes formées. Nous cherchons à développer des partenariats avec des entreprises, des universités et des écoles. L’appui de toutes les personnes qui soutiennent notre mission est essentiel pour faire connaître l’outil et ouvrir ces portes.

 

Il existe de nombreuses initiatives locales 

Comment la Fresque s’inscrit-elle dans les enjeux environnementaux propres à Hong Kong ?

Hong Kong est souvent perçue comme une ville très dense et très urbaine, mais elle possède aussi une biodiversité remarquable et de vastes espaces naturels protégés. Il existe de nombreuses initiatives locales dans la conservation, la permaculture, l’éducation à l’environnement et la restauration des écosystèmes. Le défi est parfois de mieux les faire connaître et de permettre aux habitants, notamment aux familles et à la communauté internationale, de les rejoindre.

La biodiversité et le climat sont liés, même s’ils ne peuvent pas être traités entièrement dans un seul atelier. La Fresque du Climat aborde certains liens avec les océans, les puits de carbone ou les écosystèmes. La Fresque de la Biodiversité permet d’aller plus loin et de comprendre la complexité du vivant.

Hong Kong dispose désormais d’un cadre officiel avec le Hong Kong Biodiversity Strategy and Action Plan 2035. Mis à jour le 31 décembre 2025, il définit quatre axes stratégiques, 30 actions prioritaires et 81 projets prioritaires. Il prévoit notamment de renforcer la gestion des espaces protégés, de restaurer des écosystèmes dégradés et d’intégrer davantage la biodiversité dans les pratiques urbaines et communautaires.

Sur le terrain, Sophie cite notamment Ark Eden, à Lantau, un centre d’éducation à l’environnement, de « forest school » et de permaculture qui propose des ateliers, des projets de restauration écologique, des plantations d’arbres et des activités pour les écoles et les familles. Ces initiatives permettent de relier les objectifs publics à la vie quotidienne.

 

La transition doit être nourrie par la créativité 

Hong Kong vient de préciser ses priorités environnementales dans son premier plan quinquennal. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

Le fait que l’environnement apparaisse dans des objectifs contraignants est un signal important. Quatre des cinq indicateurs contraignants du premier plan quinquennal de Hong Kong concernent l’environnement : l’intensité carbone, la part d’énergie zéro carbone dans la production d’électricité, la concentration moyenne de particules fines PM2,5 et la qualité des eaux de surface. Cela relie la transition écologique à des indicateurs mesurables.

Mais un plan ne suffit pas à lui seul. Il faut le mettre en œuvre, financer les initiatives et permettre aux citoyens, aux entreprises et aux institutions de s’en saisir. La transition doit être portée par les politiques publiques et par l’action de tous, dans la vie professionnelle comme individuelle.

On s’intéresse aujourd’hui autant à l’adaptation qu’à l’atténuation. Les événements récents ont fait remonter l’adaptation au premier plan des préoccupations du grand public. Les entreprises sont déjà, pour la plupart, mobilisées pour évaluer leurs risques.

Le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement sur les conséquences du dépassement de 1,5 °C rappelle l’urgence d’agir sur ces deux fronts. Le dépassement de ce seuil est désormais attendu ; son ampleur et sa durée dépendront des choix qui seront faits. Il faut les limiter autant que possible : chaque dixième de degré compte, et les sociétés doivent aussi se préparer aux conséquences du réchauffement.

 

Vous êtes aussi photographe. Quel lien faites-vous entre ces deux activités ?

Au fond, ce qui relie mon travail de mobilisation autour de la crise climatique et la photographie, c’est l’envie de transmettre et de susciter la curiosité. J’ai envie de mettre en lumière la beauté singulière du vivant et de partager ma vision du monde : une vision réaliste, mais plutôt positive.

 

Pour participer : prochains ateliers ouverts au public

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